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Après
plusieurs semaines de crise politique due à l'invalidation de
la candidature d'environ 2 500 postulants parmi 8 000
prétendants, en majorité réformateurs, le président iranien
Mohammad Khatami a annoncé que son gouvernement allait finalement
organiser le scrutin respectant ainsi un « ordre »
du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, malgré le refus
du Conseil des gardiens, contrôlé par les conservateurs, de
revenir sur sa décision de disqualifier des candidats réformateurs.
Le parti du Khatami,
l'Association des Religieux Combattants (ARC), a également annoncé
sa participation aux législatives du 20 février. Ainsi, l'ARC,
parti réformateur modéré, pourrait même dans les prochains jours
publier une liste commune avec d'autres organisations, a dit
l'un de ses membres, Rassoul Montajabnia. Au risque de diviser
les réformateurs, ces déclarations coupent court aux spéculations
sur un éventuel boycottage du scrutin par les Religieux combattants.
Elles confirment que le courant Khatami a fait, comme prévu,
le choix de la retenue.
Khatami lui-même
avait bien protesté vendredi, mais s'était résigné à organiser
les élections à la date prévue, comme l'avait ordonné le Guide
suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. En effet, le numéro un iranien,
a donné le signal de la fin de l'une des crises les plus graves
de la République islamique en appelant conservateurs et réformateurs
à mettre de côté leurs griefs réciproques pour organiser des
législatives « enthousiastes et saines ». « Plus
qu'à aucun autre moment, notre pays a besoin de l'unité et de
la concorde parmi ses responsables estimés », a écrit
samedi le Guide suprême au président Khatami et au président
du Parlement Mehdi Karoubi, tous deux réformateurs. « Les
élections sont d'une importance vitale pour les intérêts de
notre nation et du pays, elles doivent se dérouler dans un climat
sain, dynamique et enthousiaste », déclare-t-il.
Le courrier du
Guide répond à celui que lui ont envoyé vendredi Karoubi et
Khatami. La missive de ces deux derniers mettait un terme aux
spéculations sur un ajournement inédit de la consultation, menace
dont ont longtemps joué les réformateurs pour obtenir la requalification
de leurs candidats. Dimanche, Khatami avait désactivé l'arme
dont son propre camp menaçait de faire usage : le report
des élections. « Au cours de notre réunion dimanche,
nous avons décidé de présenter une liste », a déclaré
Majid Ansari, un des chefs des Religieux combattants. « Aucun
des candidats de l'Association des religieux combattants n'a
l'intention de retirer sa candidature », a-t-il ajouté.
Pour sa part, Rassoul
Montajabnia, membre de l'ARC, a indiqué que les Religieux combattants
et un certain nombre des membres du Front du 2 Khordad, la coalition
de 18 organisations soutenant le président Khatami, allaient
« présenter une liste commune ». L'Association
des religieux combattants, dans une déclaration publiée dimanche
soir, a ainsi appelé les électeurs à voter pour les candidats
réformateurs dans les circonscriptions où la censure des organes
conservateurs ne les a pas éliminés, et pour les indépendants
dans les autres. Il s'agit, dit-elle, d'empêcher « les
auteurs d'un coup d'Etat parlementaire destiné à élire une assemblée
fantoche de parvenir à leurs fins » et d'empêcher les
« candidats du totalitarisme d'entrer au Parlement ». |
| La position
du président en faveur d'une participation au scrutin n'a pas
été suivie par les partis réformateurs les plus critiques. Ces
derniers, représentés par le Front de la participation du frère
du président et l'Organisation des Moudjahidin de la Révolution
islamique ont annoncé leur décision de boycotter le scrutin,
rendu inique selon eux. Le coordinateur du front, Ali Mohammad
Hazeri, a indiqué que la coalition « maintenait sa décision
de ne pas participer » en raison de l'intransigeance
des conservateurs réunis au Conseil des gardiens. Celui-ci n'a
pas répondu favorablement au deuxième appel de l'ayatollah Khamenei
de réexaminer les dossiers. Selon des chiffres énoncés lundi
par l'agence officielle Irna, le Conseil des gardiens
a validé 5 650 candidatures sur environ 8 000 au départ.
Le Conseil avait jusqu'à ce lundi pour examiner les derniers
recours. Il a encore repêché 15 candidats. Comme prévu, le Conseil
a confirmé l'élimination de toutes les personnalités dont les
réformateurs espéraient la requalification, à commencer par
le frère du président et chef du principal parti réformateur,
Mohammad Reza Khatami.
Mais si la crise
des législatives semble réglée au niveau politique, l'opinion
publique demeure insatisfaite. Plusieurs centaines d'étudiants
ont manifesté dimanche à l'intérieur de l'Université de Téhéran,
lançant des slogans en faveur du boycott des élections. « Le
slogan de chaque Iranien est le boycott des élections »
ou encore « Khatami démissionne » ont scandé
les étudiants. Auparavant, les étudiants avaient organisé un
meeting à l'université pour protester contre le fait que
« le caractère républicain du régime soit piétiné ».
Plusieurs députés réformateurs démissionnaires ont pris la parole
lors de ce meeting pour dénoncer le Conseil des gardiens et
les conservateurs « qui disposent du soutien de 20 %
de la société et veulent imposer leur point de vue ». |