|
Le Conseil
des ministres a approuvé l’amendement de l’article 8 de la loi
38 de l’année 1967 sur les frais de collecte des ordures. L’amendement
consiste à en fixer le montant à 10 % de la valeur du loyer
payé par le contribuable, au lieu des 2 % prévus par la loi.
Concernant les appartements pour lesquels aucun loyer n’est
enregistré par les services fiscaux, l’amendement prévoit un
prélèvement de 10 % de la valeur immobilière. Cette proposition
de loi survient alors que la Cour administrative vient de prononcer
son verdict annulant le prélèvement des frais de propreté sur
les factures d’électricité. La réapparition d’un projet similaire
fait donc s’interroger la population sur la constitutionnalité
d’une telle démarche, et les véritables motivations de l’Etat.
L’idée d’imposer
des frais de propreté n’est cependant pas nouvelle. Appliquée
dans le gouvernorat d’Alexandrie depuis octobre 2001, elle avait
provoqué la contestation massive des propriétaires de magasins.
Le gouvernorat
de Guiza a lui-même adopté ce système qui, depuis son application,
fait l’objet de violentes critiques. Devant l’obstination du
gouvernorat à maintenir ce système, de nombreux habitants ont
rejoint les commerçants et décidé de saisir la justice. Cette
procédure donnait régulièrement lieu à des exagérations. La
Cour administrative a donc décidé d’annuler la décision du gouvernorat
de Guiza de prélever les frais de propreté sur des factures
d’électricité gonflées pour l’occasion. La Cour avait établi
le caractère anticonstitutionnel de la démarche, appliquée sans
avoir été présentée au Parlement.
Le même scénario
s’est déroulé dans le gouvernorat du Caire. En avril 2002, des
contrats avec trois sociétés étrangères avaient été passés pour
la collecte des ordures de la capitale. Le système consistait
à ajouter 2 piastres à la facture d’électricité pour chaque
kilowatt consommé. Quel est le lien entre la consommation d’électricité,
ou les loyers, et les frais de nettoyage ? Question sur laquelle
de nombreux juristes se sont penchés.
Selon Sayed Abou-Zeid,
avocat, « le fait de porter l’affaire devant la justice a ouvert
un débat sur la constitutionnalité de cette décision. C’est
précisément ce qui a poussé le gouvernement à promulguer une
nouvelle loi pour sortir de cette situation embarrassante ».
Il explique que cette décision est contraire à la Constitution,
car elle est basée sur un article de loi qui stipulait que l’on
pouvait imposer en toute liberté des taxes non mentionnées par
la loi. Or, cet article à été abrogé il y a six ans ! « C’est
pourquoi ils ont cherché à légaliser les frais de propreté.
Mais une telle loi promulguée à la hâte sans étude préalable
souffrira sans doute de graves lacunes juridiques. Nous allons
donc attendre le texte final de la loi pour présenter des recours
», affirme Abou-Zeid. Il ajoute qu’il s’agit d’une sorte de
pression de la part du gouvernement, au nom de la loi, pour
justifier ses fautes.
Avis que partage
Ahmad Seiffel-Islam, directeur du Centre d’aide juridique aux
droits de l’homme, qui s’attend à une vague de protestations
lors de la discussion de ce projet de loi à l’Assemblée du peuple.
D’autant plus que dans ses grandes lignes, cette loi laisse
la porte ouverte aux injustices, notamment en ce qui concerne
les sommes prélevées et les services offerts. Fixer ce montant
sur la valeur des loyers constitue une injustice du fait de
l’écart entre les nouveaux et les anciens loyers. Il cite à
titre d’exemple le quartier de Zamalek, où la plupart des loyers
sont élevés, et le quartier populaire d’Ard Al-Léwa, où les
loyers ne dépassent pas les 15 L.E.
« Ainsi, l’énorme
différence entre la somme collectée dans le quartier populaire
et celui de Zamalek, fait qu’on attribuera inévitablement plus
d’importance aux quartiers les plus huppés. Cette dualité remet
en cause le problème de la propreté et de son financement ».
Il se demande s’il s’agit d’une mauvaise gestion au niveau des
municipalités ou d’un classique problème de financement. Pour
lui, l’échec des précédentes tentatives de réforme du système
de ramassage des ordures au Caire semble corroborer la première
hypothèse. Parce que même s’il s’agit d’un manque de financement,
l’Etat a le budget nécessaire pour couvrir les frais d’une meilleure
organisation sans accabler les gens avec de nouveaux prélèvements
: « En cherchant volontairement des solutions dans la mauvaise
direction, l’Etat contribue à masquer les faiblesses réelles
tout en maintenant une pression financière sur la population
».
Les responsables
du gouvernorat du Caire estiment quant à eux qu’il ne s’agit
pas là d’une taxe à proprement parler, mais de frais pour services
rendus. On justifie le fait de prélever des frais de propreté
sur les factures d’électricité par le fait qu’il s’agit de la
seule facture mensuelle régulièrement réglée par l’ensemble
des habitants.
L’Assemblée du
peuple discutera le projet de loi lors de la session parlementaire
en cours. Débats houleux en perspective .
|