Le
nouveau projet de loi a suscité une véritable levée de boucliers
au sein des syndicats professionnels. Le projet (qui doit
remplacer l’ancienne loi no100 de 1995) comprend 13 articles.
Le plus controversé porte sur l’organisation des élections.
Le projet, proposé par le gouvernement, prévoit la suppression
du suffrage direct actuellement en vigueur et son remplacement
par un système de délégués. Conformément à ce système, les
membres des syndicats élisent un certain nombre de délégués
et ce sont ces derniers qui désignent le président et les
membres du conseil du Syndicat.
Le
projet interdit en outre aux syndicats toute collecte de fonds
et prohibe toute activité ou aide qui ne soit pas en rapport
avec le statut et la fonction du syndicat. Le projet de loi,
préparé par le PND (Parti National Démocrate, au pouvoir)
sera soumis prochainement au Conseil consultatif puis à l’Assemblée
du peuple. Il intervient à quelques semaines des prochaines
élections du Syndicat des avocats prévues en février prochain.
L’organisme est dominé depuis quelques années par les Frères
musulmans. « Ce projet de loi est antidémocratique », estime
Ahmad Seiffel-Islam Al-Banna, secrétaire général du Syndicat
des avocats et membre des Frères musulmans. Selon lui, le
gouvernement cherche par tous les moyens à exclure les Frères
de la scène syndicale. « Ce système de députés laisse la porte
grande ouverte à la fraude électorale », estime en outre Al-Banna.
En
réaction à ce projet, les syndicats se mobilisent. Ainsi,
des ingénieurs et des avocats organisent les 20 et 22 décembre
au siège du Syndicat des avocats, au Caire, une conférence
pour « faire face au complot gouvernemental et aux tentatives
d’étouffer les libertés ». Les responsables des syndicats
dénoncent l’attitude du gouvernement qui ne les a jamais consultés
au sujet du projet de loi. « En 1981, lorsque le président
Sadate a dissous le conseil du Syndicat des avocats, la Cour
constitutionnelle a rejeté sa décision affirmant le droit
de chaque syndicat d’organiser librement ses affaires. Or,
ce que le gouvernement fait aujourd’hui est en contradiction
avec ces principes », estime Mohamad Fayez, ancien membre
du conseil du Syndicat des avocats. Selon lui, c’est l’indépendance
du syndicat qui est en jeu.
Les
syndicats professionnels se posent aujourd’hui comme un acteur
incontournable de la scène politique. Une situation qui s’explique
notamment par la faiblesse du rôle des partis. C’est dans
ce contexte que certains courants politiques ont investi les
syndicats durant les années 1990. « Mais aujourd’hui, l’Etat
veut supprimer tout rôle politique des syndicats pour en faire
uniquement des établissements de services », poursuit Mohamad
Fayez. Il souligne un autre article « dangereux » du projet
de loi. « Il s’agit de l’article 3 qui exige un quorum minimum
de 50 % pour valider les élections. C’est exagéré. Le gouvernement
veut se donner les moyens d’intervenir dans les élections.
Ce quorum devrait être ramené à 40 % », dit-il.
Face
à la colère des syndicats, le gouvernement cherche à temporiser.
Lors d’une conférence de presse le 1er décembre, le ministre
d’Etat pour les affaires du Conseil consultatif et secrétaire
de la commission du PND, Moufid Chéhab, qui a élaboré le projet
de loi, a déclaré que « le projet est dans la phase de préparation
et qu’il n’a pas encore été rédigé dans sa forme finale ».
Chéhab a rejeté les accusations selon lesquelles le gouvernement
cherche à faire approuver la loi en catimini. « Le projet
de loi a bel et bien été rédigé dans sa forme finale et il
est prêt à être discuté au Conseil consultatif. Nous avons
réussi à nous en procurer une copie. Si le gouvernement avait
réellement voulu consulter les syndicats, il l’aurait fait
auparavant », estime Mohamad Fayez.
Hamdi
Al-Sayed, président de l’Ordre des médecins, critique également
le projet. « Le système de délégués a été pratiqué dans certains
syndicats, mais ça ne marchera pas dans les autres établissements
».
De
l’autre côté de la barre, les responsables du PND étayent
leur thèse. Moustapha Eloui, membre du Conseil consultatif,
explique : « Les élections indirectes se pratiquent dans les
pays européens et aux Etats-Unis. Je crois que ce système
facilitera le déroulement des élections ».
Magdi
Abdel-Hamid, membre des Ingénieurs démocratiques (un groupement
qui revendique la fin de la tutelle imposée au Syndicat des
ingénieurs et la tenue d’élections libres), pense que ce projet
de loi « n’exclura pas les Frères musulmans des syndicats.
Au lieu de renforcer les libertés, le gouvernement est en
train de les étouffer », estime-t-il. Mais Moustapha Eloui
refuse ces déclarations : « Le PND accepte toutes les propositions
de la part des syndicats. De plus, le projet sera discuté
au Conseil consultatif ».
Le
conflit entre les syndicats et le gouvernement a commencé
au milieu des années 1990 et il semble qu’il ne soit pas près
de prendre fin