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Stylisme
. Ces dix dernières années, l’industrie de la mode a
le vent en poupe dans le monde arabe. Elle a acquis
une célébrité qui traverse parfois les frontières vers
l’Occident, grâce à un style original inspiré des traditions
locales.
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La
mode , version arabe |
«
La mode est la vitrine de chaque pays. C’est le miroir
qui reflète le goût, la finesse et le niveau d’évolution
de chaque société. Aux yeux des visiteurs, elle est
à l’image du pays », explique Sousha, un jeune styliste
tunisien dont le nom résonne de plus en plus dans le
monde arabe. C’est ainsi que Sousha résume sa vision
de la mode qui est en train de prendre forme dans la
rue arabe. Aujourd’hui, l’industrie de la mode ne cesse
de gagner du terrain. Depuis 5 ans, elle connaît un
véritable boom. « Les femmes arabes prennent de plus
en plus soin de leur allure. Même dans les sociétés
du Golfe, les plus conservatrices, elles portent des
vêtements à la mode sous la abaya (cape) noire. La Saoudienne
est considérée aujourd’hui comme la plus élégante et
la plus coquette des femmes arabes. Ses grandes ressources
financières lui permettent de porter des vêtements de
marque. Et ses voyages fréquents à Paris et à Rome lui
donnent la possibilité de découvrir la mode bien plus
vite que ses homologues qui ne peuvent s’offrir ce luxe
», souligne un styliste marocain qui a requis l’anonymat
craignant de perdre ses clients dans les autres pays
arabes. Et dans cette quête de l’élégance, le monde
arabe compte actuellement des stylistes dont les noms
ont dépassé les frontières. Une nouvelle génération
qui a suivi ses études en Europe et qui retourne au
pays pour exercer ce métier. Ainsi, ils acquièrent la
technique européenne et l’adaptent aux normes et coutumes
de leurs pays. Sousha a fait trois ans d’études dans
une école de mode à Florence. Il a débuté sa carrière
dans une grande maison de couture qui possède plus de
20 magasins de prêt-à-porter. Marie Louis, jeune styliste
égyptienne, a elle aussi suivi ses études à l’école
ESMOD Guerre Lavigne à Paris. Sur une promotion de 80
élèves, Marie a été parmi les 16 qui ont été diplômés.
De retour au pays, elle dirige actuellement une grande
maison de prêt-à-porter au Caire dont la marque signée
par son nom fait le tour du monde arabe. Marie est invitée
chaque année à de grands défilés de mode tels que la
Première Vision tenu à Paris, Moda in feminano à Milan
et Pitti Fillati qui a lieu à Florence, ce qui lui a
permis de côtoyer les grands noms de la mode en Europe.
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Stylistes
sans mode
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Depuis
dix ans, certains pays arabes ont suivi le pas, en ouvrant
des écoles de mode pour former une nouvelle génération
de stylistes comme c’est le cas du Liban et de la Tunisie.
L’Egypte à son tour s’est rendu compte de l’importance
de cette industrie et a ouvert il y a trois ans deux instituts
pour former des stylistes égyptiens : l’Institut Burgo
et celui dépendant de la chambre syndicale de la haute
couture. En fait, ce genre de formation n’existait pas
dans les facultés des beaux-arts ou des arts pratiques.
Au
fil des ans, certains stylistes arabes ont fini par acquérir
une grande renommée internationale. Ils ont réussi à satisfaire
le goût de la femme européenne notamment. L’exemple du
styliste libanais Elie Saab dont le nom pourrait être
aujourd’hui comparé à celui de Dior, Versace, Yves Saint-Laurent,
etc. La collection qu’il présente tous les six mois éblouit
un grand nombre de femmes. Par ailleurs, des défilés sont
organisés au niveau du monde arabe présentant un style
raffiné qui répond au désir de la rue arabe à l’exemple
du grand défilé de mode qui a eu lieu au Maroc en 2004
intitulé Caftan et où le styliste Sousha a remporté le
premier prix pour sa collection inspirée de la culture
marocaine. De même au niveau africain, la présence des
stylistes arabes dans le grand concours de Face of Africa
a été sensationnel. Il faut aussi rappeler qu’un grand
défilé planifié par l’Organisation des pays francophones
et parrainé par la Ligue arabe aura lieu en mars prochain.
Cet événement sera une grande rencontre pour les jeunes
créateurs arabes qui présenteront des collections inspirées
de leurs environnement et culture. Un moyen d’encourager
et de valoriser l’industrie de la mode dans le monde arabe.
Une ambiance nouvelle et un avenir prometteur pour ces
jeunes stylistes qui donnent libre cours à leur créativité.
Aujourd’hui, on peut sentir, palper et admirer le style
arabe et à chaque artiste sa particularité et son identité.
Youssef Spahi, jeune styliste égyptien, est fasciné par
la culture pharaonique. Dans sa dernière collection il
s’est inspiré des couleurs et du style pharaoniques. Des
robes en tissus doré et argenté avec des bretelles en
métal, des coupes qui marient Histoire et modernité ont
fait rêver beaucoup de femmes lors du dernier défilé aux
Etats-Unis. « Notre culture est une source d’inspiration.
Pour mes créations, je puise surtout dans la culture du
Maghreb », explique Sousha. Dans sa dernière collection,
ce dernier a présenté des robes de soirée inspirées du
caftan marocain. La robe intitulée Sable du Maroc de couleur
beige a la forme d’un caftan, cintré à la taille, ample
vers le bas et fendu sur les côtés. La robe Tanger de
couleurs fuchsia et vert vifs ressemble à celle de la
paysanne de son village. « Les couleurs du Maghreb, ses
fenêtres et ses portes, bref l’odeur du pays me fascine.
Personne ne peut rester indifférent devant une telle beauté
», dit Sousha. Le Maghreb est sa muse. Il s’en inspire
tout en l’intégrant dans le monde contemporain dicté par
les lois occidentales. Cintrer un caftan signifie le moderniser.
Marie Louis assure que dans sa dernière collection de
robes, elle s’est inspirée des tableaux du maître alexandrin
Mahmoud Saïd. « J’ai dessiné une variété de tenues de
soirée en tissus peints à la main inspirés des tableaux
de ce peintre dédiés à la femme alexandrine et dont l’accoutrement
est particulier : voile noir moulant mettant en valeur
sa féminité ».
Une
collection qui a été présentée lors de la dernière Biennale
des arts plastiques de la mer Méditerranée à Rome et où
Marie Louis a remporté un prix pour sa créativité. « J’ai
présenté un art tout à fait unique dans la biennale. Des
mannequins vêtus de tableaux magnifiques, un véritable
podium de mannequins », dit-elle.
Allons-nous
donc vers une mode arabe qui s’imposerait sur la scène
internationale ? Ou bien s’agit-il simplement de quelques
stylistes arabes qui ont connu la célébrité ? En fait,
selon la styliste arabe Dahlia Mahmoud, chaque pays arabe
a son propre style mais s’inspire aussi de la mode européenne.
Le goût de la femme libanaise n’est pas le même que celui
de la saoudienne. Celui de la Marocaine diffère de l’Egyptienne.
La rue arabe le prouve aussi. Le voile égyptien par exemple
est moins rigide que celui des pays du Golfe. Au Soudan
et dans les pays du Maghreb, le voile se rapproche du
costume national. Cela prouve que les tendances et les
goûts diffèrent. De plus, il faut tenir compte du niveau
de développement de chaque pays. « Tous ces facteurs prouvent
qu’il existe des stylistes arabes mais pas une mode arabe
», assure-t-elle. Elle précise aussi que les femmes arabes
ont souvent les yeux braqués vers l’Occident. Et bien
que la culture orientale séduise, en ce qui concerne la
mode, on ne l’accepte que lorsqu’elle vient de l’Occident,
c’est ce qu’on appelle « Oqdet al-khawaga » (le complexe
de l’étranger). Et c’est contre cette oqda que beaucoup
de stylistes arabes ont dû se battre. Car pour gagner
de la popularité, il leur fallait montrer qu’ils avaient
fait des études en Europe ou aux Etats-Unis.
Sousha
partage cet avis. « C’est comme si je me trouvais sur
une île déserte en pleine mer et que je devais me débrouiller
pour atteindre le rivage. Personne n’est là pour vous
tendre la main. Il faut marteler les pierres pour s’affirmer.
Il n’existe aucune alliance ni collaboration entre les
stylistes arabes », confie-t-il.
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Une
influence infime
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Conséquence
: malgré la présence d’une nouvelle génération de stylistes
arabes, on ne peut pas parler de mode arabe mais uniquement
de modèles occidentaux inspirés de la culture arabe.
Aussi, l’influence de cestylistes arabes dans la mode
internationale reste limitée pour plusieurs raisons.
Selon la Fédération française de la mode, le nombre
de stylistes dans le monde n’est pas élevé vu la nature
raffinée du métier. Ils se répartissent en trois catégories
: les stylistes de mode qui créent les patrons, les
stylistes des textiles qui créent les fils et tissus
et les stylistes de tendances. Ces derniers sont enregistrés
à la Chambre de la mode. Ils se réunissent chaque année
et déposent la tendance de la mode. C’est-à-dire le
style, les couleurs, les nouveaux tissus pour annoncer
une mode qui va durer trois saisons. Une mode, d’ailleurs,
souvent influencée par les événements politiques et
sociaux de l’époque. A un moment donné et suite à la
guerre du Golfe, on a voulu parler de l’environnement
qui a été très affecté par ce conflit. Pour revendiquer
cette cause, ces stylistes ont lancé un appel pour l’utilisation
des tissus naturels sans le mélange de matières synthétiques.
Le thème choisi était le retour vers la simplicité et
la nature.
«
Ce genre de stylistes n’existent pas au niveau du monde
arabe. De plus, aucun artiste n’est inscrit au bureau
international des stylistes de tendances », souligne
Marie Louis. Cela justifie pourquoi personne ne donne
son avis en ce qui concerne les nouvelles tendances.
Il
faut aussi signaler que l’influence des stylistes arabes
reste limitée car le nombre d’écoles est encore minime
en comparaison avec le monde occidental. L’Egypte a
inauguré une école, il y a trois ans seulement. Cela
veut dire qu’on doit attendre encore cinq ans pour en
récolter les fruits. « Le métier est relativement nouveau
dans le monde arabe. Une grande majorité des pays n’ont
pas encore connu ce genre d’études », remarque Hani,
styliste syrien.
Sousha
pense que le manque de sponsors qui croient aux talents
de ces créateurs en est la raison. « Comment un styliste
peut-il réaliser tous ses modèles alors qu’il manque
de moyens ? De plus, aucun organisme ne protège ces
artistes créateurs. On a besoin d’une chambre de commerce
de la mode arabe qui englobe et aide les stylistes pour
qu’ils se consacrent pleinement à leur travail. D’autre
part, il faut que les modèles de chaque styliste soient
enregistrés et soumis au droit de protection intellectuelle
à travers des brevets pour arrêter ce phénomène d’imitation
qui porte atteinte à l’image des stylistes arabes dans
le monde entier », dit-il.
Pour
d’autres, ce sont les traditions et les coutumes qui
empêchent d’accéder à un niveau international. Spahi
assure qu’il lui arrive souvent de créer des modèles
qu’on lui demande de transformer pour que le décolleté
soit moins plongeant ou d’ajouter des manches longues
alors que le charme du modèle pourrait être dans son
décolleté même ! Sans oublier de signaler que la silhouette
de la femme en Egypte par exemple pose un problème car
il a du mal à trouver des corps sveltes pour exposer
sa collection dans sa plus belle image.
Le
seul espoir pour les jeunes créateurs égyptiens d’avancer
est la prochaine conférence des pays francophones qui
va se tenir au Liban et qui regroupera les stylistes
de l’Atlantique jusqu’au Golfe arabe. « Une belle initiative,
la première en son genre dans le monde arabe. Cette
rencontre promet d’être fructueuse si l’on pense à travailler
sérieusement. On pourra certainement créer une confédération
de stylistes arabes et francophones qui saura s’imposer
dans le monde de la mode », conclut Marie Louis .
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Dina
Darwich |
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