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Indications
et témoignages se sont multipliés ces derniers jours de la part
de l’Onu et des populations locales sur la présence de soldats
rwandais dans la province orientale congolaise du Nord-Kivu,
frontalière du Rwanda. Selon plusieurs sources, entre 4 000
et 5 000 soldats rwandais se trouvent dans l’est de la République
Démocratique du Congo (RDC), infiltrés depuis la semaine dernière.
Plusieurs milliers de civils congolais ont fui des combats dans
l’est de la RDC depuis le 24 novembre dernier, a notamment indiqué
samedi un responsable de l’Organisation non gouvernementale
Médecins sans frontières.
Ces
informations confirment celles données jeudi par le Bureau de
coordination des affaires humanitaires de l’Onu (OCHA) faisant
état de combats à 150 km au nord de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu,
poussant sur les routes des milliers de civils. Du côté de Kigali,
qui a envoyé des troupes dans l’ex-Zaïre en 1996-97 et de 1998
à 2002, la ligne officielle reste inchangée : les soldats rwandais
ne sont pas entrés en RDC, toutes les indications allant dans
ce sens sont « fausses ». Ceci malgré les déclarations du président
rwandais Paul Kagame qui avait insinué en début de la semaine
dernière que des troupes rwandaises « pourraient se trouver
maintenant » en RDC pour neutraliser les rebelles hutus rwandais.
A
chaque reprise, tout comme cette fois-ci, Kigali, où la minorité
tutsie est au pouvoir depuis 1994, a invoqué la menace que représenteraient
les rebelles hutus rwandais, réfugiés en RDC et souvent impliqués
dans le génocide de 1994, pour intervenir dans l’ex-Zaïre. Kigali
reproche à Kinshasa et aux Nations-Unies de ne pas avoir réussi
à désarmer les extrémistes hutus présents au Congo.
Les
rebelles hutus, regroupés dans le mouvement politico-militaire
des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR),
sont estimés à plusieurs milliers, certains observateurs avançant
le chiffre de 8 000, essentiellement regroupés dans les provinces
du Nord et Sud-Kivu, frontalières du Rwanda. De son côté, le
président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph
Kabila, a placé l’armée congolaise en « alerte générale » et
annoncé jeudi le déploiement « en cours » des troupes dans les
régions de l’est, où le Rwanda aurait envoyé des troupes. Rejetant
« les prétentions » des autorités rwandaises d’imposer à la
RDC « leur volonté d’hégémonie et de domination », le président
Kabila a appelé les Congolais « à la cohésion (...) face à cette
nouvelle menace contre les institutions de la transition et,
au-delà, contre l’existence même de notre pays ».
«
Les responsables rwandais ont toujours eu sur la RDC des visées
politiques de domination et même d’occupation et des visées
économiques d’exploitation et de prédation », a-t-il affirmé,
accusant par ailleurs le Rwanda de vouloir « empêcher la tenue
d’élections », prévues en juin 2005. L’est de la RDC, notamment
la région des Kivus, composée du Nord et du Sud-Kivu frontaliers
du Rwanda, est particulièrement riche en minerais. C’est de
là que sont parties les deux précédentes invasions de la RDC
par l’armée rwandaise, la dernière ayant provoqué une guerre
régionale de cinq ans (1998-2003) qui a fait près de trois millions
de morts, directement ou indirectement. Selon plusieurs observateurs,
une intervention militaire rwandaise dans l’est de la RDC, même
si elle ne ciblait que les rebelles hutus rwandais, risque d’attiser
des tensions ethniques déjà très exacerbées dans cette région,
notamment à l’encontre des Congolais d’origine rwandaise et
surtout les Tutsis congolais.
A
mesure que les témoignages se multipliaient sur la présence
de soldats rwandais en RDC, la communauté internationale est
progressivement sortie de son silence, appelant Kigali et Kinshasa
à trouver une solution pacifique aux tensions actuelles. Les
deux principaux alliés occidentaux de Kigali, les Etats-Unis
et la Grande-Bretagne, ont également mis en garde le Rwanda,
Washington dépêchant même un émissaire dans les deux capitales.
Paris, qui entretient de bonnes relations avec Kinshasa, et
l’Union européenne, un des principaux bailleurs de fonds de
la RDC et du Rwanda, ont à leur tour appelé à la modération.
Faute de rencontrer une résistance, Kigali ferait la démonstration
que son influence s’exerce toujours sur cette région frontalière,
où ses responsables militaires entretiennent des liens étroits
avec les milices et les autorités locales, tout en contrôlant
le commerce des minerais et en développant de grandes fermes
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