| Personne
n'ignore aujourd'hui que la rue égyptienne réclame fortement
un changement. Il s’agit là d'une position relativement nouvelle
où domine le besoin d'une évolution. Mais autant que ce besoin
traduit une quête de progrès, il sous-tend une situation critique
qu'il faut traiter avec beaucoup d'attention et de prudence.
Surtout que les « moyens » ne sont pas moins
importants que la « fin ».
Le
Moyen-Orient a témoigné de changements rapides et imprévisibles :
interventions militaires, chute de régimes politiques, apparition
de nouvelles valeurs, etc. Cela a naturellement entraîné chez
le citoyen égyptien le sentiment d'un besoin de mouvement dans
le sens d'un changement. Ceci peut se faire dans le cadre d'une
idée affirmant que l'évolution doit commencer par une réorganisation
interne.
Le
changement exige une véritable analyse et des discussions de
tous ses aspects, ses détails et ses conditions afin d'éviter
des sauts dans l'inconnu. Nous vivons dans un monde bien
plus dangereux que l'on n'imagine. Et pour preuve : la
situation en Iraq et dans d'autres pays de la région. La leçon
— que personne ne voudrait plus répéter — montre que
le changement prôné par l'opinion publique doit reposer sur
des calculs précis afin d'éviter des interactions imprévisibles
et incontrôlables.
De
là, le changement en Egypte doit s'accomplir en fonction d'une
logique propre à chaque cas particulier. Ces opérations de changement
ont besoin de temps et de discussions pour dégager la formule
idéale qui permettrait d'accomplir sans inquiétude le changement
désiré. La question ici ne concerne pas l'avenir d'un système
politique, mais plutôt l'avenir d'un Etat et d'un peuple. Les
grandes causes exigent « calme et raison » ...
Il faut prendre son temps avant de passer à l'action.
A
noter par ailleurs que l'opinion accorde une grande importance
au rythme de changement qu'il veut le plus rapidement possible.
Il
est nécessaire de signaler ici un point important : rapidité
ne signifie pas choc. Le changement par chocs a conduit à de
graves problèmes en Egypte et ce, à travers une longue période
de son histoire moderne. La rapidité ne doit pas signifier faire
des sauts dans le vide. Pour éviter tout risque éventuel, il
faut du temps et des calculs bien précis.
Deuxièmement,
la rapidité n'est pas forcément contraire à l'action graduelle,
par étapes. La réforme progressive et graduelle représente le
meilleur moyen d'évolution. Les bonds rapides ne sont pas recommandés.
La méthode progressive peut ne pas satisfaire tout le monde,
mais elle reste sans aucun doute la méthode la plus sûre.
La
question du changement a parfois pris des directions étrangères
aux valeurs traditionnelles enracinées à travers des siècles
dans le sol égyptien. Paraissent dans ce cadre des voix négatives
soutenant le changement sous pression étrangère. Des voix incapables
sans aucun doute de mesurer ce qui a eu lieu dans d'autres pays
en raison du recours à des « outils étrangers »,
incapables de mesurer la portée des désastres qui peuvent résulter
de ces interventions intéressées dans les affaires internes
des peuples.
Le
« changement » n'est pas synonyme « d'intervention ».
Le changement doit émaner du peuple, de ses forces et son élite
politique. L'expérience de l'Iraq a montré à l'Administration
américaine elle-même que l'expérience n'est pas à répéter. D'où
une tendance américaine à effectuer des rapprochements avec
d'autres pays qui posaient problème à Washington : l’Iran,
la Libye, le Soudan, la Syrie, bien qu'à des degrés divers.
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