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La vie mondaine
Exposition . La galerie Ibdaa consacre une rétrospective à Esmat Dawestachi, peintre, sculpteur et poète. Une œuvre riche qui s'est construite entre 1962 et 2003.
La symbolique de l'être humain
Les marcs de café que Dawestachi boit chaque matin constitue pour lui une vraie source d'inspiration. Il peut y voir des hommes, des animaux, etc. Alors il interprète ces symboles selon sa propre imagination et les traduit en une langue artistique durant cinq ans environ. Une période durant laquelle il établit une véritable discussion avec sa tasse de café. La plupart de ses peintures symboliques traitent de l’être humain. Ses œuvres, exposées à la galerie Ibdaa, retracent les états d’âme de ses protagonistes toujours en agitation. Ses figures humaines ressemblent à des momies pharaoniques, comme si l'artiste avait opéré une véritable résurrection. Les traits sont à leur tour purement pharaoniques, avec des yeux larges, des gravures ancestrales, des icônes coptes et des ornementations islamiques. Le tout est trempé de couleurs criardes attribuant vie et gaieté à l'œuvre. Une gamme de couleurs qui trouble la vue, nous plongeant dans un monde de magie et de superstition. Ses œuvres comportent tant d’indices métaphysiques issus des légendes et des récits épiques. « Mon art est l'œuvre de l’imagination, loin de peindre la nature telle qu’elle est. Je puise mes motifs dans la vie de l’Homme, ses légendes, ses religions, ses sciences et ses philosophies ».

L'artiste semble marier sagesse sophiste et innocence enfantine. Les œuvres de Dawestachi baignent dans la destruction de la figure humaine et des êtres bouleversés, signe d’ironie amère et de révolte. Ces figures sont en discussion, en conflit ou en confrontation avec la vie. Ainsi, sur l'une des peintures de la série Al-Mostanir (L'Eclairé), un être sort de nulle part pour faire face aux difficultés de la vie. Il ne trouve qu'un seul chemin : le retour à la matrice de sa mère. Entre le retour et la sortie, il y a une corde. Le cordon ombilical ? Celui-ci est tel un labyrinthe, celui de la fatalité, du monde instable et affligé.

Sur un autre tableau, une main porte des cordes longues et enroulées. Elle nourrit le protagoniste au visage mystérieux et résigné.

Cette série des paumes de la main correspond en fait à une autre période de Dawestachi. Tantôt la paume de la main prend la forme d’un visage humain, tantôt elle symbolise la révolte et la témérité.

Cet esprit rebelle s'exprime également à travers la période surnommée Al-Tahawol (La Transfiguration), laquelle traite de la défaite de 1967. Ici, les visages sont tristes, qu'il s'agisse d’enfant ou d’adulte. Chacun porte sa tristesse et sa révolte en soi. Et le tout baigne dans une couleur foncée. Les teints ne tardent pas à s’anéantir.

Les flèches sont assez répandues dans la plupart des peintures de Dawestachi. Elles annoncent les directions, mais aussi les perspectives dans un monde en confusion. Ces flèches accompagnent les visages antiques, notamment sur les œuvres peintes en 1998. Des visages issus de diverses civilisations : pharaonique, ptolémaïque, grecque et indienne.

A travers toutes ces époques et ces civilisations, c'est la femme qui attire le plus son attention. Dans la série Sonaiyat (Dualités, 1998), c'est toujours l'homme et la femme. La femme lève les mains vers le haut, alors que l’homme baisse les bras. « C'est une manière de dire que la femme est plus positive. Elle est le symbole de la donation, tandis que la supériorité de l’homme provient de ses aptitudes physiques », affirme l’artiste, qui s'avère plus soucieux de dégager leur unicité que leur dualité. C'est par excellence un tributaire de l’expressionnisme symbolique.

Pour fêter l’anniversaire de l’artiste prodige, l’exposition Esmat Dawestachi s'accompagne d'une vente d'ouvrages multiples qui traitent des différentes périodes de l'artiste, allant de sujets simples et naïfs à d'autres plus compliqués et symboliques comme Al-Mostanir Dada (Dada l’instruit, 1977), Ala waraq (Sur papier, 1983), Watariyat (Des cordes, 1986) et Sandouq al-donia (Le coffret du monde, 1988), et en passant par des thèmes comme : Alexandrie, Seif Wanli et son fils Aton.

Parmi les livres publiés figurent notamment Le Monde de Dawestachi, La Paume, Mille et un dessins, La Beauté de l’âme et le Curriculum vitae. L'artiste dynamique ne se lasse pas. Tous les ans, il produit un tas d’œuvres, qui portent les traces de périodes très différentes.

Névine Lameï

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Peintures d'Esmat Dawestachi à la galerie Ibdaa jusqu'au 21 février, de 10h à 22h. 117, place Assouan, Mohandessine. Tél. :345 22 63.

 

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