| Il
est souvent question actuellement des pressions exercées par
les Etats-Unis sur les Arabes. Pressions ayant pour objectif
de modifier nos livres pour ne point déplaire à Israël. Car
selon les Etats-Unis, certaines parties de ces livres n'inciteraient
pas à la paix. Il est évident qu'il serait nécessaire de passer
en revue tout cela et ce, indépendamment de la volonté des Etats-Unis
et d'Israël, bien que nous ayons adopté une position défensive
à ce sujet. Toutefois, nous n'avons pas pris en considération
les falsifications dont regorgent les livres américains vis-à-vis
desquelles il nous faut réagir.
J'ai récemment
reçu la dernière édition de l'Almanac, and Book of Facts
qui est l'une des références américaines les plus importantes.
Ce best-seller, selon le New York Times, est distribué
annuellement à 80 millions d'exemplaires, et consulté
par 100 millions de personnes. Des étudiants et des citoyens
ayant le désir d'avoir des renseignements sur un sujet quel
qu'il soit peuvent s'y référer.
En consultant la
rubrique concernant l'Egypte, j'ai découvert des informations
qu'on peut pour le moins qualifier d'étranges. Bien que l'on
retrouve l'Egypte sous le nom de République arabe d'Egypte,
son identité arabe est contestée. On estime que ses derniers
gouvernants égyptiens ont disparu 300 ans au moins av. J.-C.
L'Egypte étant gouvernée depuis et jusqu'aujourd'hui par des
étrangers et non des autochtones.
Selon
le Book of Facts, « la dernière dynastie égyptienne
est tombée en 341 av. J.-C. devant les conquérants perses et
leurs successeurs les Grecs (Alexandre et les Ptolémées)
puis les Romains, les Byzantins et les Arabes qui ont introduit
l'islam et la langue arabe. Cependant, la langue copte ancienne
n'a survécu que dans l'Eglise copte ».
Il est d'ailleurs
inutile de souligner que mettre sur un pied d'égalité l'invasion
des Perses ou des Romains d'une part et la conquête islamique
de l'autre est une falsification importante. Nous, les Egyptiens,
ne portons pas ce regard erroné sur notre histoire. Nous continuons
à considérer les Perses et les Romains comme des étrangers appartenant
à une autre civilisation que nous n'avons jamais acceptée et
qui parlent une langue qui nous est étrangère. Il en va de même
pour n'importe quel autre régime étranger de l'époque moderne.
Quant à la conquête
arabe, les choses semblent différentes. L'Egypte à travers cette
conquête a été libérée du pouvoir romain qui persécutait les
chrétiens d'Egypte. Notons d'ailleurs que l'Egypte est le premier
pays à connaître les martyrs dans l'histoire chrétienne. Les
Egyptiens ont trouvé dans la nouvelle foi de l'islam des raisons
pour se convertir. La majorité des Egyptiens se sont convertis
à l'islam et l'arabe est devenu la langue officielle du pays.
L'Eglise copte a adopté plus tard l'arabe dans sa liturgie.
Dire, comme l'Almanac,
que l'ancienne langue égyptienne fait partie encore de la liturgie
de l'Eglise copte est absurde. Si l'égyptien ancien existait
encore, Champollion en 1822 n'aurait pas eu besoin de la pierre
de Rosette pour déchiffrer les hiéroglyphes.
Il est question
ensuite, en deux petits paragraphes, de l'histoire moderne égyptienne.
Depuis l'Etat islamique jusqu'à la Révolution de Juillet, sans
aucune allusion à Mohamad Ali, le fondateur de l'Egypte moderne,
ni à la révolution de 1919. Quant à la Révolution de Juillet,
il n'est rien dit sauf que Nasser était son promoteur et qu'il
a limogé Mohamad Naguib pour devenir premier ministre en 1954,
puis président de la République en 1956 et s'éteindre en 1970.
Toutefois, le
chapitre concernant Israël dans l'histoire de l'Egypte moderne
est largement documenté. Selon
l'Almanac, la relation Egypte-Israël se limite à une
série d'agressions militaires du côté égyptien, toutes vouées
à l'échec depuis la création d'Israël en 1948 : « L'Egypte
s'est alliée à d'autres pays pour envahir Israël et a connu
des défaites ». Pour ce qui est de la guerre de 1956
dont les documents secrets ont été tous publiés, l'Almanac
présente des faits falsifiés dont le but est de faire d'Israël
un Etat continuellement agressé par les Arabes.
La guerre de 1956
est nommée combat en réaction à des opérations terroristes !
Falsification sans précédent, car des sources britanniques et
françaises, et même israéliennes, accusent l'agression tripartite
des retombées du conflit qui a fait tomber les trois gouvernements
qui l'ont comploté.
Il est question
ensuite de la guerre de 1967. L'Almanac accuse l'Egypte
d'avoir renvoyé en premier les forces des Nations-Unies en entrant
à Gaza ! Gaza qui était sous la supervision égyptienne
depuis 1948. Et de ce fait, la guerre a été déclenchée le 5
juin. C'est ce que dit l'Almanac, sans mentionner la
partie ayant lancé l'offensive. Propos étranges alors que le
monde est d'accord sur ceux qui ont attaqué en premier en 1967.
L'attitude du général De Gaulle est encore présente dans les
mémoires : il soutenait que la France s'opposerait à celui
qui tirerait le premier canon. Qui voudrait donc duper le citoyen
américain en falsifiant les faits historiques pour attirer la
sympathie du monde vers Israël, tenant le rôle d'agressé et
de faire de l'Egypte un agresseur et un instigateur de la guerre ?
En 1973, la guerre
avait pour objectif de libérer les territoires occupés par Israël.
Pourtant, on lit dans l'Almanac : « Dans
une surprenante frappe, les forces égyptiennes ont traversé
le Canal de Suez le 6 Octobre 1973 ».
Mais la falsification
des faits prend toute son ampleur lorsqu'il est dit : « En
réaction au pont aérien soviétique pour protéger l'Egypte, les
Etats-Unis ont fait de même avec Israël ». Ceci pour
justifier la politique américaine alignée à Israël. D'ailleurs,
personne n'a jamais entendu parler de ce pont soviétique, même
pas à l'intérieur d'Israël.
Kissinger, ancien
secrétaire d'Etat américain, raconte dans ses mémoires, parues
il y a quelques mois, la pression qu'on exerçait sur lui pour
établir ce pont aérien américain, sans jamais parler d'un quelconque
pont aérien soviétique en Egypte.
Pour ce qui est
du cessez-le-feu, il est dit « En avril 1982, Israël
a restitué à l'Egypte sa souveraineté sur le Sinaï »
sans aucune allusion au refus d'Israël de restituer Taba ni
aux pressions exercées par l'Egypte pour que le dossier soit
soumis à l'arbitrage international, en sa faveur.
Mais pour informer
le lecteur de la situation intérieure de l'Egypte, l'Almanac
s'étend sur l'extrémisme religieux qui, d'après l'ouvrage, sévit.
Les faits se succèdent : les affrontements violents avec
les forces de sécurité ; les extrémistes taxés de terroristes
mis à mort, le président Sadate assassiné et Naguib Mahfouz,
lauréat du prix Nobel, victime d'un attentat manqué, ainsi que
le président Moubarak ; des touristes au nombre de 58 tués
à Louqsor en 1997, et le 31 octobre, en 1999, un avion d'EgyptAir
abîmé dans l'Atlantique et ses 217 passagers tués. De même,
un train du Saïd en route pour Louqsor est incendié avec 360
passagers.
Nous devons remercier
l'Almanac, seule référence internationale à considérer
la chute de l'avion d'EgyptAir et l'accident du train
du Saïd comme des actes terroristes.
Ceux qui illustrent
ainsi notre histoire ont-ils le droit de nous sermonner sur
la nécessité de revoir nos livres ?
Tout ceci sans
parler des erreurs concernant les pays arabes qui n'ont pas
conclu des accords de paix avec Israël comme le Liban, l'Arabie
saoudite, etc. Mais il n'est jamais question de Palestine. Car
y a-t-il une terre qu'on peut appeler de la sorte ?
Certes, nos livres
ont besoin d'être revus. C'est un devoir qui nous revient. On
ne peut céder cela à ceux qui méconnaissent notre histoire.
Nous devons nous
aussi demander qu'on change les livres scolaires aux Etats-Unis
et qu'on revoie le contenu des références américaines en ce
qui nous concerne. Et ce, avant de laisser quiconque s'ingérer
dans nos livres scolaires et nous sermonner sur la nécessité
de les changer.
|