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Quel rythme pour le changement en Egypte ?
Par Ibrahim Nafie

Ibrahim Nafie Personne n'ignore aujourd'hui que la rue égyptienne réclame fortement un changement. Il s’agit là d'une position relativement nouvelle où domine le besoin d'une évolution. Mais autant que ce besoin traduit une quête de progrès, il sous-tend une situation critique qu'il faut traiter avec beaucoup d'attention et de prudence. Surtout que les « moyens » ne sont pas moins importants que la « fin ».

Le Moyen-Orient a témoigné de changements rapides et imprévisibles : interventions militaires, chute de régimes politiques, apparition de nouvelles valeurs, etc. Cela a naturellement entraîné chez le citoyen égyptien le sentiment d'un besoin de mouvement dans le sens d'un changement. Ceci peut se faire dans le cadre d'une idée affirmant que l'évolution doit commencer par une réorganisation interne.

Le changement exige une véritable analyse et des discussions de tous ses aspects, ses détails et ses conditions afin d'éviter des sauts dans l'inconnu. Nous vivons dans un monde bien plus dangereux que l'on n'imagine. Et pour preuve : la situation en Iraq et dans d'autres pays de la région. La leçon — que personne ne voudrait plus répéter — montre que le changement prôné par l'opinion publique doit reposer sur des calculs précis afin d'éviter des interactions imprévisibles et incontrôlables.

De là, le changement en Egypte doit s'accomplir en fonction d'une logique propre à chaque cas particulier. Ces opérations de changement ont besoin de temps et de discussions pour dégager la formule idéale qui permettrait d'accomplir sans inquiétude le changement désiré. La question ici ne concerne pas l'avenir d'un système politique, mais plutôt l'avenir d'un Etat et d'un peuple. Les grandes causes exigent « calme et raison » ... Il faut prendre son temps avant de passer à l'action.

A noter par ailleurs que l'opinion accorde une grande importance au rythme de changement qu'il veut le plus rapidement possible.

Il est nécessaire de signaler ici un point important : rapidité ne signifie pas choc. Le changement par chocs a conduit à de graves problèmes en Egypte et ce, à travers une longue période de son histoire moderne. La rapidité ne doit pas signifier faire des sauts dans le vide. Pour éviter tout risque éventuel, il faut du temps et des calculs bien précis.

Deuxièmement, la rapidité n'est pas forcément contraire à l'action graduelle, par étapes. La réforme progressive et graduelle représente le meilleur moyen d'évolution. Les bonds rapides ne sont pas recommandés. La méthode progressive peut ne pas satisfaire tout le monde, mais elle reste sans aucun doute la méthode la plus sûre.

La question du changement a parfois pris des directions étrangères aux valeurs traditionnelles enracinées à travers des siècles dans le sol égyptien. Paraissent dans ce cadre des voix négatives soutenant le changement sous pression étrangère. Des voix incapables sans aucun doute de mesurer ce qui a eu lieu dans d'autres pays en raison du recours à des « outils étrangers », incapables de mesurer la portée des désastres qui peuvent résulter de ces interventions intéressées dans les affaires internes des peuples.

Le « changement » n'est pas synonyme « d'intervention ». Le changement doit émaner du peuple, de ses forces et son élite politique. L'expérience de l'Iraq a montré à l'Administration américaine elle-même que l'expérience n'est pas à répéter. D'où une tendance américaine à effectuer des rapprochements avec d'autres pays qui posaient problème à Washington : l’Iran, la Libye, le Soudan, la Syrie, bien qu'à des degrés divers.

 

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