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Algérie . Les candidats à la présidentielle doutent des promesses faites par le président sortant sur la transparence et la régularité du scrutin, fixé au 8 avril.
La course est lancée

L'élection présidentielle algérienne, dont la date a été fixée au samedi 8 avril prochain, devrait se dérouler « dans la transparence et l'honnêteté », a assuré le président Abdelaziz Bouteflika. Mais les candidats déclarés ou potentiels doutent des promesses du chef de l’Etat.

Bouteflika a signé samedi un décret portant convocation du corps électoral dans les délais prévus par la loi, soit 60 jours avant la tenue du scrutin. Le même jour, le président algérien a mis sur pied une commission politique nationale de surveillance des élections pour assurer la transparence de cette élection. Il a également adressé une instruction à l'administration lui demandant de veiller à garder sa neutralité dans ce scrutin et a appelé tous les acteurs de cette élection, y compris les candidats, à s'y investir loyalement. Et il a également fait appel à des observateurs internationaux pour surveiller le bon déroulement du scrutin.

Malgré sa volonté affichée d'organiser un « scrutin régulier, transparent et crédible », le président algérien n'a toujours pas indiqué s'il allait briguer ou non un second quinquennat. Toutefois, depuis plusieurs mois, il enchaîne tournée sur tournée en province, largement médiatisées par l'unique chaîne de télévision publique. Dans toutes ses visites, il inaugure des réalisations sociales et économiques. Et à en croire les journaux privés algériens, sa candidature ne semble plus faire de doute. D'ailleurs, un représentant de Bouteflika aurait retiré des formulaires auprès du ministère de l'Intérieur pour la collecte de signatures d'élus ou de simples citoyens, nécessaires au dépôt d'un dossier de candidature à la magistrature suprême.

Face à Bouteflika, plus d'une quarantaine de postulants à la magistrature suprême se sont faits connaître. Certains ont même annoncé leurs candidatures. Parmi eux des ténors, comme l'ancien chef du gouvernement, Ali Benflis, patron du Front de Libération Nationale (FLN, ex-parti unique), deux autres ex-chefs de gouvernement, Sid Ahmed Ghozali et Mokdad Sifi, mais aussi le général à la retraite Rachid Benyellès, l'islamiste radical Abdallah Djaballah, ainsi que des chefs de petits partis. Toutefois, ces postulants ne sont pas tous sûrs de pouvoir se présenter car les conditions de parrainage sont strictes. Avant de voir avalisées leurs candidatures par le Conseil constitutionnel, ces prétendants à la candidature doivent recueillir un minimum de 600 signatures d'élus communaux, départementaux, de députés ou de sénateurs dans au moins 25 wilayas (départements), ou encore 75 000 signatures d'électeurs. Dans ce second cas, le nombre de signatures doit être au moins de 1 500 par wilaya (département). Ces candidats ont déjà dénoncé la « fraude qui s'organise ».

C'est pourquoi les adversaires potentiels de Bouteflika mettent déjà en doute ces engagements et ont notamment créé « un front anti-fraude », regroupant des ténors de la politique algérienne dans un groupe appelé le « groupe des onze  ». Ce groupe, qui comprend tous les candidats, a déjà demandé le départ du gouvernement. En effet, les onze estiment que seule l'installation d'un « cabinet intérimaire consensuel constitué en concertation avec les forces politiques et sociales du pays » pourrait garantir la transparence du scrutin. Ils ont exprimé des doutes sur l'impartialité de l'actuelle équipe gouvernementale dirigée par Ahmed Ouyahia, secrétaire général du Rassemblement National Démocratique (RND), qui a déjà annoncé son soutien à Bouteflika s'il se présentait à nouveau.

Benflis, l'un des piliers de ce groupe, ancien homme de confiance de Bouteflika mais désormais en guerre ouverte contre lui, a notamment estimé que « le recours à des observateurs internationaux ne saurait constituer à lui seul un gage de bon déroulement du scrutin présidentiel ». Pour Benflis, considéré comme le plus sérieux rival de l'actuel président, ces observateurs ne seraient en fait qu'un « alibi afin de couvrir des actions frauduleuses ».

Les adversaires de Bouteflika remarquent encore que la très large médiatisation, par l'unique chaîne de télévision d'Etat, des nombreux déplacements du président constitue un « signe flagrant d'une volonté de mettre les moyens de l'Etat au service d'un seul candidat ». De son côté, l'ex-dirigeant islamiste algérien, Abassi Madani, a estimé samedi que l'élection allait attiser la violence dans le pays, et que l'alternative à un régime qui « touche à sa fin  » était l'avènement d'une seconde République.

Maha Salem
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