| Le
succès de l’exposition La Recherche de l’éternité
— les trésors mystérieux de l’Egypte —, qui
se tient aux Etats-Unis depuis deux ans et
doit y rester encore trois ans, a inspiré
le Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Sur
sa lancée, le comité des expositions étrangères
relevant de cette instance a organisé 13 autres
expositions au cours de cette année. Quatre
d’entre elles se tiennent toujours en plus
de celle des Etats-Unis, à Grenoble en France,
à Bonn et à Paris. Cette dernière étant celle
de Pharaon à l’Institut du Monde Arabe (IMA).
Les
autres expositions, dont la durée variait
entre un et six mois, ont pris fin. Une politique
qui semble être une constante du CSA, puisque
trois autres expositions sont prévues au début
de 2005. Il est à noter que l’essor des expositions
égyptiennes à l’étranger remonte au début
des années 1980. « Grâce au nombre croissant
des demandes reçues de différents pays et
aussi au nouvel esprit qu’essaye de diffuser
Zahi Hawas, secrétaire général du CSA », explique
Loutfi Abdel-Hamid, président du comité des
expositions étrangères au CSA.
La
question principale concernant ces expositions
est celle des modalités permettant d’assurer
leur sécurité. « Les expositions de cette
année ont exigé trois ans de préparation.
Pour garantir le maximum de sécurité pour
les antiquités, les procédures à cet égard
sont très compliquées », reprend Loutfi Abdel-Hamid.
En fait, les demandes des pays étrangers,
qui sont nombreuses, sont adressées au ministère
de la Culture avec précision des pièces voulues
ou du thème principal de l’exposition, ainsi
que de la date où elle aura lieu. Cette demande
est remise préalablement au comité des expositions
qui juge, lui, de la possibilité d’envoyer
les pièces désignées ou non. Parfois le comité
refuse des demandes car les pièces sont rares,
fragiles ou ne peuvent pas supporter le transport.
Les organisateurs des expositions, eux, doivent
de leur côté respecter quelques règles. La
loi sur la sauvegarde des antiquités autorise
le transport des objets anciens, à condition
que le lieu d’exposition soit adéquat et la
garantie de leur sécurité soit tout au long
du voyage.
L’approbation
du comité n’est qu’une étape. Tout le dossier
est transmis au cabinet du premier ministre
pour être discuté à travers d’autres comités
techniques. Fin du parcours ? Non. L’exposition
n’a lieu qu’après un décret présidentiel.
« Toutes ces procédures ont pour but de garantir
le plus de sécurité à nos trésors. C’est à
nous d’imposer les conditions qui garantiront
une meilleure sauvegarde de notre patrimoine
», assure M. Loutfi. L’assurance sur les pièces
se fait à travers de grandes compagnies égyptiennes
contre des sommes très élevées. « Ces assurances
sont primordiales pour la sécurité des antiquités,
elles nous ont beaucoup aidés lorsqu’une toute
petite partie de la couronne de la statue
d’Akhenaton exposée à Valence, en Espagne,
s’est fissurée, on a obtenu 250 000 dollars
de la compagnie d’assurance », assure Akmal
Mohamad, membre du comité des expositions.
Une lettre de garantie d’une banque connue
à l’adresse de la Banque Centrale égyptienne
est nécessaire pour les cas de guerre ou de
catastrophe naturelle.
L’argent
perçu par le CSA est déterminé par le nombre
de pièces exposées, la durée de l’exposition
et le fait qu’elle seront transportées d’une
ville à une autre à l’intérieur d’un même
pays. Ceci dit, les revenus de l’exposition
des Etats-Unis ont été de 13 millions de dollars.
Les recettes contribuent à l’augmentation
du maigre budget du CSA consacré à la restauration
des autres antiquités.
Loin
des intérêts financiers, ces expositions constituent
une excellente propagande pour l’Egypte, qui
met ainsi en relief son ancienne civilisation,
et en même temps un moyen efficace de publicité
pour attirer les touristes dans le pays. Quelques
opposants pensent que de telles présentations
peuvent diminuer le nombre de touristes en
Egypte. Argument refusé, puisque le Louvre
et le British Museum sont riches en antiquités
égyptiennes, ce qui n’a pas empêché les touristes
britanniques et français d’être la grande
masse de la clientèle du tourisme en Egypte.
Abdel-Halim
Noureddine, ex-secrétaire général du CSA,
estime que ces expositions sont le meilleur
moyen de présenter notre civilisation millénaire
au monde, surtout si l’on expose nos antiquités
dans des pays qui n’ont pas de fortes relations
culturelles avec l’Egypte, comme la Chine,
le Japon et les pays de l’Amérique Latine. |