| La
toute-puissante Organisation des Pays Exportateurs de
Pétrole (OPEP) se réunit au Caire le 10 décembre, au moment
où son poids sur le marché atteint son apogée depuis 20
ans. Ce contexte donne un retentissement particulier à
la réunion extraordinaire qui regroupe les 11 ministres
des pays membres de l’Opep, ainsi que les 6 ministres
des pays observateurs, dont celui du pays hôte, l’Egypte,
et les principaux producteurs non-Opep, avec en tête la
Russie et le Mexique.
En
fait, depuis le 11 septembre dernier, l’Opep qui contrôle
actuellement 40 % du marché (contre 30 % en 1998), a réussi
à s’imposer en tant que valve de sécurité du marché. En
2004, cette position s’est fortifiée grâce à sa bonne
gestion de la crise lors des hausses records des cours
pétroliers. Le cartel a en effet annoncé tout au long
de l’année des hausses parallèles en termes de production,
afin d’atténuer la soif du marché. Ainsi, le total de
la production des pays membres est passé de 23,5 millions
de barils par jour (mbj) en avril, à 28 mbj suite à des
hausses successives en juillet puis en août. Aujourd’hui,
elle s’élève à 30,5 mbj, Iraq inclus. Une politique réussie,
puisque le marché du pétrole est « redevenu plus raisonnable
», comme l’explique Claude Mandil, directeur de l’Agence
Internationale de l’Energie (AIE), rivale traditionnelle
de l’Opep, qui défend les intérêts en matière d’énergie
des pays occidentaux. Les pays de l’Opep « ont vraiment
bien travaillé au cours des derniers mois ; ils ont fait
le maximum de ce qu’ils pouvaient faire pour que les prix
redeviennent raisonnables. J’espère qu’ils vont continuer
», a-t-il ajouté. Cependant, il regrette que les cours
actuels demeurent « bien élevés ». Le président actuel
du cartel, le ministre indonésien Purnomo Yusgiantoro,
est du même avis : « La production de l’Opep n’a jamais
été aussi élevée depuis la fin des années 1970, afin de
freiner un cours du brut qui a augmenté de plus de 70
% depuis la fin 2003, pour atteindre un record de plus
de 55 dollars le baril en octobre dernier ». Ces cours
élevés ont offert au cartel une hausse de ses revenus
de 46 % de janvier à octobre, gonflant ses caisses de
332 milliards de dollars, selon un rapport de la Banque
industrielle des Emirats arabes unis. |
On
n’attend pas de grandes surprises de la part de l’Opep
lors de la réunion du 10 décembre, concernant les quotas
actuels de production. Néanmoins, l’Organisation devra
discuter des énormes défis qui menacent sa stabilité à
moyen terme. En premier lieu, l’organisation doit envisager
des mesures pour faire face à la diminution prévisible
de la demande pétrolière au deuxième trimestre 2005, d’autant
plus que la surproduction risque d’inonder le marché l’an
prochain.
Le
cartel dispose d’ores et déjà d’un surplus de 2 mbj de
brut. De plus, le marché s’attend à une baisse de la demande
mondiale de pétrole au deuxième trimestre 2005, car la
croissance économique mondiale devrait ralentir de 4,9
% cette année, à 4 % l’an prochain. « L’année prochaine,
la demande sera beaucoup plus faible. L’Opep aura des
capacités excédentaires », a souligné Yusgiantoro. Et
donc un risque de chute des prix plane à l’horizon. Par
ailleurs, la quasi-majorité des membres renoncent à la
baisse de production revendiquée par l’Iran, malgré un
recul de six dollars le baril, depuis les sommets atteints
en octobre. « Mais les membres de l’Opep pourraient changer
d’avis à la lumière de la baisse des prix de cette semaine.
D’ailleurs, en général, pour qu’une baisse entraîne une
réaction, elle doit durer un mois », précise Omar Farouq
Ibrahim, directeur des relations publiques à l’Opep.
En
fait, l’actuel quota de production de l’Opep est fixé
à 27 mbj, hors Iraq. Mais sa production réelle est estimée
à quelque 28,5 mbj, un niveau très élevé. Les experts
estiment qu’à l’heure actuelle, l’industrie pétrolière
mondiale produit à plus de 99 % de sa capacité maximale,
tous les pays hors Opep pompant déjà au maximum. Pire
encore, au début de la semaine dernière, le seul pays
à capacité de production excédentaire, l’Arabie saoudite,
avait indiqué qu’elle allait augmenter ses capacités de
production de brut à 12,5 mbj « dans les quelques années
à venir », contre 11 mbj actuellement.
Ce
message qui contredit celui de l’Opep vise semble-t-il
à rassurer le marché ; le membre le plus influent de l’organisation
tient à ce qu’il n’y ait pas de pénurie d’offre. Cependant,
c’est une arme à double tranchant, puisqu’un excès d’offre
rappelle les temps difficiles de 1998, où une situation
pareille avait fait baisser les prix à moins de 10 dollars
le baril.
La
faiblesse du dollar sera le deuxième dossier discuté lors
de la réunion. La chute du dollar inquiète sérieusement
les pays producteurs et exportateurs de brut. Le ministre
qatari de l’Energie, Abdallah bin Hamad Al-Attiya, n’a
d’ailleurs pas manqué de le signaler en estimant les pertes
à 30 % des recettes des pays membres de l’Opep, notamment
les pays arabes, dont une dizaine ont enregistré un taux
de croissance de 5 % avec l’envolée des cours du pétrole.
Quoi
qu’il en soit, et même avec un dollar faible, l’Opep fera
en sorte de maintenir les cours au-delà de la fourchette
des 22-28 dollars, fixée il y a quatre ans. Et ce n’est
pas loin de sa portée puisque les principaux facteurs
de tension du marché devraient persister en 2005 : forte
demande, troubles géopolitiques et goulots d’étranglement
dans la chaîne de production de produits raffinés. |