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Sécurité.
Dix mois après les événements sanglants qui l’ont frappé,
Al Nékheila petit village d’Assiout, dans le passé fief
des trafiquants de drogue, est soulagé mais toujours inquiet.
Reportage. |
| Nékheila
réapprend à vivre |
Nékheila,
De notre envoyée spéciale —
Vous
aspirez à un progrès dans plusieurs domaines de votre
vie et surtout au niveau de la famille. Vous devez être
plus organisé(e) pour achever un agenda surchargé. Vous
aspirez à un progrès dans plusieurs domaines de votre
vie et surtout au niveau de la famille. Vous devez être
plus organisé(e) pour achever un agenda surchargé.
Les
habitants d’Al-Nékheila n’oublieront jamais ce 26 février.
Ce jour-là, des dizaines de véhicules blindés, des agents
de sécurité en surnombre et armés jusqu’aux dents avaient
fait irruption dans ce petit village du gouvernorat d’Assiout,
véritable fief des barons de la drogue. Au terme de plusieurs
jours de combats, les forces de l’ordre avaient réussi
à arrêter les membres d’une influente famille locale,
les Awlad Hanafi, impliqués dans le trafic de drogue et
qui terrorisaient le village.
Dix
mois après les faits, Nékheila réapprend à vivre. A l’entrée
du village se dresse un barrage de sécurité, et des véhicules
blindés sillonnent toujours les lieux. Des policiers se
répandent ici et là. Une route asphaltée mène à l’intérieur
du village. Des pancartes nouvellement installées indiquent
: « Bienvenue à Nékheila ». La vie semble avoir repris
son cours et la joie apparaît sur les visages des habitants.
Les magasins sont remplis. « Nous vivons un véritable
rêve. Il y a à peine quelques mois, nous ne pouvions pas
sortir dans les rues et nous y promener comme nous le
faisons aujourd’hui », affirme Ahmad Sarwat, ouvrier installé
avec un groupe d’amis et fumant la chicha. Il explique
que les barons de la drogue terrorisaient le village.
« Il arrivait que le chef du clan se réveille le matin
et sur un coup de tête, il interdit aux villageois de
sortir de chez eux durant la journée entière », poursuit
Ahmad Sarwat. Dans le balcon d’une maison située à quelques
mètres de là, une femme qui étend son linge poursuit :
« Il y avait tout le temps des tirs d’armes à feu dans
les rues de notre village et il était dangereux d’ouvrir
les fenêtres », assure-t-elle en affirmant qu’une balle
était un jour entrée dans son appartement.
En
effet, Awlad Hanafi avaient transformé Nékheila en véritable
domaine privé. Leur histoire remonte à 1959. A l’époque,
le père du clan arrive dans le village et fonde lui et
ses cousins une influente famille qui commence à menacer
les habitants. Ils parviennent à s’approprier plusieurs
feddans de terres agricoles. Au cours des années 1990,
la culture de cannabis prospère au village qui devient
un centre pour le commerce de la drogue sans qu’aucune
mesure ne soit prise à l’encontre des trafiquants. |
Une
présence policière intensive |
Après
les événements de février, la présence policière a été
intensifiée. La maison du chef du clan a été transformée
en poste de police. Un autre poste a été installé à l’intérieur
du village. Des véhicules blindés sillonnent les lieux
jour et nuit. Les policiers s’informent sur tout. Cette
présence policière ne semble pas gêner les habitants.
Bien au contraire. Ils ont été ravis de voir venir le
gouverneur d’Assiout sur les lieux accompagné d’une commission
pour les rencontrer et s’informer sur leurs problèmes
et trouver des solutions. Des promesses ont été faites
pour réaménager les lieux le plus tôt possible. Quelques
travaux ont été ainsi effectués : les rues principales
ont été pavées, l’éclairage a été installé et des arbres
ont été plantés. Un centre culturel a été ouvert. La centrale
téléphonique du village est en passe d’être restaurée.
Un mur a été construit autour du centre de jeunesse du
village. « Les autorités n’ont commencé à s’intéresser
à notre village qu’après les événements de février. Ils
nous ont promis des choses, mais tout n’a pas été fait
», s’insurge Ahmad Hachem, le sage du village. Le village
possédait un centre de soins médicaux depuis 4 ans qui
n’avait jamais fonctionné en raison de la violence et
de l’absence de personnel. Les barons de la drogue avaient
en effet assassiné le seul médecin car il n’a pas obtenu
leur autorisation d’exercer au village. Le centre vient
enfin d’ouvrir ses portes pour accueillir les patients.
« Il ne fonctionne pas 24h sur 24. Il n’y a qu’un médecin
généraliste et un dentiste. Pour une agglomération de
60 000 habitants, c’est tout de même très peu », assure
Ahmad Hachem. Il affirme avoir présenté des plaintes à
la municipalité, mais en vain. « La seule réponse que
nous recevons est qu’en cas d’urgence, les villageois
doivent se rendre à l’hôpital spécialisé le plus proche,
situé à 30 km hors du village », poursuit-il.
A
sillonner les rues, on voit des hommes assis dans les
cafés à jouer aux cartes, ou carrément dans la rue sur
des chaises qu’ils ont apportées de chez eux en fumant
la chicha. « Nous n’avons rien à faire. Nous avons perdu
nos emplois », assurent-ils. Beaucoup d’entre eux avaient
quitté leurs emplois sous la menace pour cultiver le cannabis
dans les terres des Awlad Hanafi. D’autres ont perdu leurs
terres que les Awlad Hanafi s’étaient appropriées pour
presque rien. « Ils m’ont obligé à leur vendre mes 5 feddans
à bas prix. On m’a dit d’adresser une plainte à la police
après les événements de février dernier pour les récupérer.
Elle ne m’a rendu qu’un feddan et demi », affirme Salah
Marzouq, un habitant.
Il
n’est pas le seul. En fait, des milliers de plaintes ont
été transférées au tribunal concernant des terres et des
maisons que les Awlad Hanafi avaient confisquées. « Les
plaignants sont tenus de présenter des contrats de propriété
pour que la justice tranche l’affaire en leur faveur,
ce qui pose un problème, car ces contrats leurs ont été
enlevés par le clan des Awlad Hanafi », explique un des
policiers qui a requis l’anonymat. Certains habitants
n’ont ni terrains ni emploi. Et ils attendent une solution
à leur problème. « Nous aimerions que le gouvernorat construise
une ou plusieurs usines », affirme Gaafar Hassan, dont
les terres ont été confisquées par Awlad Hanafi.
Il
existe une douzaine d’écoles à Nékheila. Elles ont besoin
d’être restaurées et élargies. Il faut aussi créer des
classes d’alphabétisation. « Des parents ont dû sortir
leurs enfants de l’école par peur de la violence des Awlad
Hanafi. Ils ont raté plusieurs années et leur avenir est
maintenant incertain. Nous avons réclamé des responsables
une solution pour remédier à ce problème qui touche un
grand nombre d’élèves. Mais dix mois se sont écoulés et
rien n’a été fait à ce sujet », dénonce Mahmoud Ahmad,
professeur.
Malgré
tout, les habitants de Nékheila sont heureux de la disparition
de la culture et du commerce de cannabis. Ce qu’ils regrettent,
c’est que le gouvernement n’ait commencé à agir que maintenant.
Nékheila paie aujourd’hui le prix de son passé sombre
. |
| Héba
Nasreddine |
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Gamil
Osmane, président de la municipalité
de Nékheila.
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Al-Ahram
Hebdo : Durant des années, Nékheila a souffert du trafic
de drogue. Pourquoi des efforts ne sont consentis qu’aujourd’hui
pour développer ce village ?
Gamil
Osmane
: Il nous était très difficile de faire quoi que ce soit
à cause de l’emprise des trafiquants de drogue sur le
village. Aujourd’hui, Al-Nékheila est débarrassé de ce
fléau et nous pouvons donc commencer à mettre en place
un projet de réaménagement. Un budget supplémentaire de
500 000 L.E. a été attribué au village. Nous avons commencé
à développer les infrastructures et le réseau de communications.
Nous avons pavé les routes et restauré le réseau d’eau
potable. Nous avons en outre installé l’éclairage dans
plusieurs parties du village et multiplié les services.
Au cours de l’année prochaine, nous entendons créer 90
classes d’alphabétisation. Un marché sera en outre créé.
Nous avons également créé des commissions de réconciliation
pour régler les problèmes de vendetta.
—
Pourquoi ce village en particulier a-t-il été la cible
des trafiquants de drogue ?
—
Assiout est une région montagneuse. De nombreux criminels
y trouvent refuge pour échapper à la police. Assiout est
l’un des gouvernorats les plus défavorisés au niveau de
la République. Au début des années 1990, au moment de
la vague terroriste, les trafiquants ont aidé les appareils
de sécurité à traquer les terroristes recherchés. C’est
pour cette raison que rien n’a été fait contre eux. Il
y avait une sorte de complicité entre la sécurité et les
trafiquants.
—
Quelles sont vos priorités pour réhabiliter Nékheila ?
—
La chose la plus importante à mon avis est d’assurer la
sécurité et d’empêcher le retour des trafiquants. C’est
la priorité numéro 1. La priorité numéro 2 est le développement.
Nous devons poursuivre les efforts déjà accomplis dans
ce domaine .
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| Propos
recueillis par
H.
N. |
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