François
Moriconi-Ebrard : «
Un siècle de recensement » en Egypte est le fruit d’un travail
de dix ans. C’est un projet qui collecte la totalité des recensements
égyptiens de 1882 à 1996. Environ 8,5 millions de données
statistiques saisies, soit le contenu de 280 volumes imprimés.
C’est donc un système d’information qui réunit des données
démographiques, économiques, socio-économiques géographiques
et physiques. Il s’agit de présenter toutes ces données à
travers des fonds cartographiques des divisions administratives.
Jusqu’à présent, aucune publication ne permettait de localiser
l’information statistique dans l’espace géographique en Egypte.
Ce CD nous permet de chercher une information précise et d’avoir
toutes les données de façon assez simple et détaillée. Il
permet aussi d’envisager la situation ou l’évolution des différentes
classifications pouvant exister dans les gouvernorats comme
la distribution selon le sexe et l’âge d’une tranche d’âge
précise dans tel ou tel gouvernorat, ou encore la distribution
du statut matrimonial. Ce projet est avant tout un exemple
de coopération entre Egyptiens et Français, car il a permis
à l’Egypte de rassembler toutes ces données d’une si grande
richesse et à la France d’enrichir les études et recherches
sur les différents domaines en Egypte.
—
Vous avez certainement affronté des problèmes pour pouvoir
arriver là ?
—
On a vraiment fait face à beaucoup de problèmes. Déjà pour
obtenir un produit pareil, il nous fallait tenir compte des
différentes visions des personnes qui travaillaient sur le
projet comme le CAPMAS (Appareil central pour la mobilisation
publique et les statistiques), le CEDEJ (Centre d’Etudes et
de Documentation Economiques, Juridiques et sociales) les
géographes et autres. En outre, ce CD est destiné à répondre
aux besoins de plusieurs catégories comme les géographes,
les historiens, les centres de recherches ou même les étudiants.
Il devait donc être présenté d’une façon assez simple mais
dans le même temps détaillée. Ceci n’a pas été la tâche la
plus facile. Nous avons affronté un autre problème d’ordre
politique, c’est-à-dire comment établir la confiance entre
Egyptiens et Français sur les démarches et les résultats.
Le plus important problème d’ordre technique était celui des
noms des moudiriyas et gouvernorats. Car beaucoup d’entre
eux ont changé avec le temps ou d’autres ont été créés comme
la Nouvelle- Damiette. Ils ne figuraient pas ainsi sur les
publications et on était alors obligé de remonter loin dans
l’Histoire pour chercher leurs origines.
—
Peut-on parler déjà de résultats de ce projet ?
—
Notre objectif était d’abord de créer ce CD-ROM. Aujourd’hui
qu’il existe, nous pouvons considérer que c’est un premier
résultat. Nous espérons pouvoir diffuser ce CD dans différents
endroits là où on en aura besoin, que ce soit dans les universités,
les bibliothèques, les grandes entreprises ou les gouvernorats.
Je rappelle que ce CD-ROM ne sera pas diffusé uniquement en
Egypte mais partout dans le monde. Nous avons déjà eu quelques
commandes comme celle de La Bibliothèque publique américaine
ainsi que plusieurs grandes bibliothèques et grandes surfaces
en France.
—
Pourquoi avez-vous focalisé le projet sur la question démographique
?
—
Le plan démographique est mon initiative, je suis arrivé de
France avec cette idée là que j’ai voulu développer particulièrement
en Egypte. Car mon point de vue est basé sur l’idée que c’est
l’homme qui forme toute société, il est donc la base de toute
étude. On pourrait même considérer que ce projet assez important
serait le point de départ, voire la base de futures études,
surtout que le CD « Un siècle de recensement » est dérivé
de la base de données « EGIPTE » (Explorations Géographiques
Informatisées de la Population et du Territoire de l’Egypte).
Celle-ci permet de relancer un nombre croissant de recherches
et d’analyses en histoire et en démographie.
—
D’après ces cent ans de recensement démographique, peut-on
vraiment parler d’une expansion démographique en Egypte ?
—
Les chiffres suffisent pour répondre à cette question. Le
recensement fait en 1848 comptait 4 millions 500 000 habitants,
alors qu’en 1998 l’Egypte comptait 59 millions 272 000 personnes.
Des chiffres qui démontrent qu’il existe une véritable explosion
démographique en Egypte.