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Justice. La Cour pénale du Caire a réclamé l’ouverture d’une instruction contre l’ancien ministre de l’Agriculture, Youssef Wali. Il est accusé d’avoir autorisé l’importation de pesticides cancérigènes.
Wali fait face à une enquête judiciaire

Est-ce la chute d’un symbole ? Longtemps considéré comme l’un des piliers du régime, l’ancien ministre de l’Agriculture, Youssef Wali, pourrait être prochainement traduit en justice. C’est ce qu’a décidé la Cour pénale du Caire qui rendait son verdict dans le procès de Youssef Abdel-Rahmane, l’ancien numéro deux du ministère (accusé de corruption et d’importation de semences cancérigènes entre 1997 et 2002), qui a demandé au Parquet de prendre les mesures nécessaires pour ouvrir une instruction avec Youssef Wali dont le nom a été cité dans cette affaire. Le tribunal, qui a condamné Youssef Abdel-Rahmane à 10 ans de prison, a estimé que Wali avait approuvé l’importation de produits cancérigènes interdits lorsqu’il assumait les fonctions de ministre.

Wali avait refusé de se présenter au tribunal à plusieurs reprises, prétextant de son immunité ministérielle et parlementaire. Mais il a finalement accepté d’être entendu, à sa demande, en janvier dernier, en tant que témoin.

Le procès de Youssef Abdel-Rahmane avait commencé en août 2002 sur décision du procureur général et suite à des investigations menées par l’Organisme de contrôle administratif. Abdel-Rahmane, ancien directeur de la Banque du développement et du crédit agricole, était considéré comme un des proches de Youssef Wali. Outre Abdel-Rahmane, 20 personnes étaient accusées dans le procès, dont Randa Al-Chami, ancienne conseillère de la Bourse agricole (condamnée à sept ans de réclusion criminelle). 12 autres personnes impliquées ont été condamnées à des peines allant de 3 à 5 ans de prison. Quatre personnes ont été acquittées. Une autre a été condamnée à un an de prison, et deux autres, parmi lesquelles un négociant français, ont été remises en liberté.

La décision du tribunal d’ouvrir une instruction avec Youssef Wali a constitué un tournant important dont la signification n’est pas seulement juridique. Outre le poste de ministre de l’Agriculture, Wali a longtemps assumé les fonctions de vice-premier ministre. Il a été également secrétaire général du PND (Parti National Démocrate, au pouvoir). Il occupe actuellement la fonction de vice-président du PND pour les affaires internes. Entré au gouvernement en 1982, il était considéré comme l’un des piliers du régime. Wali a toujours rejeté les accusations portées contre lui et démenti toute responsabilité dans l’affaire des pesticides cancérigènes. « Aucun pesticide dangereux n’a été autorisé à entrer sur le sol égyptien depuis 1982 », a assuré Wali. Certains observateurs estiment qu’il s’agit en premier lieu d’une affaire politique. « Le gouvernement poursuit certainement plusieurs objectifs. Il veut améliorer son image à l’approche des élections législatives et du renouvellement du mandat présidentiel qui auront lieu en 2005 », estime Diaa Rachwan, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, il faut placer cet événement dans un autre contexte, celui des évolutions au sein du PND et la montée en puissance depuis quelques mois de la jeune génération. « Il pourrait s’agir de centres de pouvoir au sein du PND cherchant à annihiler l’influence de Wali », explique Diaa Rachwan. Considéré comme l’un des représentants de l’ancienne garde du PND, Youssef Wali avait été délogé de son poste de secrétaire général du parti en 2003. Partisan de la normalisation avec Israël, l’ancien ministre de l’Agriculture avait fait l’objet à plusieurs reprises d’attaques dans la presse d’opposition, notamment le bihebdomadaire de tendance islamiste, aujourd’hui suspendu, Al-Chaab, qui l’accusait de favoriser les produits israéliens et de nuire à l’agriculture de l’Egypte. Le nom de Wali avait figuré également dans le procès d’Ahmad Abdel-Fattah, son conseiller, accusé également de corruption .

Samar Zaree

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