Al-Ahram
Hebdo : Comment évaluez-vous la conférence qui s’est tenue
à Charm Al-Cheikh ?
Hoshyar
Zebari : Nous sommes complètement satisfaits de la déclaration
finale et de ce que cette conférence a engendré en termes
de volonté internationale pour aider l’Iraq. C’est la première
fois depuis la fin de la guerre en Iraq et la chute du régime
de Saddam Hussein, que tant de pays se réunissent pour examiner
les moyens d’aider les Iraqiens à surmonter la crise qu’ils
affrontent. Je pense que c’était une conférence très importante
qui a créé une unanimité internationale pour soutenir le processus
politique et les élections. C’était une demande iraqienne,
mais c’est grâce à l’Egypte qu’elle a eu lieu. C’était une
victoire pour la diplomatie égyptienne et pour le gouvernement
iraqien.
—
La partie de la dette iraqienne qui a été annulée juste avant
la conférence vous paraît-elle suffisante ?
—
Cette réduction de la dette était bonne de notre point de
vue. Je suis sûr que c’est une démarche qui va nous aider
dans nos efforts pour la reconstruction du pays. Nous attendons
des pays arabes qu’ils s’alignent sur la position du Club
de Paris. Je peux confirmer qu’il existe des signes positifs
de la part de certains d’entre eux, notamment l’Arabie saoudite
et le Koweït, et même de la part d’autres pays comme la Chine,
pour nous aider dans ce processus.
—
Pourquoi l’opposition était-elle absente d’une rencontre qui
décidait de l’avenir de l’Iraq ?
—
C’était une conférence gouvernementale. Le gouvernement transitoire
était donc l’instance officielle qui représente l’Iraq, au
moins pour cette période. En tout cas, nous avons tenu récemment
une conférence du conseil national transitoire qui a été ouverte
à tous et nous aurons bientôt des élections, alors ceux qui
veulent tester ou prouver leur popularité n’ont qu’à se rendre
aux urnes.
—
Avez-vous examiné la possibilité d’une nouvelle rencontre
avec l’opposition iraqienne lors de cette rencontre internationale
?
—
Non, c’est une décision qui incombe au gouvernement iraqien.
N’empêche que nous allons poursuivre nos efforts de dialogue
à l’intérieur. Dans le même temps, nous allons étudier la
proposition du Bahreïn d’accueillir une conférence de l’opposition
même si nous pensons que Bagdad devrait être le lieu de toute
réconciliation iraqienne. Pour l’instant, nous nous concentrons
sur la réunion à Téhéran des ministres de l’Intérieur des
pays voisins de l’Iraq. C’était une demande iraqienne qu’on
avait formulée en juin dernier au Caire et le gouvernement
iranien a accepté d’être l’hôte de cette rencontre.
—
Comment les mouvements de l’opposition pourront-ils prendre
part au processus politique ?
—
Nous avons des engagements vis-à-vis de l’opposition. Nous
avons l’intention d’informer toutes les parties des résultats
de la conférence de Charm Al-Cheikh. Nous leur transmettrons
surtout le souhait de la communauté internationale de voir
toutes les forces participer aux élections. Le gouvernement
transitoire est ouvert à tout le monde, même ceux qui renoncent
à la violence. Nous n’écarterons du dialogue que ceux qui
ont choisi le terrorisme comme politique et qui croient en
la présentation des massacres de civils sur les écrans de
télévision.
—
Pensez-vous que des pays comme l’Iran ou la Syrie ont changé
d’attitude et adoptent désormais un discours plus modéré vis-à-vis
de l’Iraq ?
—
Je pense que cette conférence était l’occasion de dévoiler
une ambiance tout à fait positive. Il y a eu une entente entre
tous les pays, même lors de la rencontre des pays voisins
qui a précédé la conférence internationale. Tous les participants
étaient d’accord sur le texte de la résolution finale et plus
que cela, ils étaient d’accord pour aider à la stabilité et
la sécurité de l’Iraq.
—
Le retrait des troupes de la coalition était-il une question
de différend entre le gouvernement iraqien et ces pays-là
?
—
Il y a un calendrier déjà fixé par la résolution du Conseil
de sécurité qui réglemente le départ des troupes étrangères.
C’est une décision qui émane de l’actuel puis du futur gouvernement
iraqien. Une révision de l’autorité conférée à ces forces
devrait avoir lieu après le 4 décembre. En tout cas, je crois
que le départ des troupes de la coalition est tributaire du
succès du processus politique et de la formation d’un gouvernement
à base constitutionnelle qui soit élu par les Iraqiens.
—
Comment tenir des élections alors que tous les documents iraqiens
ou listes électorales ont été détruits par la guerre ?
—
Il y a une forte possibilité de tenir les élections à son
échéance le 30 janvier 2004. Les préparatifs vont bon train.
Le haut comité des élections a enregistré récemment 160 forces
ou mouvements politiques qui veulent participer au scrutin.
Ils viennent de toutes les ethnies : sunnite, chiite, kurde
et autres. Je crois que la majorité des Iraqiens veulent voir
se dérouler ces élections surtout parce que ce scrutin ne
décidera pas uniquement de qui va gouverner l’Iraq, mais plutôt
de l’avenir de ce pays. Quel genre d’Iraq nous voulons voir
? C’est à cette question que les Iraqiens vont répondre.
—
Pensez-vous que les Iraqiens pourront participer à ces élections
alors que la violence se poursuit sans relâche presque partout
dans le pays ?
—
Je suis sûr que la majorité le fera parce que les Iraqiens
veulent en finir avec la crise actuelle et mettre un terme
à l’anarchie.
—
Même dans les régions sunnites ?
—
Oui, dans toutes les villes sunnites et partout en Iraq.