| |
|
Les ADM sous le deuxième
mandat de Bush |
|
Par
Mohamed Sid-Ahmed |
L’événement
central qui a suscité l’intérêt au cours du premier mandat
du président Bush a été la guerre déclenchée contre l’Iraq
sous prétexte d’éliminer les Armes de Destruction Massive
(ADM) de Saddam Hussein. Tout porte à croire que l’événement
qui devrait être au centre du second mandat serait plus
global, à savoir le sort des armes de destruction massive
partout sur la planète.
Un fait
à ne pas ignorer est que la technologie de l’industrie
des armes progresse. Ce progrès est devenu tel qu’il
est dorénavant impossible que l’industrie des ADM soit
l’apanage de quelques pays développés. Dans les décennies
à venir, cette industrie sera disponible à tous partout.
Partant,
on ne peut plus compter sur les seuls moyens de pression
et de répression pour interdire leur prolifération ni
sur le fait que ce sont quelques pays développés uniquement
qui détiennent les clés de cette technologie et les
gardent cachées. Au contraire, on peut dire que d’ores
et déjà, ces secrets ne sont plus le monopole d’un seul
pays. D’après les experts à Washington, deux pays au
moins — l’Iran et la Corée du Nord — possèdent ou sont
sur le point de posséder des armes nucléaires. Ces deux
Etats récusent de surcroît le « droit » d’un pays qui
demanderait à un autre de renoncer à utiliser l’énergie
nucléaire ne serait-ce que pour des raisons exclusivement
pacifiques.
D’autre
part, il y a l’Etat hébreu qui possède un arsenal d’armes
nucléaires depuis des décennies. Et personne ne peut
y faire allusion sous prétexte qu’il existe des forces
qui attendent l’occasion pour éliminer Israël. D’ailleurs,
le fait qu’Israël ait le droit de posséder sans le divulguer
des armes nucléaires est en soi une raison à même d’inciter
d’autres pays à chercher à les posséder. La course à
l’armement est donc continue et il n’y a aucun moyen
pour l’arrêter.
|
La technologie ne suffit pas |
| Il n’y
a donc pas de moyens technologiques à même d’arrêter la
course à l’armement. Pas question d’empêcher la prolifération
des armes de destruction massive via la technologie uniquement.
Le seul moyen
à même d’arrêter la course à l’armement est d’adopter
des mesures politiques. Par conséquent, arrêter le déclenchement
des guerres ne se fait pas en changeant simplement ses
outils technologiques mais en changeant également la logique
« politique » qui recourt à la guerre comme moyen pour
réaliser certains objectifs. En effet, l’effondrement
de l’ordre mondial bipolaire et sa substitution par un
ordre unipolaire ont changé fondamentalement les moyens
de la gestion des conflits dans le monde. Il s’agit là
d’une question plutôt politique que technologique. Dans
son article publié dans le journal Al-Hayat le 22-11-2004,
Gamil Matar a rappelé que la guerre de Falloujah (et les
guerres de son genre) a opposé la plupart du temps un
homme seul représentant l’ennemi à un soldat américain
seul. Bref, un individu contre un autre. En effet, c’était
cet individu enragé ou rebelle ou extrémiste qui se trouvait
à la base des heurts avec les Etats-Unis. Et ces derniers
lui ont fait face via des flottes, des armées, des avions
lourds, des missiles et tout le stock de l’arsenal de
la guerre froide. Ensuite, ils ont découvert qu’ils n’ont
pas réalisé de victoire et qu’ils menaient un combat contre
des individus isolés en employant des systèmes de défense
destinés à confronter une attaque par des missiles, des
avions et des ADM. Les Etats-Unis auraient envisagé alors
de créer un système de guerre destiné à un soldat américain
isolé opposé à une guérilla qui compte sur l’individu
en tant que résistant ou terroriste. Pour s’adapter aux
exigences de la guerre moderne, on a besoin d’une vision
politique, et non pas d’une vision technologique différente. |
Où en est l’Iran ? |
| L’Iran
est en tête des pays du Grand Moyen-Orient que Washington
accuse de promouvoir un programme nucléaire. Il a signé
le 14 novembre dernier un accord avec un nombre de pays
européens dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne
dans l’objectif de mettre un terme à son projet de fabrication
d’une bombe nucléaire. Cet accord est-il un tournant ou
une chimère ? Attirera-t-il l’Iran dans un processus de
coopération à long terme en vertu duquel il renoncera
à une partie de son programme nucléaire pour garantir
sa sécurité et obtenir une reconnaissance de son statut
de pays proéminent dans la région du Moyen-Orient ?
D’après l’Agence
internationale de l’énergie atomique, trois théories concernant
l’Iran sont à examiner. La première est celle des optimistes
qui pensent que Téhéran avait caché pendant 20 ans ses
programmes nucléaires car il fut écarté de la scène internationale.
Ceux-ci espèrent que l’Iran pourrait fabriquer une bombe
nucléaire dans un délai de deux ans si ses relations avec
l’Europe et les Etats-Unis se détériorent.
Quant aux
pessimistes, ils craignent que l’Iran n’ait définitivement
fait son choix et que tôt ou tard, abstraction faite de
la nature de ses relations avec les pays européens, il
dérogera au Traité de non-prolifération des armes nucléaires.
C’est d’ailleurs cette théorie qui trouve le plus d’échos
à Washington actuellement.
Reste la
troisième théorie que favorisent les Européens actuellement.
Les Etats-Unis craignent en effet que les Européens ne
se montrent tolérants vis-à-vis de l’Iran. Pourtant, il
leur est difficile de se justifier devant l’opinion publique
mondiale s’ils prennent des mesures contre l’Iran sans
que ceci ne soit précédé par des négociations avec Téhéran
...
Sous l’ordre
bipolaire, les deux parties antagonistes ont opté pour
la neutralité puisque les armes que chacun d’eux possédait
étaient capables d’anéantir l’autre. Avec l’effondrement
de cet ordre et l’avènement de l’ordre unipolaire, rien
n’a laissé entrevoir que le monde serait plus en sécurité.
Bien au contraire. Le phénomène des face-à-face individuel
qui s’est substitué à celui de la confrontation de deux
armées a rendu obsolète la neutralisation réciproque.
Ainsi, la situation sur le plan international est devenue
plus dangereuse |
|
| |
|
|
|