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Pnud. Des pressions américaines et arabes l’ont amené à se dissocier de son rapport 2004 sur le monde arabe. De quoi illustrer l’instrumentalisation de la notion de démocratie pour des intérêts politiques.

Un rapport dans la ligne de mire

Une fois de plus, les contradictions inhérentes à l’attitude américaine à l’égard de la région sont mises en évidence. Pour instaurer des régimes démocratiques au Moyen-Orient, Washington n’a pas trouvé mieux que d’envahir l’Iraq et d’y envoyer des troupes. Certes, le régime de Saddam était l’incarnation des dictatures les plus sanguinaires, mais la méthode de le vaincre paraît incompatible avec l’idée de démocratie. Quant aux autres régimes de la région, ils ont subi des pressions de toutes sortes pour engager des réformes. A la base des arguments américains contre ces Etats se trouvait le rapport du Programme de Nations-Unies pour le Développement 2003 (PNUD). Celui-ci dévoilait les faiblesses inhérentes aux pays arabes, dont la dictature et l’inégalité envers les femmes. Cheval de bataille de Bush, ce rapport avait cependant l’avantage de poser clairement les problèmes des pays arabes. D’une certaine manière, il dérangeait les gouvernements sans faire vraiment figure d’ingérence étrangère puisqu’établi par des intellectuels arabes.

Or, voici que pour le rapport 2004, l’Amérique et les régimes arabes font cause commune. Le rapport, sous la pression de Washington et du Caire, chacun pour une raison, a été mis à l’index.

Selon les auteurs de ce document, à leur tête l’intellectuel égyptien de gauche Nader Al-Fergani, l’Onu a renoncé, sous la pression des Etats-Unis notamment, à publier le 3e rapport annuel de son programme sur le développement consacré au développement humain dans le monde arabe.

« Le Pnud étudie, depuis quelque temps, la possibilité d’aider à la création d’un nouveau centre indépendant, basé dans la région » du Moyen-Orient qui pourrait rédiger, de façon « indépendante », un rapport sur le développement humain dans les pays arabes, selon un communiqué du Pnud rendu public jeudi.

« Cela pourrait garantir une totale liberté aux auteurs (du rapport) afin qu’ils exposent leur point de vue et la série des rapports sera aussitôt perçue comme étant la voix de la société arabe civile », ajoute le communiqué.

Cela veut dire tout simplement que l’Onu retire sa caution d’un document qui jusqu’ici a constitué un forum remarquable d’études sur un monde arabe appelé à évoluer. Le communiqué du Pnud intervient deux jours après que Nader Fergani, principal rédacteur du document, a déclaré que le texte serait finalement publié en janvier, avec trois mois de retard, mais sans le parrainage des Nations-Unies et sous la seule responsabilité de ses auteurs.

Les rédacteurs du document ont affirmé avoir subi des pressions de Washington, qui reproche au rapport ses critiques de l’occupation de l’Iraq par les troupes américaines et des pratiques israéliennes dans les territoires palestiniens. Selon eux, les Etats-Unis ont même menacé de retirer leur financement au Pnud si le rapport était publié. Certes, Américains et Onusiens ont nié de telles pressions, mais le Pnud a bien fait savoir que « tout rapport publié au nom du Pnud doit appliquer les critères d’impartialité qui sont exigés d’une agence onusienne ». De quoi pousser Nader Fergani à souligner que « les Etats-Unis ont montré, par leur refus de voir publier le rapport, leur opposition aux libertés dans le monde arabe ».

D’autre part, l’Egypte, à son tour, a émis des réserves auprès des Nations-Unies à New York et demandé la reformulation de la partie concernant le pouvoir héréditaire en Egypte, ainsi que celle concernant la liberté d’organisation de la société civile, y compris la création de partis politiques, relèvent les rédacteurs du rapport.

Ainsi, deux volontés opposées ont compromis la publication de ce rapport, du moins son caractère international et onusien. « L’opposition au rapport va aider les gouvernements arabes à bâillonner les voix indépendantes appelant aux réformes », rappellent ces rédacteurs.

Outre le gouvernement égyptien, d’autres pays arabes, notamment ceux du Golfe, ont aussi exprimé leur opposition. « La position de Washington est un scandale. Les Etats-Unis se flattent d’encourager la démocratie dans le monde arabe, mais lorsqu’un rapport est rédigé sur le sujet par des chercheurs arabes appelant à la fin des entraves à la participation politique et au respect de la bonne gouvernance pour lutter contre la corruption, ils s’y opposent », a souligné un universitaire égyptien, Moustapha Kamel.

Les limites d’une action de l’Onu sous l’hégémonie américaine protectrice d’Israël se révèlent une fois de plus, et les convergences d’intérêts aussi entre les Etats arabes et Washington, en dépit d’un antagonisme de surface .

Ahmed Loutfi
(avec AFP)

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