«
Ce que nous voulons, c’est que chaque Palestinien puisse
voter en toute liberté pour élire qui il veut. Cela
est en soi plus important que le résultat », a déclaré
Abou-Mazen dans un très long entretien accordé à Makram
Mohamad Ahmad dans le magazine hebdomadaire Al-Moussawar.
La
scène politique palestinienne connaît des bouleversements
graves suite au changement surprenant survenu dans la
position de Marwane Barghouti. « M. Barghouti, 45 ans,
chef populaire de l’Intifada qui purge une peine de
prison à vie en Israël, s’est porté candidat à la présidentielle
à la surprise générale, quelques jours après avoir exclu
lui-même cette possibilité », écrit Islam Kamal dans
le magazine hebdomadaire Rose Al-Youssef. Les instances
dirigeantes du Fatah ayant désigné Abbass comme candidat
du mouvement au scrutin, M. Barghouti s’est inscrit
en tant qu’indépendant. « Pourquoi donc Marwane Barghouti
a-t-il changé de position, alors qu’il avait annoncé
avec conviction et sens des responsabilités politiques
vouloir soutenir Abou-Mazen afin que sa victoire soit
forte devant Israël et les Etats-Unis ? », poursuit
Kamal.
Mais
la personnalité du chef de l’Organisation de Libération
de la Palestine (OLP), Mahmoud Abbass, candidat du Fatah
à l’élection présidentielle palestinienne, continue
de susciter quelques interrogations. Dans la revue hebdomadaire
Al-Moussawar, Makram Mohamad Ahmad s’interroge : « Abou-Mazen
réussira-t-il à unir les rangs palestiniens et à former
un front national palestinien comprenant toutes les
forces ? Comment Abou-Mazen — qui était il n’y a pas
longtemps sujet de conflit palestinien —, peut-il remplir
le vide laissé par Arafat. D’autant plus qu’il continue
à faire l’objet de doutes palestiniens selon lesquels
il serait moins attaché aux constantes de la question
palestinienne ».
Sous
le titre « La candidature douteuse de Marwane Barghouti
» dans le quotidien londonien Al-Hayat, Bilal Al-Hassan
écrit : « La candidature de Barghouti en tant qu’indépendant
signifie-t-elle son départ du mouvement Fatah ? Et où
est sa responsabilité en tant que symbole de l’unité
des combattants et non de la division des rangs palestiniens
? Prendra-t-il la tête d’un conflit entre les générations
? Ou sera-t-il à la tête d’un conflit entre les habitants
de l’intérieur et ceux de l’extérieur ? ».
Al-Ahram,
dans l’un de ses éditoriaux, appelle toujours à l’unité
des rangs palestiniens : « Il est certain que tout citoyen
palestinien a le droit de se présenter aux élections
présidentielles, mais la phase par laquelle passe la
question palestinienne de l’après-Arafat exige la coordination,
la compréhension et l’unité de la part de tout le monde
autour des leaders et des règles du mouvement Fatah.
Il s’agit en effet du mouvement le plus important de
l’histoire de la lutte palestinienne. D’ailleurs, la
question n’est pas du tout personnelle ».
Les
titres du quotidien d’opposition Al-Wafd expriment plus
clairement la gravité de la situation : « Le séisme
Barghouti fait trembler le mouvement Fatah », « L’absence
du symbole a entraîné un conflit entre les leaders à
l’intérieur et à l’extérieur ».
Abou-Mazen
aura donc de nombreux obstacles devant lui. Et Saleh
Al-Kalab en identifie trois principaux : « Abou-Mazen
doit d’abord combattre au sein du mouvement Fatah face
à l’opposition palestinienne, ensuite il devra combattre
dans le cercle israélien, et enfin dans le cercle de
l’Administration américaine ».
«
Il est certain que la chance est plus grande pour Abou-Mazen,
sauf si Israël utilise ses sales manœuvres pour faire
gagner Barghouti, et ainsi la question palestinienne
sera prisonnière, derrière les barreaux », explique
Samir Ragab dans son éditorial.
«
Il semble que l’histoire du Fatah se terminera par un
conflit entre Arafatistes (partisans d’Arafat), qui
croient en la résistance et en un règlement, Abbassistes
(partisans d’Abbass), qui se jettent dans les bras des
Américains, et les héritiers qui transforment la question
palestinienne en intérêts personnels », souligne Mahmoud
Al-Tamimi dans Al-Osboue.
Enfin,
pour que le chemin de l’après-Arafat passe forcément
par la démocratie, Palestiniens de l’intérieur, de l’extérieur
et de toutes les différentes factions doivent mesurer
la gravité de la situation et s’unir