Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'événement

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Pétrole . Le cartel des pays exportateurs se réunit au Caire, alors que les tensions se sont apaisées sur le marché. L’enjeu à moyen terme : éviter une crise de surproduction tout en maintenant les prix à un niveau raisonnable.
L’Opep joue à l’équilibriste

La toute-puissante Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) se réunit au Caire le 10 décembre, au moment où son poids sur le marché atteint son apogée depuis 20 ans. Ce contexte donne un retentissement particulier à la réunion extraordinaire qui regroupe les 11 ministres des pays membres de l’Opep, ainsi que les 6 ministres des pays observateurs, dont celui du pays hôte, l’Egypte, et les principaux producteurs non-Opep, avec en tête la Russie et le Mexique.

En fait, depuis le 11 septembre dernier, l’Opep qui contrôle actuellement 40 % du marché (contre 30 % en 1998), a réussi à s’imposer en tant que valve de sécurité du marché. En 2004, cette position s’est fortifiée grâce à sa bonne gestion de la crise lors des hausses records des cours pétroliers. Le cartel a en effet annoncé tout au long de l’année des hausses parallèles en termes de production, afin d’atténuer la soif du marché. Ainsi, le total de la production des pays membres est passé de 23,5 millions de barils par jour (mbj) en avril, à 28 mbj suite à des hausses successives en juillet puis en août. Aujourd’hui, elle s’élève à 30,5 mbj, Iraq inclus. Une politique réussie, puisque le marché du pétrole est « redevenu plus raisonnable », comme l’explique Claude Mandil, directeur de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), rivale traditionnelle de l’Opep, qui défend les intérêts en matière d’énergie des pays occidentaux. Les pays de l’Opep « ont vraiment bien travaillé au cours des derniers mois ; ils ont fait le maximum de ce qu’ils pouvaient faire pour que les prix redeviennent raisonnables. J’espère qu’ils vont continuer », a-t-il ajouté. Cependant, il regrette que les cours actuels demeurent « bien élevés ». Le président actuel du cartel, le ministre indonésien Purnomo Yusgiantoro, est du même avis : « La production de l’Opep n’a jamais été aussi élevée depuis la fin des années 1970, afin de freiner un cours du brut qui a augmenté de plus de 70 % depuis la fin 2003, pour atteindre un record de plus de 55 dollars le baril en octobre dernier ». Ces cours élevés ont offert au cartel une hausse de ses revenus de 46 % de janvier à octobre, gonflant ses caisses de 332 milliards de dollars, selon un rapport de la Banque industrielle des Emirats arabes unis.


Agenda touffu

On n’attend pas de grandes surprises de la part de l’Opep lors de la réunion du 10 décembre, concernant les quotas actuels de production. Néanmoins, l’Organisation devra discuter des énormes défis qui menacent sa stabilité à moyen terme. En premier lieu, l’organisation doit envisager des mesures pour faire face à la diminution prévisible de la demande pétrolière au deuxième trimestre 2005, d’autant plus que la surproduction risque d’inonder le marché l’an prochain.

Le cartel dispose d’ores et déjà d’un surplus de 2 mbj de brut. De plus, le marché s’attend à une baisse de la demande mondiale de pétrole au deuxième trimestre 2005, car la croissance économique mondiale devrait ralentir de 4,9 % cette année, à 4 % l’an prochain. « L’année prochaine, la demande sera beaucoup plus faible. L’Opep aura des capacités excédentaires », a souligné Yusgiantoro. Et donc un risque de chute des prix plane à l’horizon. Par ailleurs, la quasi-majorité des membres renoncent à la baisse de production revendiquée par l’Iran, malgré un recul de six dollars le baril, depuis les sommets atteints en octobre. « Mais les membres de l’Opep pourraient changer d’avis à la lumière de la baisse des prix de cette semaine. D’ailleurs, en général, pour qu’une baisse entraîne une réaction, elle doit durer un mois », précise Omar Farouq Ibrahim, directeur des relations publiques à l’Opep.

En fait, l’actuel quota de production de l’Opep est fixé à 27 mbj, hors Iraq. Mais sa production réelle est estimée à quelque 28,5 mbj, un niveau très élevé. Les experts estiment qu’à l’heure actuelle, l’industrie pétrolière mondiale produit à plus de 99 % de sa capacité maximale, tous les pays hors Opep pompant déjà au maximum. Pire encore, au début de la semaine dernière, le seul pays à capacité de production excédentaire, l’Arabie saoudite, avait indiqué qu’elle allait augmenter ses capacités de production de brut à 12,5 mbj « dans les quelques années à venir », contre 11 mbj actuellement.

Ce message qui contredit celui de l’Opep vise semble-t-il à rassurer le marché ; le membre le plus influent de l’organisation tient à ce qu’il n’y ait pas de pénurie d’offre. Cependant, c’est une arme à double tranchant, puisqu’un excès d’offre rappelle les temps difficiles de 1998, où une situation pareille avait fait baisser les prix à moins de 10 dollars le baril.

La faiblesse du dollar sera le deuxième dossier discuté lors de la réunion. La chute du dollar inquiète sérieusement les pays producteurs et exportateurs de brut. Le ministre qatari de l’Energie, Abdallah bin Hamad Al-Attiya, n’a d’ailleurs pas manqué de le signaler en estimant les pertes à 30 % des recettes des pays membres de l’Opep, notamment les pays arabes, dont une dizaine ont enregistré un taux de croissance de 5 % avec l’envolée des cours du pétrole.

Quoi qu’il en soit, et même avec un dollar faible, l’Opep fera en sorte de maintenir les cours au-delà de la fourchette des 22-28 dollars, fixée il y a quatre ans. Et ce n’est pas loin de sa portée puisque les principaux facteurs de tension du marché devraient persister en 2005 : forte demande, troubles géopolitiques et goulots d’étranglement dans la chaîne de production de produits raffinés.

Névine Kamel
Salma Hussein

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631