L’Administration américaine prévoit que la
consommation chinoise atteindra près de 12,8 mbj d’ici 2025,
dont 9,4 mbj seront importés. La Chine est à l’origine des 2/5e
de l’accroissement de la demande mondiale de brut depuis quatre
ans et porte ainsi une part de la responsabilité de la forte
hausse des prix pétroliers depuis le début de 2004. Outre sa
soif de pétrole qui l’a poussée à s’intéresser particulièrement
au Soudan, à l’Angola, au Nigeria mais aussi à la Libye, au
Tchad, au Gabon et à d’autres pays producteurs, Pékin convoite
les minerais et d’autres matières premières et favorise les
infrastructures — sans oublier la coopération militaire. Ses
partenaires sont souvent des pays en crise ou sortant d’un conflit
et qui sont en délicatesse avec les institutions internationales.
La Chine a menacé par exemple en septembre
2004 d’utiliser son droit de veto en tant que membre permanent
du Conseil de sécurité de l’Onu, pour s’opposer à l’adoption
de sanctions pétrolières contre le Soudan, à propos du conflit
militaro-humanitaire dans le Darfour. Les Chinois sont en effet
solidement implantés au Soudan : la compagnie chinoise CNPC
(China National Petroleum Corporation) a terminé en 2003 le
développement du grand champ pétrolier de Muglad qui produira
plus de 500 000 barils/jour à partir de 2005, ainsi qu’une raffinerie
capable de traiter 2,5 millions de tonnes par an, outre un oléoduc
de 1 500 km pour l’exportation de brut à partir d’un terminal
sur la mer Rouge. Selon des experts chinois, Pékin a investi
3 milliards de dollars dans ce projet qui constitue le plus
important investissement chinois à l’étranger. Le pétrole soudanais
représente près de 7 % des importations chinoises de brut.
Début octobre 2004, la Chine a emporté le droit
d’acquérir une participation de 50 % du bloc 18 dans l’offshore
angolais, détenu par le géant pétrolier Shell, également convoité
par la société d’Etat indienne ONGC-Videsh. Celle-ci avait pratiquement
conclu un accord avec le groupe anglo-néerlandais, mais la compagnie
d’Etat angolaise, Sonangol, a bloqué cet accord, selon un expert
indien qui attribue un tel revers au fait que les Chinois ont
ouvert pour l’Angola une ligne de crédit de deux milliards de
dollars pour des projets d’infrastructures, au taux d’intérêt
privilégié de 1,5 % par an. Selon certaines sources, ce prêt
sera remboursé par des livraisons de 10 000 barils/jour de brut
pendant dix-sept ans.
Pékin maintient également d’excellentes relations
avec le Zimbabwe, tout en se défendant de vouloir vendre de
nouveaux chasseurs bombardiers au régime de Robert Mugabe. La
Chine a en tout cas multiplié sa coopération militaire avec
les pays africains depuis le milieu des années 1990. Rappelons
que Pékin avait déjà soutenu dans les années 1960 et 70 plusieurs
mouvements de libération africains, se posant en rivale à la
fois des Etats-Unis et du bloc soviétique, et entretenu une
politique d’aide au développement non négligeable. Puis les
relations commerciales ont peu à peu pris le dessus. Cette coopération
se fait sans états d’âme, et Chinois et Africains sont d’accord
pour considérer les droits de l’homme comme une affaire intérieure
à chaque Etat, attitude qui a permis à Pékin de maintenir des
relations étroites avec des pays « punis » par la communauté
internationale. En retour, la Chine a toujours cherché à bénéficier
de l’appui des Africains au sein de la commission des droits
de l’homme de l’Onu quand elle était mise en accusation, soutenant
pour sa part les demandes africaines en faveur de l’annulation
de la dette et de l’augmentation de l’aide des pays riches.
L’Afrique a été dans les années 1980 un enjeu entre Pékin et
l’île de Taiwan. En Afrique, une dizaine de pays avaient reconnu
la République taiwanaise, l’Afrique du Sud étant son plus important
partenaire. Les dirigeants sud-africains ont toutefois sacrifié
fin 1997 ces importantes relations commerciales au profit de
la reconnaissance diplomatique de Pékin. Un choix payant, puisque
les relations commerciales sino–sud-africaines ont connu une
expansion foudroyante depuis 1998.
Selon des chiffres chinois, la valeur totale
des échanges entre la Chine et l’Afrique subsaharienne — qui
étaient de 817 millions de dollars en 1977 — ont dépassé les
dix milliards en 2000 et 18,5 milliards en 2003, ce qui néanmoins
ne constitue qu’une part modeste, 2,4 %, du commerce extérieur
chinois. Les autorités chinoises considèrent qu’il existe ainsi
un « potentiel immense » pour l’expansion des échanges avec
le continent. La relance des relations économiques et commerciales
a été marquée par un premier Forum de Coopération Chine-Afrique
à Pékin en 2000 puis un deuxième à Addis-Abeba en Ethiopie,
en décembre 2003. Le Plan d’action adopté à la fin de cette
deuxième réunion a défini les objectifs de la coopération sino-africaine
pour 2004-2006 portant à la fois sur un soutien politique et
économique dans le cadre du Nepad (le Nouveau partenariat pour
le développement économique de l’Afrique).