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La conférence des contreparties
Par Hassan Abou-Taleb
Directeur de rédaction des Dossiers stratégiques

La conférence de Charm Al-Cheikh sur l’Iraq a fait l’objet de nombreuses interprétations. Celles-ci, bien que souvent confuses, prouvent le caractère sérieux de l’événement dont l’objectif est de mettre en place les conditions nécessaires au passage d’une nouvelle phase en Iraq.

La conférence a eu lieu 70 jours seulement avant la date prévue pour la tenue des élections en Iraq. Ce qui en fait une sorte de prélude à l’avenir politique iraqien. Cette préparation concerne des mouvements régionaux et internationaux qui expriment un soutien au processus des élections et à sa réussite. Il s’est exprimé à travers 2 axes liés l’un à l’autre. Le premier concerne une participation sérieuse au contrôle des actes de violence en interdisant l’infiltration des éléments humains ainsi que des armes à l’intérieur du pays à travers les frontières. Il s’agit pour le second axe de diminuer les dettes de l’Iraq ce qui entraînera la réactivation de l’économie. Si le premier axe est totalement du ressort des voisins de l’Iraq, le second constitue une charge que doivent assumer les pays riches créanciers auxquels l’Iraq doit rembourser les dettes. C’est de là que vient la complémentarité régionale et internationale dans le règlement de la crise iraqienne.

Cette complémentarité, même si de fait elle sert le projet américain en Iraq, prouve d’un autre côté qu’une présence américaine unilatérale en Iraq ne peut à elle seule réussir. Dans un contexte comme celui de la question iraqienne, Washington a grand besoin d’une coopération régionale et internationale aux niveaux politique, matériel, pratique et spirituel. La conférence de Charm Al-Cheikh prouve cette réalité et cependant, rares sont les interprétations qui ont éclairci ce point.

Effectivement, la participation de 22 Etats à la conférence, en plus d’organisations internationales et régionales qui ont trait à la question iraqienne, reflète une large représentation internationale. Celle-ci mène à déduire que les positions exprimées par le communiqué final constituent la nouvelle formule d’entente internationale autour de l’avenir de l’Iraq. Cette formule met un point final à la situation internationale qui précédait la tenue de la conférence et qui impliquait un désaccord autour du rôle des forces étrangères et leur responsabilité envers ce qui se passe en Iraq. Comme toute formule d’entente entre des positions contradictoires, celle-ci contient des concessions de la part de toutes les parties. Par exemple, si la France a présenté des concessions concernant sa volonté précédente de faire participer des forces politiques iraqiennes non représentées dans le gouvernement transitoire, elle a en contrepartie gagné une concession américaine qui consiste à reconnaître un rôle régional et international en Iraq qui limite le rôle unilatéral de Washington dans la détermination du destin du pays. Il ne faut pas oublier que la conférence a été tenue juste après la victoire de Bush aux élections américaines et ceci a donné à de nombreuses parties internationales l’occasion de reconsidérer leurs positions précédentes. C’est de là qu’est venue l’entente régionale-internationale-américaine autour de l’avenir de l’Iraq.

La situation internationale avant la tenue de la conférence de Charm Al-Cheikh était marquée par le désaccord autour de « l’illégitimité » de la situation en Iraq, notamment autour de la définition précise de la présence des forces étrangères dans le pays et sa durée. Quant à l’avenir, il sera géré par 2 questions essentielles qui constituent la pierre angulaire du nouvel Iraq. La première est celle de la réconciliation inter-iraqienne et la seconde est celle de la tenue des élections à leur date prévue. Ces 2 questions dépendent du comportement des forces étrangères d’un côté et de la performance du gouvernement iraqien de l’autre.

Dans le communiqué final de la conférence, il y a une certaine recommandation adressée au gouvernement iraqien provisoire d’accélérer la tenue d’une conférence qui regrouperait les représentants des différents éléments de la carte politique iraqienne et les représentants de la société civile. Cette rencontre viserait à préparer le climat politique favorable à la tenue des élections prévues pour le 30 janvier 2005. Il est donc clair que les 2 questions essentielles relatives à l’avenir de l’Iraq visent à soutenir le processus politique en cours, conformément à la résolution internationale 1 546. Ces deux points présentent un substitut à la violence aveugle pratiquée par certaines factions d’un côté et par la résistance légitime de l’autre. Ils représentent également une solution à ce que le communiqué à décrit comme « recours excessif à la force par les forces étrangères avec en tête les forces américaines ».La question la plus importante reste : Comment commencer le processus global de réconciliation inter-iraqienne ? Si le contenu du message adressé à la conférence par la coalition des forces iraqiennes d’opposition a réclamé un rôle pour l’opposition politique, le message n’a pas déterminé comment ce rôle pouvait effectivement exister. Autrement dit, personne n’a déterminé comment peut être effectuée la réconciliation inter-iraqienne élargie. L’organisation d’une conférence regroupant un mélange de courants politiques et forces de la société civile dont le nombre annoncé a atteint plus de 500, suffit-elle pour provoquer l’effet requis ? Quelle est la partie qui peut superviser cette conciliation et qui jouit d’une crédibilité chez toutes les autres parties ? Et qui sera chargé du suivi de la mise en exécution des résultats obtenus ? Y a-t-il ici un rôle pour ce qui a été appelé par le communiqué de Charm Al-Cheikh « le mécanisme du suivi des décisions de la conférence à ce propos ? ». Le temps qui reste est-il suffisant pour assumer toutes ces missions ? Peut-on penser que la violence prendra fin subitement juste parce qu’il y a des promesses vagues de participer à une conférence nationale générale en présence de forces étrangères qui sont avant tout des forces d’occupation et alors que certains groupes arborent des masques religieux et brandissent le slogan de la guerre contre les Etats-Unis, symboles de l’athéisme ?

Toutes ces questions reflètent la difficulté de parvenir à une conciliation inter-iraqienne qui constitue la condition sine qua non pour la réussite des élections iraqiennes. Sinon, l’on peut estimer à trois les autres probabilités concernant les élections. Premièrement elles peuvent être reportées pour au moins un an ou un an et demi. Deuxièmement, elles peuvent être tenues d’une façon ou d’une autre. Et la troisième peut être d’effectuer les élections partielles dans les régions iraqiennes les plus sûres. Dans tous les cas, garantir de passer d’un état d’instabilité à un état plus stable semble être aujourd’hui inconcevable.


Les prévisions

En ce qui concerne le lobby sioniste, l’analyse est erronée. Mais la seconde partie de la théorie est relativement bien fondée. Bush tente de fonder un nouveau type de politiques religieuses ou doctrinaires aux Etats-Unis. Il devra alors faire deux choses. Il s’agit dans un premier temps de tenter de diminuer la polarisation dangereuse existant actuellement à l’intérieur des Etats-Unis et qui a divisé le pays en 2 camps différents, contradictoires et quasi égaux du point de vue du volume. Ce qui représente un relent de guerre civile. Tout ce qu’il doit faire, c’est convaincre les Démocrates qu’il est capable de traiter avec la réalité de façon pratique et non seulement idéologique. Ce qui implique qu’il devra au moins diminuer les frais de ses projets politiques ambitieux, voire aventuriers. La seconde chose à laquelle il doit parvenir est la réalisation de certains succès pour ne pas sortir de la Maison Blanche sans aucune réalisation politique dans le domaine des affaires étrangères. Par conséquent, des changements politiques s’imposent. Mais la question demeure : Comment et où peut-il réaliser une réussite au Proche-Orient ? Et quels sont les critères de cette réussite ?

Il est fort probable que Bush, au cours de son second mandat, se concentre sur le maillon le plus faible de la chaîne, c’est-à-dire la Syrie. Il est aussi probable qu’il se donne la mission de renverser le régime syrien actuel parce que, d’un côté ceci est très important pour son plan impérial dans la région en général, et de l’autre pour obliger les Palestiniens à accepter n’importe quelle proposition, ce qui pourrait aussi passer comme une diplomatie de paix.

Conformément à cette analyse, il n’est pas prévu que Bush relance une diplomatie du règlement de façon sérieuse avant d’avoir fait de larges pas sur la voie du renversement du régime syrien. Il pourrait commencer par imposer des « sanctions plus fortes » conformément à la loi de la responsabilité de la Syrie et aussi développer les pressions diplomatiques en fonction de la résolution 1559. Il ne faut pas aussi éloigner la probabilité d’une pression militaire par des méthodes différentes, profitant des forces déjà présentes en Iraq et dans le Golfe.

Il est inéluctable que la politique envers la Syrie dépende de la situation en Iraq. De là, les méthodes politiques pour la réalisation des objectifs de Bush en Syrie dépendront des évolutions iraqiennes jusqu’à la fin de l’année prochaine. Bush devra traiter avec une situation très difficile en Iraq de façon tout à fait pratique. Il est devenu impossible de vaincre la résistance ou de la liquider par les moyens militaires. Le plus important est qu’il ne pourra continuer pour longtemps à dépenser sur son projet d’occupation de l’Iraq qui atteint 100 milliards de dollars par an, outre les pertes humaines qui ne pourront être diminuées de façon radicale que par le retrait ou le redéploiement des forces. Nous pouvons détecter certains traits de la politique de Bush en Iraq au cours de la courte période à finir. Il augmentera encore plus la pression militaire contre la résistance sunnite, que ce soit pour diminuer sa capacité d’attaque ou pour préparer les élections en janvier ou au cours de l’hiver prochain de façon générale. Il sait que l’objectif possible n’est pas de réaliser une victoire militaire continue, mais de dépasser la période des élections de façon à créer un gouvernement légitime formel même par des élections incomplètes, comme l’a déclaré le premier ministre iraqien il y a quelque temps.

S’il veut diminuer les pertes humaines et matérielles, il devra réussir à faire participer les Européens et les Arabes. Et cette éventualité est éloignée. Ou bien il devra, au cours de l’année prochaine, diminuer les forces présentes en Iraq. Mais pour le faire, il devra le plus possible éloigner ses forces du secteur sunnite ou du milieu. S’il diminue les forces sans un redéploiement, le scénario de Saigon 1975 pourrait se répéter. Il pourrait alors signer un accord avec le nouveau gouvernement qui mettrait définitivement fin à l’occupation militaire et effectuerait un redéploiement des forces diminuées au Nord kurde. Ceci pourrait l’aider à passer à la Syrie pour y réaliser ses objectifs. Et si en fin de compte, tous ces plans prouvent leur échec, il pourrait recourir au retrait complet de ses forces de l’Iraq, pour le laisser dans un chaos total après l’avoir détruit. Tout ceci peut être résumé en 2 scénarios. Premièrement, au début de son second mandat, Bush tentera de transformer son échec en Iraq en réussite ou quasi-réussite par l’application de mesures politiques, militaires et diplomatiques qui ne diffèrent pas beaucoup de ce que Kerry aurait fait. Citons la conférence de Charm Al-Cheikh, un rôle pour l’Onu, même s’il est limité ; des élections qui aboutiraient à un gouvernement semi-légitime, etc. Si Bush ne réussit pas dans cette mission, il optera pour la seconde solution qui est de suivre l’Evangile des conservateurs pour se retirer de l’Iraq.

Si cette analyse est correcte, Bush avalera son projet de démocratisation de la région pour pouvoir bénéficier de sa coopération dans l’application du premier scénario en Iraq. Pour ce qui est du volet palestinien, Bush tentera de faire bouger la Feuille de route s’il trouve un nouveau commandement. Et si les Palestiniens ne l’aident pas, il laissera à nouveau la question entre les mains de Sharon ou de la droite israélienne.

C’est là une vraie faillite. Mais la faillite n’est pas un choix, c’est un défaut dans la politique extrémiste de droite, surtout dans celles confectionnées par des hommes du type de Bush .

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