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| Censure
. La chaîne Al-Manar est interdite en France et aux Etats-Unis,
un livre sur l’islam est mis à l’index par Al-Azhar. La
censure prendrait-elle des airs de nouvelle guerre ? |
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Dans
tous les sens |
| Un
livre sur l’islam écrit par le grand-père du président
George W. Bush jugé malveillant a été censuré par Al-Azhar.
Cette institution n’est pas à sa première saisie d’ouvrages
pour différentes raisons religieuses ou morales. Le problème
est que ce livre avait été sorti de l’oubli justement
pour démontrer que l’hostilité de l’actuel locataire de
la Maison Blanche remonte à bien loin. En le mettant à
l’index, la principale autorité de l’islam sunnite semble
apporter un voile de protection à l’égard des Bush. Pourquoi
ne pas connaître les préjugés nourris à l’égard de l’islam,
d’autant plus que l’ouvrage présenté par des journaux
arabes dénote d’une naïveté exemplaire ? Pourquoi ne pas
connaître de manière précise ce qui se dit pour pouvoir
y répondre ?
Quoi
qu’il en soit, il semble aussi que la censure fonctionne
dans le sens contraire avec cette affaire de la chaîne
Al-Manar interdite par la France et les Etats-Unis. Tout
a commencé lorsque cette chaîne du Hezbollah libanais
a diffusé en novembre 2003 le feuilleton Al-Shatat, qui
s’inspire du « Protocole des sages de Sion », cet écrit
très controversé qui serait un faux, selon les analystes
et historiens occidentaux, évoquant un complot ourdi par
les juifs pour dominer le monde. Le 31 janvier 2004, Jean-Pierre
Raffarin annonce, lors du dîner annuel du Conseil représentatif
des institutions juives de France (CRIF), que le gouvernement
prépare de nouvelles dispositions législatives pour permettre
au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) d’interdire
la diffusion en France de chaînes étrangères dont les
programmes ont un contenu antisémite. Le premier ministre
ajoute que le garde des sceaux, Dominique Perben, a saisi
le Parquet de Paris sur les images diffusées lors du feuilleton
Al-Shatat sur Al-Manar. La plainte n’était pas instruite
fin novembre. Le 4 février, le président du CSA, Dominique
Baudis, exhorte la société française Eutelsat à cesser
« le plus tôt possible » de relayer Al-Manar vers la France.
Les images du feuilleton sont « intolérables » et « monstrueuses
», déclare-t-il. L’affaire se poursuit pour aller dans
le sens d’une polémique au fond politique. Ainsi, le 13
août dernier, le ministère libanais des Affaires étrangères
prend la défense de la chaîne, estimant que les autorités
françaises ont pris une position « plus politique que
judiciaire » dans cette affaire et fait preuve de « parti
pris ». Le 13 décembre, le Conseil d’Etat somme Eutelsat
de cesser la diffusion d’Al-Manar sous peine d’une astreinte
de 5 000 euros par jour de retard, mais se ménage la possibilité
de se prononcer de nouveau rapidement sur le litige, dans
le cas où Al-Manar se montrerait « disposée » à modifier
ses programmes dans le cadre de la procédure de sanction.
« Pris dans leur ensemble, les programmes s’inscrivent
dans une perspective militante qui comporte des connotations
antisémites », relève le Conseil d’Etat.
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L’interdiction
américaine
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Le
18 décembre à leur tour, les Etats-Unis annoncent que
la chaîne qualifiée de « terroriste » va disparaître des
écrans. « Elle a été placée sur la liste des organisations
terroristes en raison de ses incitations à commettre des
activités terroristes », a déclaré le porte-parole du
département d’Etat, Richard Boucher. « La décision du
département d’Etat américain est tout simplement du terrorisme
intellectuel car elle censure un média qui estime avoir
pour mission de défendre un point de vue et une cause
(...), celle des Arabes et des musulmans », affirme un
communiqué d’Al-Manar à Beyrouth.
De
plus, le département d’Etat a précisé que la décision
américaine avait aussi des conséquences pour tout individu
ayant des liens avec Al-Manar, en étant membre de cette
chaîne, en sollicitant des fonds pour la financer, ou
en lui apportant un soutien, quel qu’il soit.
Ces
personnes se verront refuser tout visa pour les Etats-Unis
ou, si elles se trouvent déjà sur le territoire américain,
seront soumises à une procédure d’expulsion, a dit Richard
Boucher. Le porte-parole a ajouté qu’il ne savait pas
si des personnes étaient déjà concernées par un tel ordre
d’expulsion.
Pour
les Américains, il ne s’agit pas d’un problème de liberté
de parole, il s’agit d’un problème d’incitation à la violence.
« Et nous ne voyons pas pourquoi une organisation terroriste
(le Hezbollah, déjà sur la liste américaine des organisations
terroristes), ici ou ailleurs, serait autorisée à répandre
des propos haineux (...) via une diffusion télévisée aérienne
», a dit Boucher.
Al-Manar
a rétorqué que cette qualification d’organisation terroriste
par les Etats-Unis n’est que « l’inauguration d’une nouvelle
ère. Celle de réduire au silence, au nom de la lutte contre
le terrorisme, toute voix ou tout média qui ose critiquer
Israël et qui prend fait et cause pour le peuple palestinien
».
Cela
dit, on peut émettre des réserves sur le contenu d’une
chaîne comme Al-Manar. Mais à censure, censure et demie
pourrait-on dire. Des établissements libanais fournissant
des services satellitaires ont décidé, en signe de rétorsion,
de boycotter TV5. De quoi pousser les responsables de
cette chaîne de rappeler qu’il s’agit d’une chaîne « francophone
et non française ». Un exemple des aberrations qui suivent
ce lancement d’un processus d’interdiction. Rien qui puisse
favoriser un dialogue. |
| Ahmed
Loutfi |
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