En
ce qui concerne le lobby sioniste, l’analyse
est erronée. Mais la seconde partie de la théorie
est relativement bien fondée. Bush tente de
fonder un nouveau type de politiques religieuses
ou doctrinaires aux Etats-Unis. Il devra alors
faire deux choses. Il s’agit dans un premier
temps de tenter de diminuer la polarisation
dangereuse existant actuellement à l’intérieur
des Etats-Unis et qui a divisé le pays en 2
camps différents, contradictoires et quasi égaux
du point de vue du volume. Ce qui représente
un relent de guerre civile. Tout ce qu’il doit
faire, c’est convaincre les Démocrates qu’il
est capable de traiter avec la réalité de façon
pratique et non seulement idéologique. Ce qui
implique qu’il devra au moins diminuer les frais
de ses projets politiques ambitieux, voire aventuriers.
La seconde chose à laquelle il doit parvenir
est la réalisation de certains succès pour ne
pas sortir de la Maison Blanche sans aucune
réalisation politique dans le domaine des affaires
étrangères. Par conséquent, des changements
politiques s’imposent. Mais la question demeure
: Comment et où peut-il réaliser une réussite
au Proche-Orient ? Et quels sont les critères
de cette réussite ?
Il
est fort probable que Bush, au cours de son
second mandat, se concentre sur le maillon le
plus faible de la chaîne, c’est-à-dire la Syrie.
Il est aussi probable qu’il se donne la mission
de renverser le régime syrien actuel parce que,
d’un côté ceci est très important pour son plan
impérial dans la région en général, et de l’autre
pour obliger les Palestiniens à accepter n’importe
quelle proposition, ce qui pourrait aussi passer
comme une diplomatie de paix.
Conformément
à cette analyse, il n’est pas prévu que Bush
relance une diplomatie du règlement de façon
sérieuse avant d’avoir fait de larges pas sur
la voie du renversement du régime syrien. Il
pourrait commencer par imposer des « sanctions
plus fortes » conformément à la loi de la responsabilité
de la Syrie et aussi développer les pressions
diplomatiques en fonction de la résolution 1559.
Il ne faut pas aussi éloigner la probabilité
d’une pression militaire par des méthodes différentes,
profitant des forces déjà présentes en Iraq
et dans le Golfe.
Il
est inéluctable que la politique envers la Syrie
dépende de la situation en Iraq. De là, les
méthodes politiques pour la réalisation des
objectifs de Bush en Syrie dépendront des évolutions
iraqiennes jusqu’à la fin de l’année prochaine.
Bush devra traiter avec une situation très difficile
en Iraq de façon tout à fait pratique. Il est
devenu impossible de vaincre la résistance ou
de la liquider par les moyens militaires. Le
plus important est qu’il ne pourra continuer
pour longtemps à dépenser sur son projet d’occupation
de l’Iraq qui atteint 100 milliards de dollars
par an, outre les pertes humaines qui ne pourront
être diminuées de façon radicale que par le
retrait ou le redéploiement des forces. Nous
pouvons détecter certains traits de la politique
de Bush en Iraq au cours de la courte période
à finir. Il augmentera encore plus la pression
militaire contre la résistance sunnite, que
ce soit pour diminuer sa capacité d’attaque
ou pour préparer les élections en janvier ou
au cours de l’hiver prochain de façon générale.
Il sait que l’objectif possible n’est pas de
réaliser une victoire militaire continue, mais
de dépasser la période des élections de façon
à créer un gouvernement légitime formel même
par des élections incomplètes, comme l’a déclaré
le premier ministre iraqien il y a quelque temps.
S’il
veut diminuer les pertes humaines et matérielles,
il devra réussir à faire participer les Européens
et les Arabes. Et cette éventualité est éloignée.
Ou bien il devra, au cours de l’année prochaine,
diminuer les forces présentes en Iraq. Mais
pour le faire, il devra le plus possible éloigner
ses forces du secteur sunnite ou du milieu.
S’il diminue les forces sans un redéploiement,
le scénario de Saigon 1975 pourrait se répéter.
Il pourrait alors signer un accord avec le nouveau
gouvernement qui mettrait définitivement fin
à l’occupation militaire et effectuerait un
redéploiement des forces diminuées au Nord kurde.
Ceci pourrait l’aider à passer à la Syrie pour
y réaliser ses objectifs. Et si en fin de compte,
tous ces plans prouvent leur échec, il pourrait
recourir au retrait complet de ses forces de
l’Iraq, pour le laisser dans un chaos total
après l’avoir détruit. Tout ceci peut être résumé
en 2 scénarios. Premièrement, au début de son
second mandat, Bush tentera de transformer son
échec en Iraq en réussite ou quasi-réussite
par l’application de mesures politiques, militaires
et diplomatiques qui ne diffèrent pas beaucoup
de ce que Kerry aurait fait. Citons la conférence
de Charm Al-Cheikh, un rôle pour l’Onu, même
s’il est limité ; des élections qui aboutiraient
à un gouvernement semi-légitime, etc. Si Bush
ne réussit pas dans cette mission, il optera
pour la seconde solution qui est de suivre l’Evangile
des conservateurs pour se retirer de l’Iraq.
Si
cette analyse est correcte, Bush avalera son
projet de démocratisation de la région pour
pouvoir bénéficier de sa coopération dans l’application
du premier scénario en Iraq. Pour ce qui est
du volet palestinien, Bush tentera de faire
bouger la Feuille de route s’il trouve un nouveau
commandement. Et si les Palestiniens ne l’aident
pas, il laissera à nouveau la question entre
les mains de Sharon ou de la droite israélienne.
C’est
là une vraie faillite. Mais la faillite n’est
pas un choix, c’est un défaut dans la politique
extrémiste de droite, surtout dans celles confectionnées
par des hommes du type de Bush .