Les
marcs de café que Dawestachi boit chaque matin constitue pour
lui une vraie source d'inspiration. Il peut y voir des hommes,
des animaux, etc. Alors il interprète ces symboles selon sa
propre imagination et les traduit en une langue artistique durant
cinq ans environ. Une période durant laquelle il établit une
véritable discussion avec sa tasse de café. La plupart de ses
peintures symboliques traitent de l’être humain. Ses œuvres,
exposées à la galerie Ibdaa, retracent les états d’âme
de ses protagonistes toujours en agitation. Ses figures humaines
ressemblent à des momies pharaoniques, comme si l'artiste avait
opéré une véritable résurrection. Les traits sont à leur tour
purement pharaoniques, avec des yeux larges, des gravures ancestrales,
des icônes coptes et des ornementations islamiques. Le tout
est trempé de couleurs criardes attribuant vie et gaieté à l'œuvre.
Une gamme de couleurs qui trouble la vue, nous plongeant dans
un monde de magie et de superstition. Ses œuvres comportent
tant d’indices métaphysiques issus des légendes et des récits
épiques. « Mon art est l'œuvre de l’imagination, loin
de peindre la nature telle qu’elle est. Je puise mes motifs
dans la vie de l’Homme, ses légendes, ses religions, ses sciences
et ses philosophies ».
L'artiste semble
marier sagesse sophiste et innocence enfantine. Les œuvres de
Dawestachi baignent dans la destruction de la figure humaine
et des êtres bouleversés, signe d’ironie amère et de révolte.
Ces figures sont en discussion, en conflit ou en confrontation
avec la vie. Ainsi, sur l'une des peintures de la série Al-Mostanir
(L'Eclairé), un être sort de nulle part pour faire face aux
difficultés de la vie. Il ne trouve qu'un seul chemin :
le retour à la matrice de sa mère. Entre le retour et la sortie,
il y a une corde. Le cordon ombilical ? Celui-ci est tel
un labyrinthe, celui de la fatalité, du monde instable et affligé.
Sur un autre tableau,
une main porte des cordes longues et enroulées. Elle nourrit
le protagoniste au visage mystérieux et résigné.
Cette série des
paumes de la main correspond en fait à une autre période de
Dawestachi. Tantôt la paume de la main prend la forme d’un visage
humain, tantôt elle symbolise la révolte et la témérité.
Cet esprit rebelle
s'exprime également à travers la période surnommée Al-Tahawol
(La Transfiguration), laquelle traite de la défaite de 1967.
Ici, les visages sont tristes, qu'il s'agisse d’enfant ou d’adulte.
Chacun porte sa tristesse et sa révolte en soi. Et le tout baigne
dans une couleur foncée. Les teints ne tardent pas à s’anéantir.
Les flèches sont
assez répandues dans la plupart des peintures de Dawestachi.
Elles annoncent les directions, mais aussi les perspectives
dans un monde en confusion. Ces flèches accompagnent les visages
antiques, notamment sur les œuvres peintes en 1998. Des visages
issus de diverses civilisations : pharaonique, ptolémaïque,
grecque et indienne.
A travers toutes
ces époques et ces civilisations, c'est la femme qui attire
le plus son attention. Dans la série Sonaiyat (Dualités,
1998), c'est toujours l'homme et la femme. La femme lève les
mains vers le haut, alors que l’homme baisse les bras. « C'est
une manière de dire que la femme est plus positive. Elle est
le symbole de la donation, tandis que la supériorité de l’homme
provient de ses aptitudes physiques », affirme l’artiste,
qui s'avère plus soucieux de dégager leur unicité que leur dualité.
C'est par excellence un tributaire de l’expressionnisme symbolique.
Pour fêter l’anniversaire
de l’artiste prodige, l’exposition Esmat Dawestachi s'accompagne
d'une vente d'ouvrages multiples qui traitent des différentes
périodes de l'artiste, allant de sujets simples et naïfs à d'autres
plus compliqués et symboliques comme Al-Mostanir Dada
(Dada l’instruit, 1977), Ala waraq (Sur papier, 1983),
Watariyat (Des cordes, 1986) et Sandouq al-donia
(Le coffret du monde, 1988), et en passant par des thèmes comme :
Alexandrie, Seif Wanli et son fils Aton.
Parmi les livres
publiés figurent notamment Le Monde de Dawestachi, La
Paume, Mille et un dessins, La Beauté de l’âme
et le Curriculum vitae. L'artiste dynamique ne se lasse
pas. Tous les ans, il produit un tas d’œuvres, qui portent les
traces de périodes très différentes. |