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Logement. Le lancement de la quatrième phase du projet Moubarak vise l’attribution de 10 000 nouveaux appartements à prix réduits. Les jeunes se sont rués vers le ministère de l’Habitat.

Un toit pour mille

Devant le bâtiment du ministère de l’Habitat, une immense foule s’est rassemblée. Il ne s’agit pas d’une file d’attente pour acheter du pain ou des produits bon marché. Ce sont des jeunes, venus seuls ou accompagnés de leurs familles pour présenter une demande d’attribution d’un appartement. De bon matin, ils sont venus en espérant être un jour parmi les heureux élus. « J’ai appris par les journaux que la quatrième phase du projet Moubarak pour les jeunes allait commencer. Je suis venu pour me renseigner », déclare Ahmad, un jeune de 28 ans. Ahmad est employé dans une société comme vendeur représentant. Avec un salaire de 300 L.E., il ne peut pas s’offrir le luxe d’acheter un appartement. « Ce projet nous permet d’acquérir un appartement à crédit sur une longue période », assure-t-il. Comme lui, des millions de jeunes en Egypte recherchent un appartement.

C’est pour faire face à ce problème que le projet Moubarak pour le logement des jeunes a été lancé il y a quelques années. Ce projet comprend plusieurs phases, dont trois sont terminées. Il a pour but de fournir des logements aux jeunes à prix réduits en leur proposant un crédit sur vingt, trente ou quarante ans, l’Etat assumant le prix des terrains et des infrastructures. La quatrième phase, lancée en décembre, comprend 10 000 appartements, dont la superficie varie entre 50 et 57 m2 chacun. Le prix de l’appartement est de 30 000 L.E. Les personnes souhaitant acquérir l’un de ces appartements doivent par exemple verser une avance de 5 000 LE. et payer ensuite le reste à crédit sur 40 ans, moyennant un intérêt de 6 %.

Les logements sont répartis sur onze villes nouvelles, dont Badr, Chourouq, Obour, 6 Octobre, Cheikh Zayed, et les nouvelles villes de Béni-Souef, Sohag, Minya, Assiout et Assouan.

Pour obtenir un appartement, il faut remplir plusieurs conditions. Les candidats ne doivent pas posséder d’appartement ou de terrain. Il ne leur est pas permis de vendre leurs appartements, de les louer, ou de les échanger contre un autre appartement. Les candidats doivent être âgés entre 25 et 45 ans.

Posséder un appartement est un rêve presque inaccessible pour de nombreux jeunes en Egypte. Hind fait partie de ceux qui sont venus pour remplir une demande d’attribution d’appartement. Elle est mariée depuis 4 ans et ne possède pas d’appartement. « Je loge avec mon mari chez ma belle-mère depuis 4 ans », assure-t-elle. Hind ne possède pas les 5 000 L.E. nécessaires au versement de l’apport. Elle a été obligée d’emprunter une partie de cette somme. Pour elle, obtenir un appartement serait la concrétisation d’un rêve vieux de dix ans. Le cas de Samia est plus grave encore. Cela fait sept ans qu’elle demande l’attribution d’un appartement. « J’ai payé 1 000 L.E pour réserver un appartement dans le cadre du même projet en 1998, et je ne l’ai jamais obtenu. J’ai présenté une autre demande en 2001. Nous sommes en 2004 et je n’ai toujours rien », affirme Samia, qui ajoute : « Je viens cette fois pour récupérer mes 1 000 L.E. du ministère de l’Habitat ».

Si le projet permet d’obtenir un appartement à prix réduit, il comprend aussi des inconvénients. Ces appartements sont en effet trop loin et peu pratiques. « J’ai obtenu un appartement à la cité du Nouveau-Caire. J’ai deux enfants scolarisés et j’ai été obligé de rester chez ma famille parce que je ne trouvais pas d’école bon marché au Nouveau-Caire. Aujourd’hui, les responsables me réclament l’appartement car, selon eux, j’aurais dû l’habiter », proteste Ibrahim Saïd. D’autres plaintes concernent le manque de services comme les moyens de transport. Abou-Sati Sayed, vendeur de fruits, travaille au marché d’Al-Obour. Il a demandé un appartement à Obour, mais le ministère lui a attribué un appartement dans une autre ville, 10 de Ramadan.

Hussein Al-Guébali, vice-président de l’Organisme de collectivités urbaines relevant du ministère de l’Habitat, reconnaît que ces appartements ont des inconvénients, mais il assure que des contacts sont en cours avec les institutions concernées comme les ministères de l’Education et des Transports pour remédier à ces problèmes. « Une ligne ferroviaire sera créée prochainement liant les villes nouvelles au Caire. La création des lignes de transport en commun est également à l’étude », assure Al-Guébali. Il explique que l’Etat déploie des efforts énormes pour résoudre la crise du logement. « Notre premier objectif est de garantir que ces nouvelles unités soient destinées aux personnes qui les méritent. C’est pour cela qu’on a créé un bureau chargé d’abord de vérifier les documents présentés par les citoyens pour obtenir un appartement. Ce bureau contrôle les unités pour s’assurer qu’elles ne soient pas exploitées dans la location par exemple. Imposer des mesures strictes vise à lutter contre la corruption ou la fraude », ajoute Al-Guébali.

La première phase du projet incluait 16 000 appartements de 100 m2 de superficie, et la deuxième a fourni 35 000 appartements. Le prix des appartements varie entre 40 et 50 000 L.E.

Seule une faible partie des demandeurs d’appartements obtiendront réellement des unités.

Les projets de l’Etat en faveur des jeunes permettent de fournir 100 000 appartements au total par an. Or, il en faudrait 750 000 pour faire face à l’explosion démographique. Il y a chaque année 480 000 nouveaux mariés, selon une étude faite par la commission de l’Habitat à l’Assemblée du peuple. Selon l’urbaniste Soheir Hawas, le problème du logement des jeunes est directement lié à la crise économique. « Ce problème ne peut pas être dissocié de la crise du logement en Egypte. Durant des années, seuls les appartements de luxe recueillaient l’intérêt des entrepreneurs, car ce marché était le plus lucratif. L’Etat ne s’est vraiment penché sur le problème du logement des jeunes que depuis une dizaine d’années », pense l’urbaniste. Selon elle, l’Etat ne peut pas régler seul le problème : « Il faut encourager le secteur privé à investir dans ce domaine par le biais de sociétés de crédits »

Ola Hamdi

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