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Gouvernement
du parti ou parti du gouvernement ?
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
Le
titre donnerait l’impression que l’article porte sur
la vie politique en Egypte et sur le PND, le parti au
pouvoir qui utilise fréquemment ces deux expressions
: le « Gouvernement du parti » et le « Parti du gouvernement
». Mais de fait, c’est de la France dont il s’agit et
du « coup d’Etat constitutionnel » ou « démocratique
» — si l’on peut l’appeler ainsi — dont elle a été témoin
ces jours-ci !
Rappelons
au départ que le parti au pouvoir — Union pour un Mouvement
Populaire (UMP) — a émergé brusquement il y a peu de
temps après l’apparition menaçante de la droite extrémiste
qui mettait en péril tout le système des partis en France.
C’était il y a quelques années, lorsqu’au cours des
élections législatives le parti de Jean-Marie Le Pen,
le Front national — à tendance raciste et fasciste —
a occupé le second rang juste après le parti gaulliste
de Jacques Chirac et devant le Parti socialiste de Lionel
Jospin.
A
partir de ce moment, l’opposition politique traditionnelle
entre la gauche et la droite a laissé la place à un
conflit aigu opposant la droite à l’extrême droite,
qui a dû affronter également toute la classe politique
française : tous ont fait front pour l’écarter et le
renverser. Nombreux sont ceux qui ont voté pour Chirac
à cette époque pour la simple raison qu’ils détestaient
Le Pen et voulaient empêcher l’ascension de son parti.
Soutenir la droite jusqu’au bout, même si cela devait
conduire à la marginalisation de la gauche, était donc
le seul moyen d’écarter l’extrême droite.
La
droite a ainsi été fortifiée, mais artificiellement,
simplement pour que le Front national n’enregistre pas
de victoire. C’est sous ces conditions qu’un vieux routier
de la politique, intelligent et éloquent, Nicolas Sarkozy,
a saisi l’occasion pour se présenter en se donnant l’image
du jeune remplaçant qui pourrait se substituer à Chirac
au cours des prochaines élections présidentielles.
Sarkozy
a une base idéologique claire. Il fait prévaloir les
valeurs comme le respect, le travail, la réussite et
la nation, et s’interroge sur celles du Parti socialiste
qui prétend mettre en avant le travail, pour en réduire
le temps à 35 heures par semaine.
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La
vieille et la nouvelle Europe
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La
position de Chirac sur la guerre américaine contre l’Iraq
a été décrite par Donald Rumsfeld, le secrétaire américain
à la Défense, comme relevant de la « vieille Europe ».
Un avis que partagent probablement ceux qui n’approuvent
ni Chirac ni une politique française anti-américaine.
Ils sont contre les réserves qu’il convient d’après certains
gaullistes d’afficher face à la politique américaine.
Parmi eux figure Sarkozy. Un homme hors du commun plein
de charisme, dont l’objectif est d’atteindre le sommet
sans fausse pudeur. Nicolas Sarkozy, d’origine hongroise,
a réalisé un grand succès lors de ses passages aux deux
postes les plus difficiles de ministres de l’Intérieur
puis des Finances. C’est ce qui lui a ouvert la voie pour
présenter sa candidature au poste de président du parti
du gouvernement, l’UMP, qu’il a remporté avec une majorité
écrasante de 85 % des voix.
En
devenant le chef de l’UMP, Sarkozy semble être devenu
l’homme politique français le plus haut placé, réalisant
ainsi un pas de géant sur la voie du pouvoir. Sarkozy
s’adresse aux plus grands noms de la politique française,
d’égal à égal. Il est dorénavant le porte-parole du parti
qui décidera de la politique du gouvernement. Sarkozy
pose aujourd’hui ses conditions pour soutenir le gouvernement.
Il fait du parti au pouvoir une autorité supérieure à
celle du gouvernement. Il s’agit là d’une équation inhabituelle
en France. Il a tout mis sens dessus dessous et la formule
« parti du gouvernement » est devenue « gouvernement du
parti » !
On
peut donc dire que les deux prochaines années témoigneront
d’une guerre féroce au sein de la droite française ou
plutôt au sein de l’équipe même qui gouverne. On s’attend
à ce que Chirac présente sa candidature pour un troisième
mandat et il est évident que Sarkozy cherche à lui arracher
le poste.
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Sarkozy
et Barghouti
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En
effet, les deux expressions « parti du gouvernement »
et « gouvernement du parti » ne sont pas propres aux modèles
politiques français et égyptien contemporains. Prenons
l’exemple de Marwane Barghouti et sa décision prise en
prison, où il est condamné à rester à vie. Barghouti a
décidé de présenter sa candidature au poste de chef de
l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), ignorant
ainsi la décision des dirigeants de l’organisation selon
laquelle seul Abou-Mazen devait occuper ce poste. Il se
peut que l’acte de Barghouti soit une simple manœuvre,
comme il se peut qu’il cherche vraiment à être le chef
de l’OLP. Les organisations et les factions palestiniennes
ont toutes refusé cette démarche de Barghouti et ont été
unanimes sur la nécessité de l’écarter de l’arène. Ceci
pourrait conduire à un résultat que personne ne souhaite.
Il n’est pas à exclure que Sharon relâche Barghouti pour
approfondir les divergences dans les rangs des Palestiniens
et accroître la tension. Barghouti est en confrontation
avec les dirigeants palestiniens alors qu’il est l’un
d’eux. Pour les Israéliens, cette situation pourrait être
plus favorable que de le garder en prison à vie. De son
côté, Sarkozy est en confrontation avec les dirigeants
de la droite gaulliste dont il est membre pour faire ainsi
du parti, et non pas du gouvernement ni du président,
le décideur.
Il
s’agit là d’une des formes modernes de coup d’Etat constitutionnel
qui s’effectue dans le cadre de la démocratie. Ce coup
d’Etat n’est pas nécessairement le contraire de la démocratie
et la démocratie n’est pas nécessairement un mouvement
sans coup d’Etat.
Reste
à dire que nous devons tirer des leçons de tout ceci pour
éviter les équivoques et les confusions dont on ne peut
guère prédire les conséquences .
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