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Bilan 2004. En
Iraq, l'année s'achève comme elle a commencé: dans le chaos.tous
se joue autour de processus électoral de 2005. |
| Les
inconnues de Bagdad |
Décembre
2004. Bagdad et les autres villes iraqiennes sont secouées
quasi quotidiennement par des attentats meurtriers, causant
morts et blessés. L’armée américaine, présente sur place,
fait toujours l’objet d’attaques. La dernière en date, et
l’une des plus importantes commises contre les forces alliées,
a visé une base américaine à Mossoul le 20 décembre, à quelques
jours de Noël. Pour nombre d’Iraqiens, le sentiment qui règne
aujourd’hui est pratiquement semblable à celui d’avant la
guerre : la crainte d’un avenir sombre. Face à l’inconnue
de cette période de transition, la perspective des élections
du 30 janvier prochain ne semble même pas présenter une garantie
pour une stabilisation de la situation. D’autant plus que
depuis le 30 juin dernier, date à laquelle l’autorité provisoire
de la coalition, ayant gouverné le pays pendant 14 mois, a
passé le relais au gouvernement intérimaire, ce dernier n’a
pas convaincu les Iraqiens, pour lesquels la préoccupation
majeure reste la sécurité. Lorsque le gouvernement du premier
ministre Iyad Allaoui a reçu le 8 juin dernier mandat des
Nations-Unies pour conduire le pays jusqu’aux élections, il
s’était fixé la priorité du rétablissement de la sécurité,
et les Américains voulaient tester son efficacité à ce sujet.
Mission ratée.
Concrètement, la mesure la plus importante
du gouvernement d’Allaoui en 2004 a été de maintenir la date
du 30 janvier pour le scrutin, en dépit de la violence et
de l’appel de certaines parties à son report. Mais ces élections
parviendront-elles à mettre un terme au chaos au moment où
leur tenue même dépend de plusieurs facteurs : la sécurité,
la participation de tous les Iraqiens et l’intégrité du scrutin
? Quoi qu’il en soit, leur tenue à la date prévue était en
soi un défi que le gouvernement iraqien s’était mis un point
d’honneur à relever. Selon Mohamad Qadri Saïd, chercheur au
Centre des Etudes Stratégiques et Politiques (CEPS) d’Al-Ahram,
« malgré l’insécurité persistante, les élections se dérouleront
et tous les moyens nécessaires seront déployés pour faire
réussir le scrutin. Il est dans l’intérêt du gouvernement
iraqien de se donner une certaine légitimité, ce qui lui permettrait
de mieux contrôler la situation, et c’est justement ce que
veut Washington ». Nombre d’analystes estiment en outre que
les Américains tiennent à respecter coûte que coûte le calendrier
politique initialement prévu. Le soutien de ce processus politique
a par ailleurs été l’objectif principal de la conférence de
Charm Al-Cheikh, tenue les 22 et 23 novembre 2004, qui a insisté
sur la tenue des élections à la date prévue quelle que soit
la situation sécuritaire et qui a consacré le ralliement des
ex-opposants aux Etats-Unis à la politique américaine en Iraq.
Si l’année 2004 a été celle de la transition
et de la fin, du moins officielle, de l’occupation, 2005 sera
placée sous ce signe du processus électoral. Les Iraqiens,
durant cette année, pourraient bien se rendre trois fois aux
urnes : le 30 janvier afin d’élire une Assemblée nationale,
puis pour se prononcer sur une nouvelle Constitution en septembre
et enfin, si ce texte est ratifié, pour désigner d’ici la
fin de l’année un nouveau Parlement.
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Une population désunie
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Mais l’enjeu principal sera surtout la rédaction
de la Constitution, qui dessinera la carte politique de l’ère
de l’après-Saddam et la nouvelle mosaïque iraqienne. A ce sujet,
un conflit d’intérêt opposera sans doute les différentes composantes
de la population iraqienne présentes dans la future Assemblée.
Majoritaires dans le pays et longtemps éloignés
des sphères politiques, les chiites, qui devraient remporter
largement les élections de janvier prochain, veulent se garantir
le maximum de droits et sont en faveur d’une Constitution fondée
sur la religion. De leur côté, les Kurdes (14 % à 20 % de la
population) souhaitent garder l’autonomie dont ils bénéficient
dans le nord du pays depuis 1991 et militent pour un Etat fédéral.
Quant aux sunnites (25 % des Iraqiens), qui ont longtemps dominé
la vie politique, ils sont divisés entre ceux qui ont choisi
de participer au processus politique, comme le président intérimaire
Ghazi Al-Yaouar, et ceux qui le rejettent, refusant toute forme
de coopération avec des soldats américains qu’ils considèrent
comme des occupants.
Tout compte fait, ce sont les Américains qui
auront le dernier mot. La Constitution doit être rédigée avant
la fin de 2005, c’est-à-dire que les Américains seront toujours
présents en Iraq et maîtres du jeu dans ce pays. Ils pèseront
de tout leur poids pour une Constitution mettant en place un
régime quasi laïque.
Ainsi, l’un des défis des futurs dirigeants
sera d’éviter de déchaîner les passions ethniques et religieuses,
qui sont déjà apparues au cours de cette année, avec deux événements
majeurs : la rébellion du mouvement Sadr à Najaf et celle des
sunnites de Falloujah. Si le gouvernement iraqien et les forces
américaines ont réussi à maîtriser la rébellion du jeune chef
religieux chiite, c’est au prix, selon les observateurs, d’un
compromis dont on ignore les conditions. Toutefois, ce sont
désormais les sunnites qui posent davantage de problèmes. La
tenue du scrutin risque en effet d’être problématique dans le
triangle sunnite, appelé triangle de la mort.
« Avant de parler de la Constitution, il faut
d’abord régler la question sécuritaire. Il n’est pas vrai que
le triangle sunnite est le seul foyer d’instabilité. Durant
2004, il y avait des violences anti-chiites, des tensions entre
les Kurdes et les Arabes. Donc, les élections n’apporteront
pas la stabilité en Iraq », estime Ahmad Sabet, professeur de
sciences politiques à l’Université du Caire. Ce dernier pense
par ailleurs que « la violence augmentera et que les Américains
ne quitteront pas l’Iraq en 2005 comme prévu ». Le secrétaire
américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a d’ores et déjà annoncé
que le nombre de soldats américains dans le pays avait atteint
150 000, contre quelque 138 000 auparavant. Reconnaissant que
la situation pouvait paraître « sombre » pour le moment, les
forces américaines finiraient par triompher. « Dans 10, 20 ou
30 ans, vous saurez que vous avez pris part à quelque chose
d’immensément important », a-t-il dit. Encore peut-on espérer
ne pas attendre 30 ans pour voir la situation en Iraq se stabiliser
!
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| Ingy Al-Qadi
Abir Taleb |
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