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Football . Il fut un temps où la ville d’Alexandrie regorgeait de talents et vivait l’âge d’or du ballon rond égyptien. Aujourd’hui, elle risque de disparaître complètement de la scène nationale. Enquête.
Chronique d’un déclin
Al-Tram, Al-Nadi Al-Younani, Al-Jamk ... des noms de clubs d’Alexandrie qui ont longtemps connu un succès retentissant, donnant naissance à de nombreuses stars du football égyptien. Aujourd’hui, ces formations sont devenues de petites structures et sont loin de leur niveau d’antan, une perte considérable pour le football alexandrin.

Rétrospective. Dans les années 1920, de nombreux clubs de football sont créés. En 1924, l’Egypte organise des championnats de football par régions, chaque région organisant un championnat regroupant ses propres clubs. Il existait alors cinq régions principales et celle d’Alexandrie avait les meilleurs résultats juste devant Le Caire. En 1928 à Amsterdam, la sélection égyptienne de football participe pour la première fois aux Jeux Olympiques (JO). Trois joueurs de la sélection étaient alexandrins : Ahmad Salem, Hafez Kasseb et Hamido Charlie. Lors de cette édition des JO, Ahmad Salem a été désigné meilleur défenseur international. « C’est pourquoi son club de l’époque, Nadi Al-Mowazzafine, a changé de nom pour devenir le club Olympique en hommage à son joueur », note Ibrahim Al-Goweini, actuel président du football de la région d’Alexandrie et ex-joueur d’Olympique. En 1934, lors de la Coupe du monde, sur 22 joueurs, 7 Alexandrins faisaient partie de la sélection nationale égyptienne.


Le début de la fin

En 1948, la Fédération égyptienne de football décide d’organiser un championnat national regroupant tous les grands clubs de toutes les régions. « A cette époque, Alexandrie et Le Caire étaient représentés par quatre clubs. Le football était le sport numéro un à Alexandrie et les joueurs étaient très talentueux », explique Ibrahim Al-Goweini.

Mais, la Fédération égyptienne a subitement annulé la compétition des championnats des régions. C’est le début de la fin pour les clubs alexandrins. Dix ans après, Alexandrie connaît une grave crise footballistique : la région d’Alexandrie met fin au championnat interscolaire, afin de créer des écoles sur les terrains de football.

« Cette décision a touché le football alexandrin au cœur en portant atteinte à de jeunes joueurs talentueux », souligne Mahmoud Bakr, ancien footballeur alexandrin. Ce n’est pas tout. Le championnat universitaire a lui aussi été annulé, dans le but de bâtir la faculté de polytechniques en lieu et place des terrains de football.

En fait, depuis 1935, aucun terrain n’a été créé à Alexandrie, à l’exception de celui du club Haras Al-Hodoud, créé en 2002. « Autrement dit, non seulement on a passé 70 ans sans terrain de football, mais en plus, les terrains sont supprimés, ce qui nous empêche de mettre nos talents en valeur », relate Ibrahim Al-Goweini. Les chiffres viennent confirmer ce terrible déclin. En 1935, lorsque la population alexandrine n’était que de 400 000 habitants, il existait 58 stades de football. Aujourd’hui, Alexandrie compte 6 millions d’âmes et est dotée de seulement 38 stades. Le ministère de la Jeunesse et la ville d’Alexandrie sont dans l’incapacité totale de créer de nouveaux stades ou même d’accorder un budget raisonnable à cet effet. « On ne peut pas changer les statuts des clubs des régions établis depuis 1960. Conformément à ces statuts, le ministère offre 5 000 L.E. par an pour chaque club », remarque un responsable au ministère qui a requis l’anonymat.

Actuellement, il existe quatre clubs alexandrins en deuxième division du championnat national et deux en première division (Ittihad d’Alexandrie et Haras Al-Hodoud).

Lueur d’espoir

« Face à ce triste constat, il y a un espoir pour promouvoir à nouveau ce sport à Alexandrie. On ne peut pas avoir une usine d’habillement sans tissu », précise Ibrahim Al-Goweini. L’idée a jailli en juillet 2003, quand Goweini s’est mis d’accord avec Abdel-Salam Al-Mahgoub, le gouverneur d’Alexandrie, pour transformer une décharge à l’entrée d’Alexandrie en un nouveau stade d’une superficie de plus de 80 feddans, dans le village de Borg Al-Arab, à quinze kilomètres d’Alexandrie. Tout autour de ce grand stade, 100 feddans seront consacrés au club de Koroum, 25 feddans à l’Ittihad et 25 à l’Olympique. Ce projet pourrait faciliter la tâche des clubs qui ne possèdent pas de stades ou jouent et s’entraînent sur d’anciens stades en ruines. Les nouveaux stades pourraient de plus être une excellente source de revenus pour les clubs alexandrins. En effet, dans le meilleur des cas, les recettes d’un match qui se joue dans un stade à Alexandrie de 16 000 spectateurs ne sont que de 40 000 L.E., contre 600 000 L.E. par match qui se tient dans un stade au Caire capable d’accueillir 100 000 spectateurs. De nouveaux revenus collectés par les clubs alexandrins leur faciliteraient la tâche, puisqu’ils ne vivent pour l’instant que de l’argent des supporters. Les clubs sont contraints de vendre leurs stars à d’autres clubs. « Cette saison, Ittihad a vendu sa vedette Hassan Moustapha pour un million de L.E. Il lui aurait fallu trois ans pour obtenir cette somme », affirme Mohamad Mosselhi, vice-président de l’actuel conseild’administration d’Ittihad. Jusqu’à présent, les clubs d’Alexandrie ont refusé d’aller voir ces feddans et d’y établir des stades car ils estiment que la distance est longue entre leurs clubs et Borg Al-Arab, où se trouve la nouvelle ville sportive.

En attendant les futures décisions des responsables de clubs alexandrins, les jeunes joueurs de la ville se contenteront de jouer dans les rues.

« A Alexandrie, il est très difficile de jouer, même dans la rue. Les ruelles et les impasses se sont transformées en garages, la corniche a été modernisée et il n’y a pas un centimètre dans nos écoles pour jouer », dévoile Adam Saïd, 11 ans.

Chourouq Chimy

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Le football alexandrin, une exception culturelle

Sur les sept clubs actuels d’Alexandrie, trois ont été créés par des communautés étrangères. Portrait du club grec Al-Nadi Al-Younani.

En 1910 est créé Al-Nadi Al-Younani. Un club destiné à réunir les membres de la communauté grecque à Alexandrie. Avec le temps, le budget du club a augmenté et avec lui ont été créés des terrains de football, de basket-ball et de volley-ball. L’équipe de football regroupait de jeunes joueurs grecs d’un niveau élevé. Quand l’Egypte organisait le championnat national, Al-Nadi Al-Younani était parmi les meilleures équipes du classement du championnat national. C’était entre 1948 et 1960. Un grand nombre de joueurs de ces clubs comme les Grecs Christo Fidess et Barkhoch ont fait partie des sélections nationales égyptiennes. « A mon avis, la cause essentielle de la promotion de notre club est due à sa prise en charge pendant longtemps par des entraîneurs italiens et arméniens », se souvient Yaness Câvouras, actuel président du club Al-Nadi Al-Younani.

Après le départ de la plupart des communautés étrangères d’Egypte, au début des années 1960 suite à la Révolution de Juillet 1952, le nombre de joueurs a diminué et les entraîneurs sont tous partis. Forcément, le niveau du club a baissé, tout comme leur nombre d’adhérents. « Auparavant, les commerçants et les propriétaires des usines grecques versaient beaucoup d’argent au club. Après leur départ, on n’a pas pu assurer la relève », renchérit Câvouras, tout en ajoutant que ce constat était le même pour les autres clubs étrangers comme les deux clubs arméniens Al-Jamk et Homentmen.

Peu à peu, le club a été refaçonné en club social, avec une équipe de football d’un niveau médiocre. L’équipe actuelle est composée de joueurs grecs et égyptiens. Cette équipe joue avec d’autres équipes qui représentent parfois d’autres communautés comme celle d’Arménie. « Ils jouent dans l’espoir de devenir un jour des stars susceptibles d’être achetées par les équipes alexandrines comme Ittihad et Olympique », conclut Câvouras.

Ch. Ch.
 

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