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Qu'en est-il de vos livres à vous ?
Mohamed Salmawy

Il est souvent question actuellement des pressions exercées par les Etats-Unis sur les Arabes. Pressions ayant pour objectif de modifier nos livres pour ne point déplaire à Israël. Car selon les Etats-Unis, certaines parties de ces livres n'inciteraient pas à la paix. Il est évident qu'il serait nécessaire de passer en revue tout cela et ce, indépendamment de la volonté des Etats-Unis et d'Israël, bien que nous ayons adopté une position défensive à ce sujet. Toutefois, nous n'avons pas pris en considération les falsifications dont regorgent les livres américains vis-à-vis desquelles il nous faut réagir.

J'ai récemment reçu la dernière édition de l'Almanac, and Book of Facts qui est l'une des références américaines les plus importantes. Ce best-seller, selon le New York Times, est distribué annuellement à 80 millions d'exemplaires, et consulté par 100 millions de personnes. Des étudiants et des citoyens ayant le désir d'avoir des renseignements sur un sujet quel qu'il soit peuvent s'y référer.

En consultant la rubrique concernant l'Egypte, j'ai découvert des informations qu'on peut pour le moins qualifier d'étranges. Bien que l'on retrouve l'Egypte sous le nom de République arabe d'Egypte, son identité arabe est contestée. On estime que ses derniers gouvernants égyptiens ont disparu 300 ans au moins av. J.-C. L'Egypte étant gouvernée depuis et jusqu'aujourd'hui par des étrangers et non des autochtones.

L'Almanac 2004, un best-seller vendu à plus de 80 millions d'exemplaires, défigure notre histoire ancienne et moderne.Selon le Book of Facts, « la dernière dynastie égyptienne est tombée en 341 av. J.-C. devant les conquérants perses et leurs successeurs les Grecs (Alexandre et les Ptolémées) puis les Romains, les Byzantins et les Arabes qui ont introduit l'islam et la langue arabe. Cependant, la langue copte ancienne n'a survécu que dans l'Eglise copte ».

Il est d'ailleurs inutile de souligner que mettre sur un pied d'égalité l'invasion des Perses ou des Romains d'une part et la conquête islamique de l'autre est une falsification importante. Nous, les Egyptiens, ne portons pas ce regard erroné sur notre histoire. Nous continuons à considérer les Perses et les Romains comme des étrangers appartenant à une autre civilisation que nous n'avons jamais acceptée et qui parlent une langue qui nous est étrangère. Il en va de même pour n'importe quel autre régime étranger de l'époque moderne.

Quant à la conquête arabe, les choses semblent différentes. L'Egypte à travers cette conquête a été libérée du pouvoir romain qui persécutait les chrétiens d'Egypte. Notons d'ailleurs que l'Egypte est le premier pays à connaître les martyrs dans l'histoire chrétienne. Les Egyptiens ont trouvé dans la nouvelle foi de l'islam des raisons pour se convertir. La majorité des Egyptiens se sont convertis à l'islam et l'arabe est devenu la langue officielle du pays. L'Eglise copte a adopté plus tard l'arabe dans sa liturgie.

Dire, comme l'Almanac, que l'ancienne langue égyptienne fait partie encore de la liturgie de l'Eglise copte est absurde. Si l'égyptien ancien existait encore, Champollion en 1822 n'aurait pas eu besoin de la pierre de Rosette pour déchiffrer les hiéroglyphes.

Il est question ensuite, en deux petits paragraphes, de l'histoire moderne égyptienne. Depuis l'Etat islamique jusqu'à la Révolution de Juillet, sans aucune allusion à Mohamad Ali, le fondateur de l'Egypte moderne, ni à la révolution de 1919. Quant à la Révolution de Juillet, il n'est rien dit sauf que Nasser était son promoteur et qu'il a limogé Mohamad Naguib pour devenir premier ministre en 1954, puis président de la République en 1956 et s'éteindre en 1970.

Toutefois, le chapitre concernant Israël dans l'histoire de l'Egypte moderne est largement documenté. Selon l'Almanac, la relation Egypte-Israël se limite à une série d'agressions militaires du côté égyptien, toutes vouées à l'échec depuis la création d'Israël en 1948 : « L'Egypte s'est alliée à d'autres pays pour envahir Israël et a connu des défaites ». Pour ce qui est de la guerre de 1956 dont les documents secrets ont été tous publiés, l'Almanac présente des faits falsifiés dont le but est de faire d'Israël un Etat continuellement agressé par les Arabes.

La guerre de 1956 est nommée combat en réaction à des opérations terroristes ! Falsification sans précédent, car des sources britanniques et françaises, et même israéliennes, accusent l'agression tripartite des retombées du conflit qui a fait tomber les trois gouvernements qui l'ont comploté.

Il est question ensuite de la guerre de 1967. L'Almanac accuse l'Egypte d'avoir renvoyé en premier les forces des Nations-Unies en entrant à Gaza ! Gaza qui était sous la supervision égyptienne depuis 1948. Et de ce fait, la guerre a été déclenchée le 5 juin. C'est ce que dit l'Almanac, sans mentionner la partie ayant lancé l'offensive. Propos étranges alors que le monde est d'accord sur ceux qui ont attaqué en premier en 1967. L'attitude du général De Gaulle est encore présente dans les mémoires : il soutenait que la France s'opposerait à celui qui tirerait le premier canon. Qui voudrait donc duper le citoyen américain en falsifiant les faits historiques pour attirer la sympathie du monde vers Israël, tenant le rôle d'agressé et de faire de l'Egypte un agresseur et un instigateur de la guerre ?

En 1973, la guerre avait pour objectif de libérer les territoires occupés par Israël. Pourtant, on lit dans l'Almanac : « Dans une surprenante frappe, les forces égyptiennes ont traversé le Canal de Suez le 6 Octobre 1973 ».

Mais la falsification des faits prend toute son ampleur lorsqu'il est dit : « En réaction au pont aérien soviétique pour protéger l'Egypte, les Etats-Unis ont fait de même avec Israël ». Ceci pour justifier la politique américaine alignée à Israël. D'ailleurs, personne n'a jamais entendu parler de ce pont soviétique, même pas à l'intérieur d'Israël.

Kissinger, ancien secrétaire d'Etat américain, raconte dans ses mémoires, parues il y a quelques mois, la pression qu'on exerçait sur lui pour établir ce pont aérien américain, sans jamais parler d'un quelconque pont aérien soviétique en Egypte.

Pour ce qui est du cessez-le-feu, il est dit « En avril 1982, Israël a restitué à l'Egypte sa souveraineté sur le Sinaï » sans aucune allusion au refus d'Israël de restituer Taba ni aux pressions exercées par l'Egypte pour que le dossier soit soumis à l'arbitrage international, en sa faveur.

Mais pour informer le lecteur de la situation intérieure de l'Egypte, l'Almanac s'étend sur l'extrémisme religieux qui, d'après l'ouvrage, sévit. Les faits se succèdent : les affrontements violents avec les forces de sécurité ; les extrémistes taxés de terroristes mis à mort, le président Sadate assassiné et Naguib Mahfouz, lauréat du prix Nobel, victime d'un attentat manqué, ainsi que le président Moubarak ; des touristes au nombre de 58 tués à Louqsor en 1997, et le 31 octobre, en 1999, un avion d'EgyptAir abîmé dans l'Atlantique et ses 217 passagers tués. De même, un train du Saïd en route pour Louqsor est incendié avec 360 passagers.

Nous devons remercier l'Almanac, seule référence internationale à considérer la chute de l'avion d'EgyptAir et l'accident du train du Saïd comme des actes terroristes.

Ceux qui illustrent ainsi notre histoire ont-ils le droit de nous sermonner sur la nécessité de revoir nos livres ?

Tout ceci sans parler des erreurs concernant les pays arabes qui n'ont pas conclu des accords de paix avec Israël comme le Liban, l'Arabie saoudite, etc. Mais il n'est jamais question de Palestine. Car y a-t-il une terre qu'on peut appeler de la sorte ?

Certes, nos livres ont besoin d'être revus. C'est un devoir qui nous revient. On ne peut céder cela à ceux qui méconnaissent notre histoire.

Nous devons nous aussi demander qu'on change les livres scolaires aux Etats-Unis et qu'on revoie le contenu des références américaines en ce qui nous concerne. Et ce, avant de laisser quiconque s'ingérer dans nos livres scolaires et nous sermonner sur la nécessité de les changer.

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