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Ukraine. L’opposant Viktor Iouchtchenko a été élu président du pays lors du deuxième tour du scrutin présidentiel.

Kiev se tourne vers l’Occident

Après l’invalidation par la justice du scrutin du 21 novembre en raison des fraudes constatées, l’opposant pro-occidental Viktor Iouchtchenko, leader de la « révolution orange », a remporté largement l’élection présidentielle ukrainienne de dimanche dernier qualifiée d’historique selon les derniers résultats presque définitifs publiés lundi par la commission électorale centrale. Après le dépouillement des résultats de 92,2 % des bureaux de vote, M. Iouchtchenko détenait une avance insurmontable sur son rival pro-russe, Viktor Ianoukovitch, alors qu’il recueillait 53,53 % des voix (14,150 millions) contre 42,36 % (11,286 millions) pour M. Ianoukovitch. Selon les chiffres officiels, plus de 37 millions d’électeurs ukrainiens étaient au total appelés aux urnes pour la répétition du second tour du scrutin. Le taux de participation quasi définitif était de 77,29 %. Le scrutin s’est déroulé sous la surveillance record de plus de 12 000 observateurs étrangers. Parmi eux, un parlementaire européen, le Polonais Jacek Saryusz-Wolski, s’est félicité de cette « victoire de la démocratie » en Ukraine, un pays de 48 millions d’habitants aux frontières de l’Union européenne et de la Russie. « L’enthousiasme des Ukrainiens est formidable » et l’on espère qu’il contaminera les jeunes des autres Républiques ex-soviétiques, venus à Kiev pour apprendre, a-t-il affirmé.

La victoire de M. Iouchtchenko, qui devrait rapprocher le pays de l’Occident et réduire l’emprise de Moscou sur ce pays de l’ex-URSS, marquera le début d’une nouvelle ère politique en Ukraine après dix ans de règne du président sortant Léonid Koutchma, tourné vers Moscou. M. Koutchma, qui dirige l’Ukraine depuis 1994, laisse en fait à Iouchtchenko un pays miné par la corruption, où le quart de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et où l’économie est contrôlée par de puissants clans politico-financiers, parfois très liés avec les Russes et qui défendent farouchement leurs intérêts au sein du Parlement et du gouvernement. Le nouveau président sera ainsi confronté à de nombreux défis de l’après-Koutchma. La lutte contre la corruption a été l’un des thèmes majeurs de la campagne de M. Iouchtchenko, mais, selon des experts, il aura peu de temps pour éradiquer ce fléau en raison de la réforme constitutionnelle qui réduit considérablement les pouvoirs du président au profit de ceux du Parlement et doit entrer en vigueur en septembre 2005 ou, au plus tard, en janvier 2006. Ces modifications constitutionnelles laissent présager plusieurs mois de lutte de pouvoir, notamment au Parlement, aujourd’hui dominé par les députés pro-Koutchma et où l’opposition tentera de former une majorité, ainsi que des élections législatives en 2006 fort houleuses, de l’avis de nombreux experts.


Euphorie de la victoire

Juste après l’annonce des premiers résultats, M. Iouchtchenko a revendiqué sa victoire dans un discours prononcé sur la place de l’Indépendance, place forte des manifestants de la « révolution orange » ayant poussé à l’invalidation du scrutin frauduleux du 21 novembre dernier, remporté par M. Ianoukovitch. « La première nouvelle : c’est fait ! », a déclaré M. Iouchtchenko, radieux, dans son quartier général à Kiev, avant de le répéter, quelques minutes plus tard, devant une foule enthousiaste rassemblée dans le centre de Kiev, qu’il a invitée à rester sur place jusqu’à l’annonce officielle de sa victoire. « Il nous faut encore défendre cette victoire. Nous devons être toujours ensemble », a déclaré M. Iouchtchenko, acclamé par plusieurs milliers de ses sympathisants. « Nous avons été indépendants pendant 14 ans, maintenant nous sommes libres », a-t-il clamé, aux côtés de son épouse vêtue entièrement en orange, couleur fétiche de sa campagne électorale et de ses proches collaborateurs, dont certains avaient les cheveux teints en orange.

Appelant ses partisans à « consolider la liberté conquise », il a souligné que « le sort futur du pays ne dépendait ni de Moscou, ni de la Pologne, ni de l’Amérique, ni de l’Europe. L’avenir de l’Ukraine ne dépend que de nous », a-t-il ajouté, avant d’inviter tous les Ukrainiens à « retrousser les manches » pour servir leur pays.

La pasionaria de l’opposition, Ioulia Timochenko, est, pour sa part, apparue sur la chaîne d’opposition Kanal 5 pour rassurer ceux qui craindraient d’éventuels règlements de comptes. « Tout ira conformément à la loi et personne n’a de craintes à avoir. Iouchtchenko et moi, nous ne mangeons pas d’enfants au petit-déjeuner. Des réformes seront menées à différents niveaux, mais cela ne veut pas dire que nous serons cruels dans ce que nous ferons », a-t-elle déclaré, estimant qu’une « nouvelle ère politique commençait en Ukraine ». « Nous devons aider les gens dans les anciennes Républiques soviétiques à mener leur révolution », a ajouté la députée pro-Iouchtchenko.

Aux antipodes de cette image radieuse, celle du perdant est beaucoup plus morose. Seul, dans son état-major presque déserté par ses partisans, M. Ianoukovitch a déploré, dimanche, des violations des droits constitutionnels et des droits de l’homme lors du scrutin. Un proche collaborateur du premier ministre ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a admis implicitement lundi la défaite de ce dernier dans la course à la présidence face au candidat de l’opposition Viktor Iouchtchenko, mais a évoqué la contestation possible de ce résultat. « D’un point de vue arithmétique, Viktor Ianoukovitch occupe la seconde place », a déclaré Nestor Choufritch, représentant de M. Ianoukovitch à la commission électorale centrale. Mais ce collaborateur a ajouté : « Nous ne reconnaissons pas la défaite. Si on conteste les résultats dans certaines circonscriptions, le résultat du scrutin pourrait être différent », a-t-il déclaré.

La « révolution orange » de l’Ukraine est intervenue tout juste un an après la « révolution de la rose » qui a porté au pouvoir, dans l’ex-République soviétique de Géorgie, un autre pro-occidental, Mikhaïl Saakachvili. « Nous devons aider les gens dans les anciennes Républiques soviétiques à mener aussi leur révolution pour se libérer », ont clamé avec enthousiasme les partisans de Iouchtchenko. Une nouvelle ère pro-européenne est-elle en train de se dessiner dans les Républiques de l’ex-Union soviétique ?

Maha Al-Cherbini
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