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| Éducation
. L’éthique et les valeurs humaines sont enseignées dans les
écoles en tant que matière depuis quatre ans. Mais elle a peu
d’adhérents.
La majorité se méfie d’une morale qui n’est pas religieuse ou
la considère comme dénuée d’intérêt. |
| Quand
morale rime avec superflu |
| Au
même moment où l’enseignante explique une leçon d’éthique et
de valeurs humaines, le petit Moustapha, en première année primaire,
en profite pour glisser dans son cartable une gomme sous forme
de voiture qui se trouvait sur le pupitre de son camarade de
classe. C’est en rapportant ce fait que Hanane, mère de deux
enfants dans le cycle primaire, nous confie qu’elle ne voit
pas l’utilité d’une telle matière. « Nous ne pouvons pas enseigner
les valeurs humaines en nous servant des livres. Pendant toute
ma scolarité, la morale et l’éthique étaient inculquées de manière
spontanée dans tous les cours », souligne Hanane, professeure
à la faculté de pédagogie. Elle est convaincue que pour véhiculer
un tel code de conduite, il faut le faire à tout moment et de
manière très spontanée. L’exemple rébarbatif de certains professeurs
qui rentrent en classe pour demander aux élèves d’ânonner des
slogans : « Il faut dire la vérité et ne pas mentir ... Il faut
prendre soin de l’environnement ... Le travail en équipe est
plus créatif » décourage et dissuade. Peut-on transmettre des
valeurs sûres aux enfants de cette façon ?
Certains
professeurs ont simplifié la chose en demandant aux élèves durant
ce cours de faire autre chose, dessiner, faire leurs devoirs,
etc. Le professeur ne peut guère convaincre s’il ne respecte
pas lui-même le code éthique. Sara, 9 ans, a raconté à sa mère
que sa professeure d’instruction civique et qui est en même
temps surveillante générale dans cet établissement, ne cesse
de gronder les élèves pour avoir du calme en classe. Elle, qui
s’ennuie pendant le cours et qui n’a pas l’enseignante en faveur,
essaye de se faire toute petite en faisant ses devoirs d’arabe
ou de matières sociales.
La
mère se demande comment une enseignante qui ne respecte pas
les valeurs humaines les plus élémentaires peut être autorisée
à enseigner une telle matière ? Elle en tire une philosophie
générale. « Tout va mal à l’école ou en dehors, comment un tel
enseignement peut-il devenir cohérent ? Les gens ne sont plus
ce qu’ils étaient il y a 10 ans, voire 20 ans. Les gens sont
devenus de plus en plus passifs, même les agents de l’ordre
évitent d’intervenir lors d’une bagarre pour ne pas se compromettre.
Pour établir l’éthique et les valeurs humaines dans une société,
il faut déployer de grands efforts. Cela commence par les parents,
les établissements scolaires, les institutions religieuses et
même les médias, tout ce petit monde doit contribuer à cet objectif
», explique Hanane qui n’apprécie pas cet enseignement théorique
de l’éthique en classe.
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Valeurs
humaines ou religion
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Ce
cours d’instruction civique a été imposé dans le programme scolaire
il y a 4 ans. Il concerne les élèves de première, deuxième et
troisième années primaires, et a été intégré par la suite dans
tout le cycle primaire, et prochainement dans le cycle préparatoire.
« Cette matière a été proposée par des conseillers sociaux à
l’ex-ministre de l’Education, qui a apprécié l’idée et l’a introduite
dans le programme scolaire », explique Ahmad Nabil Al-Qorachi,
directeur général de l’enseignement primaire au ministère de
l’Education. Et d’ajouter : « Le but est d’asseoir certaines
éthiques et valeurs humaines qui ont tendance à disparaître
dans la société. Une preuve, ces dernières années ont été marquées
par des cas de délinquance et de violence dans les établissements
scolaires ». Selon lui, une telle matière peut avoir un impact
sur le comportement des élèves dès le jeune âge. Les leçons
d’instruction civique présentées sous forme d’anecdotes et de
faits réels que l’enseignant pourra développer à sa manière.
« Mais il semble que plusieurs enseignants et même directeurs
d’écoles ont besoin de temps pour comprendre l’utilité d’une
telle matière et la logique de son enseignement afin de mieux
la véhiculer », estime Al-Qorachi, en signalant que cette matière
a suscité au départ une vague de protestations, voire une polémique.
On a même fait croire qu’elle était imposée par l’Amérique pour
substituer une morale laïque à celle religieuse. Beaucoup de
parents et enseignants pensaient ainsi que ce cours allait se
substituer à celui de la religion. Même si cela était infondé,
des parents ont des appréhensions. Abir, mère d’un garçon en
première année primaire, confie qu’elle n’a feuilleté le livre
d’instruction civique qu’une seule fois depuis le début de l’année.
« J’ignore l’objectif de cette matière. Ils ont commencé par
réduire le programme de religion et veulent arriver un jour
à le remplacer par cette matière, d’autant plus que le livre
d’instruction civique comprend des versets du Coran ou des extraits
de la Bible pour argumenter certaines valeurs humaines, ce qui
peut provoquer une certaine confusion chez les enfants, chaque
religion ayant sa spécificité », s’indigne Abir. Ce genre de
commentaire déplaît à un responsable du ministère. « La religion
musulmane reconnaît les autres religions, cela ne pose aucun
problème aux enfants d’autant plus que beaucoup d’éthiques et
de valeurs morales sont identiques et citées dans les deux religions
concernées », répond Al-Qorachi.
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Le cours
de vie
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Certaines
écoles, surtout religieuses comme par exemple Les Jésuites,
ont intégré depuis bien longtemps ce cours d’instruction civique
appelé cours de vie. Donc si cette matière a été imposée par
le ministère depuis quatre ans, elle n’est pas une nouveauté
comme l’assure Nermine, professeure de matières sociales et
d’instruction civique. « C’est une matière qui appelle au
respect des valeurs comme l’amour, la coopération et la tolérance,
ce que les professeurs de notre école enseignaient dans les
cours de vie. C’est à moi de leur faire assimiler la leçon
en leur racontant une histoire ou en citant un exemple ou
en me référant au dessin. A titre d’exemple, un jour nous
avons abordé la question de l’ambition ; j’ai demandé à chaque
enfant d’illustrer son point de vue par un croquis. Ainsi
ce message restera gravé à jamais dans sa mémoire », explique
Nermine, dont l’administration de l’établissement où elle
travaille l’a autorisée à suivre un stage pratique dans l’association
des Jésuites au gouvernorat de Minya, sous l’égide du Programme
international des éthiques de la vie, dépendant de l’Unesco.
« Un stage pratique qui m’a permis de créer de nouvelles méthodes
pour enseigner cette matière ».
Une
opportunité que d’autres enseignantes n’ont pas eu l’occasion
de saisir. A l’exemple de Doaa, qui enseigne les matières
sociales et qui a dû parcourir le manuel du maître pour comprendre
comment initier les élèves à cette nouvelle matière. Cependant,
elle est arrivée à intéresser ses élèves qui attendent ce
cours avec beaucoup d’impatience et lui demandent à chaque
fois de leur donner un de plus au cours de la semaine. Nesrine,
6 ans, assure qu’elle attend vivement le cours d’instruction
civique pour discuter librement avec son professeur qu’elle
admire.
Ce
qui n’est pas le cas des enseignants et élèves des écoles
gouvernementales, dont les classes sont surchargées et où
il existe un manque de personnel éducatif. Les directeurs
de ces écoles éprouvent des difficultés pour insérer cette
matière dans l’emploi du temps des enseignants. Au cours des
trois premières années de scolarité, n’importe quel enseignant
peut le dispenser, et par la suite, ce sont les enseignants
des matières sociales qui s’en chargent. Cependant, plusieurs
enseignants considèrent cette matière comme superflue et refusent
de l’enseigner. « C’est une matière qui s’ajoute à un emploi
du temps déjà bien chargé chez l’élève du primaire », explique
Hala, professeure d’arabe. Et d’ajouter : « Donner des cours
d’instruction civique à une classe de 40 ou 50 élèves, alors
que la journée scolaire est chargée de cours, sans compter
les devoirs, est un luxe » .
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| Doaa
Khalifa
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