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Autrefois je vivais
dans une ville antique
Sous l’œil des Pharaons,
des Grecs et des Romains
La mer était si bleue,
le ciel si poétique
Que je pensais tenir
le monde entre les mains
Les plages de chez
nous portaient des noms magiques
Stanley, Cléopâtra,
Sporting, Sidi-Gaber
Chacune éveille en
moi des pensées nostalgiques
Quelques brins de
muguet dans mon jardin d’hiver
Des souvenirs lointains
rangés dans ma mémoire
Que je croyais perdus,
s’animent devant moi
Chaque lieu, chaque
objet me rappelle une histoire
Qui jaillit du passé
pour me remplir d’émoi.
Je revois la maison
rose qui m’a vu naître
Et l’étroite ruelle
où je jouais jadis
Les « Nonnas », les
« Geddos » penchés à leur fenêtre
Les marchands ambulants,
les vendeurs de maïs
Je revois mon école
et son portail qui grince
Le cher frère en
soutane et mon vieux tablier
Ma chaussure trouée,
mon estomac qui pince
Devant le tableau
noir, la plume et l’encrier
Je revois sur la
mer les reflets de Neptune
Puis cette jeune
Anglaise à la robe indigo
Qui chantonnait pour
nous le soir au clair de lune
Old Mac Donald had
a farm, hia, hia, ho !
Je revois le tramway,
l’antre cosmopolite
Que tous les lycéens
prenaient chaque matin
J’entends avec bonheur
leur parler insolite
Un zeste de français,
de grec et de latin.
Je revois cette fille
au visage angélique
Avec qui je dansais
harmonieusement
Serrés, joue contre
joue, quand ma bouche impudique
M’attira vers la
sienne irrésistiblement
Je revois la corniche
et la dernière vague
Qui suivit mon exil
en escortant mes pleurs
Mon chagrin si profond,
mon esprit qui divague
Sur ce grand paquebot
qui m’emportait ailleurs
Enfant de mon pays,
je t’offre ce poème
Que tu sois d’Abouqir
ou bien d’Al-Alamein
Alexandrie pour nous
sera toujours la même
Un rêve inachevé
Ya leil, ya leil, ya ein !
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