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L’avenir de la presse en Egypte
Par Mohamed Salmawy
L’histoire de la presse en Egypte remonte à près de deux siècles, depuis l’apparition en 1827 du Journal du Khédive sur ordre de Mohamad Ali, alors gouverneur du pays. C’est à partir de l’Egypte que la presse s’est diffusée partout dans le monde arabe. Mais que s’est-il passé pour que nos médias, chaînes de télévision et journaux se retrouvent aujourd’hui devancés par nombre de leurs homologues arabes naissants qui ont franchi les frontières locales et régionales dans lesquelles nous nous sommes confinés ? Si tel est le présent de nos médias, ne devrions-nous pas leur préparer un avenir digne de leur longue histoire ?

J’ai reçu de nombreux commentaires sur les articles que j’ai écrits les semaines dernières concernant la réforme de notre presse et l’éventuel réexamen de l’actuelle formule de propriété de l’Etat des journaux nationaux. J’ai souligné que cette formule était en retard par rapport à l’époque que nous vivons et avec l’évolution même de notre société.

J’ai reçu une lettre et un article écrits par Mohamad Rachad, l’ex-directeur de Dar Al-Taawoun et président de l’Association des journalistes spécialistes de la presse coopérative et agricole. Dans cette lettre, il met les points sur les i concernant les propriétés collective et coopérative que nous avons proposées comme alternatives à la propriété privée ou celle de l’Etat. Voici un extrait de sa lettre : « (...) Permettez-moi d’avancer quelques remarques sur votre article précédent relatif à la propriété collective et l’expérience du journal français Le Monde, qui était une propriété coopérative. La propriété collective est liée au régime marxiste. Quant à la propriété coopérative, c’est celle qui offre des actions et est gérée démocratiquement par l’assemblée générale, la plus haute instance de la coopérative, ainsi que par le conseil d’administration. Chaque actionnaire dispose d’une seule voix, quel que soit le nombre d’actions qu’il possède. En Egypte, la Constitution prévoit 3 types de propriété : publique, coopérative et privée. Elle stipule que la loi assure l’autogestion de la propriété coopérative ».

M. Rachad indique : « La formule coopérative, que ce soit une association ou une entreprise, est soumise aux principes internationaux des coopératives, entérinés lors de l’assemblée générale de l’Alliance internationale des coopératives, tenue à Manchester en 1995 ».

L’article de M. Rachad nous informe que la proposition que nous avons faite sur la propriété coopérative des journaux nationaux n’est pas une invention. Elle fait l’objet de la loi 96 de l’année 1996 sur l’organisation de la presse. Elle stipule dans son article 52 que la propriété des journaux par des partis politiques et des personnes morales publiques ou privées est assurée conformément à la loi.

La loi impose aux journaux que publient les personnes morales privées, à l’exception des partis politiques, des syndicats et des unions, de prendre la forme de coopérative ou de Société par Actions Egyptienne (SAE), et que leurs actions soient nominales et détenues uniquement par des Egyptiens. Elle stipule aussi que le capital de la compagnie ne soit pas de moins d’un million de L.E. dans le cas du quotidien, 250 000 L.E. pour un hebdomadaire et 100 000 L.E. pour un mensuel. Il faut que tout le capital soit déposé avant le lancement du journal dans l’une des banques égyptiennes. La loi facilite la tâche en autorisant au Haut Conseil de la presse d’accorder certaines exceptions aux conditions précitées.

L’article 53 prévoit que le Haut Conseil de la presse élabore un contrat-type pour la création des journaux sous forme de SAE ou de coopérative.

D’aucuns ignorent que le Haut Conseil de la presse a achevé en 1996 l’élaboration du projet de ce contrat-type pour les journaux à propriété coopérative. D’ailleurs, Mohamad Rachad et Mahmoud Bassiouni Omeira ont déployé d’énormes efforts jusqu’à ce que le projet ait été discuté et entériné, après 5 sessions, par le comité des affaires financières et administratives. Neuf ans après, le projet n’a toujours pas été soumis au Haut Conseil de la presse.

J’ai reçu une lettre du Dr Solafa Abdel-Razeq Mekki, d’Alexandrie, dans laquelle elle dit que la propriété de la presse nationale doit être réexaminée. Elle se demande comment l’Etat peut qualifier de « nationaux » nos journaux historiques, alors qu’il détient la plupart de leurs actions de manière à lui permettre de nommer ses responsables à sa guise ? Elle s’interroge sur les raisons pour lesquelles les établissements nationaux ne deviennent pas la propriété du peuple au lieu d’être celle de l’Etat ou en réalité celle du gouvernement qui les font fonctionner selon leurs politiques. Comment peut-on convaincre le monde que nous avons une presse libre alors qu’elle est la propriété de l’Etat ?

Fouad Al-Toudi dit que le contrôle étatique des médias fait partie d’un système révolu où plusieurs pays du monde croyaient que le rôle des médias était de mobiliser l’opinion publique. Or, on se trouve aujourd’hui dans un monde où la concurrence se fait au niveau des médias les plus libres et les plus accessibles au public et où l’engouement public se fait au profit de la presse et des chaînes télévisées qui présentent un meilleur service journalistique. D’autre part, le public se trouve aujourd’hui dans un monde ouvert où les barrières de la censure ont sauté. Le public qui juge non crédible une chaîne de télé déterminée se tourne vers une autre. Idem pour les journaux.

Cette situation évoquée par plusieurs de nos lecteurs est douloureuse si on la compare avec la presse d’antan, lorsque Mohamad Ali pacha a ordonné, en 1827, la création du Journal du Khédive pour s’informer des affaires du pays. Mais il a vite senti le besoin du peuple d’être informé de l’action gouvernementale. Il a alors ordonné son expansion pour qu’il devienne, en 1828, Al-Waqaïe Al-Masriya (Les Faits égyptiens). Cette presse égyptienne naissante s’est vite libérée de la tutelle du pouvoir à l’époque de Saïd pacha. Sous Ismaïl pacha, le pays a récolté les fruits des missions scientifiques à l’étranger. C’est ainsi que Wadi Al-Nil a vu le jour en 1866, suivi par Nozhat Al-Afkar d’Ibrahim Al-Mowelhi en 1869, et Al-Ahram en 1876.

Ainsi, la presse égyptienne était pionnière dans le monde arabe. Et plusieurs Egyptiens ont contribué plus tard à créer la presse chez les voisins arabes. Mais un regard autour de nous démontrera que les journaux arabes ont franchi les limites du monde arabe, alors que la presse mère en Egypte reste enchaînée. Le climat politique permet-il cette avancée dans les pays arabes et ne l’autorise pas chez nous ? La presse arabe a réussi à briser les chaînes, notamment sa dépendance vis-à-vis de l’Etat. Certains journaux ont réussi à gagner leur indépendance en s’établissant à Londres, Paris ou Chypre. Alors que notre presse n’a pas fait le moindre effort pour s’affranchir.

Je n’invite pas au départ de la presse égyptienne en dehors de ses frontières pour gagner sa liberté. Il serait formidable que sa réforme et sa libération se réalisent sur son sol, dans le respect de son histoire glorieuse et des évolutions de notre société, qui a opté pour la démocratie, le multipartisme, l’économie de marché et la liberté de la presse .

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