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Bilan 2004.
L’année 2004 a marqué
un tournant vers le règlement du conflit du sud, mais
a vu émerger une complexe crise au Darfour.
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Carte postale
de Khartoum datée du 25 décembre 2004 : une vue magnifique
du Nil. Les nouvelles sont bonnes, un accord global de
paix au Sud-Soudan pourrait être conclu le 31 décembre
entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion sudiste
pour mettre fin à 21 ans de guerre civile, le plus long
conflit en cours en Afrique, a indiqué un médiateur dans
les négociations. Les deux camps signeraient ensuite officiellement
la paix lors d’une cérémonie en janvier, au Kenya, où
se tiennent les pourparlers pour mettre fin à cette guerre
qui a fait plus de 1,5 million de morts et oppose le nord
arabo-musulman au sud à majorité chrétienne et animiste.

Faut-il y
croire ? Cette paix au Soudan a été le rêve poursuivi
tout au long de 2004 avant de voir tout d’un coup émerger
l’affaire du Darfour. Et ce même jour où l’on annonçait
une paix dans le sud, le président américain George Bush
jetait un seau d’eau froide sur ce regain d’optimisme.
Il a promulgué une loi autorisant des sanctions contre
le régime de Khartoum accusé de ne pas être intervenu
pour stopper les violences dans cette région de l’ouest
du Soudan, et octroyé une aide de 300 millions de dollars
pour promouvoir la paix dans ce pays. Le texte, adopté
par la Chambre des représentants en novembre, puis par
le Sénat le 7 décembre, impose un gel des avoirs de hauts
responsables soudanais et appelle le président américain
à interdire à ces responsables de voyager aux Etats-Unis.
Selon ses promoteurs, la « loi de 2004 sur la paix globale
au Soudan » autorise notamment les Etats-Unis à apporter
leur concours au déploiement de militaires supplémentaires
de l’Union Africaine (UA) au Darfour. |
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Le Darfour, crise multidimensionnelle
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| L’affaire
du Darfour ne date certes pas d’hier, mais elle a émergé
de manière subite, de quoi brouiller les cartes dans un
Soudan devenu incapable de gérer sa mosaïque ethnique
et religieuse, et qui tente par tous les moyens de colmater
les brèches. « Tout d’abord l’explosion de la question
du Darfour sur une large échelle a attiré l’attention
de la communauté internationale à partir d’avril 2004.
Un palier était franchi et désormais l’affaire a atteint
des dimensions régionales et internationales », souligne
Hani Raslane, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Le gouvernement de
Khartoum a tenté de trancher militairement la situation.
Mal lui en prit puisque ce conflit du Darfour, région
partiellement désertique peuplée d’environ six millions
d’habitants, a fait environ 70 000 morts et provoqué,
selon l’Onu, la plus grave crise humanitaire actuelle
dans le monde avec environ 1,6 million de personnes déplacées.
200 000 personnes ont trouvé refuge au Tchad. Deux résolutions
du Conseil de sécurité en juillet et septembre 2004, et
des accusations de génocide venaient marquer cette internationalisation
de la crise. « La rébellion, qui avait des revendications
plutôt modestes au départ, notamment plus d’attention
dans les domaines de la santé, du développement, de l’enseignement
et de l’eau, a gagné en ampleur, cherchant des alliances
avec des forces extérieures », ajoute Raslane.
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Le cas Tourabi
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Les
rebelles du Darfour sont répartis en trois groupes, dont
les deux plus anciens ont déclenché le conflit et réussi
à faire front commun contre Khartoum. Le troisième groupe
rebelle ayant des objectifs différents. Le plus grand
des deux groupes opposés aux autorités soudanaises est
le Mouvement de libération du Soudan et son Armée de libération.
Il fut le premier à mener des opérations armées contre
des positions gouvernementales dans cet Etat de l’ouest
du Soudan, marquant ainsi le début de la rébellion en
février 2003. Le Mouvement pour la justice et l’égalité
(JEM) est l’autre principal mouvement rebelle du Darfour,
proche du dirigeant islamiste Hassan Tourabi (détenu),
qui était le bras droit du président soudanais Omar Al-Béchir
avant de devenir son principal ennemi. Il a été évincé
du gouvernement en 1999.
Les fidèles
d’origine africaine de M. Tourabi forment le noyau des
dirigeants du JEM, mais le mouvement continue à nier toute
allégeance à l’islamiste soudanais. Il est cependant perçu
à l’intérieur et à l’extérieur du Soudan comme un instrument
des islamistes pour déstabiliser le régime.
Ces deux
groupes ont refusé tout rapprochement avec un troisième
groupe rebelle, récemment apparu dans le jeu, le Mouvement
national pour la réforme et le développement. Celui-ci
se présente comme une aile dissidente du JEM, mais les
deux groupes l’accusent d’être inféodé au gouvernement.
Situation
complexe qui brouille l’image sereine de la carte postale.
Avec Tourabi, ennemi juré de l’Amérique, entré dans le
jeu du Darfour, on voit des alliances indirectes ou des
convergences se sceller. Hani Raslane relève ainsi une
sorte de magma où le gouvernement de Khartoum se perd
: ennemi islamiste (ancien allié, il ne faut pas l’oublier)
à l’intérieur, des rebellions à dimension internationale
au sud et au Darfour, mais aussi un pays hostile à sa
frontière, l’Erythrée, qui sert de sanctuaire aux rebelles
et encouragerait des infiltrations et ingérences d’Israël.
Peut-être que le salut
se trouvera dans cette date du 31 décembre. Une paix au
sud qui servirait d’exemple et de transition .
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Ahmed
Loutfi |
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