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Déminage . Le Caire est sous-représenté au sommet de Nairobi sur les mines antipersonnel, en raison de ses réserves sur l’action internationale en matière de lutte contre ce fléau.

L’Egypte suit sa propre voie

« Pour un monde sans mines ». C’est le titre du sommet sur les mines antipersonnel qui s’est ouvert dimanche 28 novembre dans la capitale kényane, Nairobi, et qui doit durer jusqu’au 3 décembre. Le sommet a pour but de faire le bilan de la Convention d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel, signée en 1997 et entrée en vigueur en mars 1999. La Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL), principal auteur de la Convention d’Ottawa, relève que le sommet de Nairobi est le premier depuis la signature de la Convention d’Ottawa et son entrée en vigueur, et que deux points restent à renforcer : l’assistance aux victimes et la lenteur des opérations de déminage. La conférence, qui rassemble plus de mille délégués comprenant blessés, chercheurs et des responsables gouvernementaux, discute également au cours de ces six jours de réunions du plan des cinq années à venir et du statut de la convention (la destruction des stocks, l’universalisation de la convention, le déminage, une compréhension commune des articles 1, 2 et 3 de la convention tout en prenant en considération les opérations conjointes avec les parties non gouvernementales, le statut des mines anti-véhicule à diffuseurs sensibles et le nombre de mines que gardent les pays membres de la convention pour les utiliser dans la formation des officiers). Les discussions porteront également sur les prochaines réunions, leur date, le lieu de leur tenue et leur durée. Le sommet doit s’achever par l’annonce de la Déclaration de Nairobi.

Les réserves égyptiennes

L’Egypte, qui souffre énormément du problème des mines (elle compte 23 000 mines), n’est représentée dans ce sommet que par un membre de l’ambassade à Nairobi.

« Ceci a toujours été le cas. Les officiels sont très réservés vis-à-vis de tout ce qui est lié à la Convention d’Ottawa. Les ONG, pour leur part, sont plus actives dans ce domaine », estime Aymane Sourour, directeur exécutif de l’Association de la protection des armes et de leurs conséquences. Selon lui, c’est effectivement la société civile qui a pris l’initiative d’organiser, la semaine dernière, une conférence régionale préparant le sommet de Nairobi. Cette conférence, tenue au siège du Syndicat des journalistes au Caire, regroupait effectivement des représentants d’ONG arabes et internationales, ainsi que des membres du Conseil national égyptien pour les droits de l’homme. La conférence s’est soldée par l’annonce de la Déclaration du Caire sur les victimes des mines antipersonnel et la lutte contre ces armes. Sur le plan international, les conférenciers ont recommandé d’appeler tous les pays arabes qui ne sont pas encore membres de la Convention d’Ottawa à signer cette dernière afin de bénéficier de ses avantages tout en insistant sur le fait que l’adhésion à la convention ne doit pas être liée à la présentation des aides dans ce domaine. La conférence a également recommandé la création par les pays qui ont planté les mines d’un fonds pour indemniser les victimes et le recours des pays lésés à la justice contre les Etats responsables de l’implantation des mines sur leur sol. Sur le plan régional, les recommandations de la conférence concernaient la création d’une commission au sein de la Ligue arabe chargée du suivi de la question des champs de mines et des droits de ses victimes dans le monde arabe, d’un centre de recherches régional spécialisé et d’autres centres de réhabilitation des victimes, ainsi que le lancement d’une campagne régionale arabe de collecte des donations pour servir au déminage. Au niveau local, la conférence a recommandé d’exiger aux écoles situées dans des régions infestées de sensibiliser les élèves sur la façon d’éviter les mines, d’encourager les médias à couvrir le sujet et de garantir un système d’assurance sociale pour les victimes des mines dans le monde arabe.

Malgré cette activité de la société civile, l’Egypte est officiellement contre l’adhésion à la Convention d’Ottawa. « L’Egypte a deux craintes concernant cette convention. La première est due au fait que cette dernière n’a pas prévu d’aides de la part des pays responsables de l’implantation des mines. La deuxième crainte est que les mines sont utilisées pour la défense des frontières et il s’agit des armes les moins chères », explique Aymane Sourour. Il se demande pourquoi l’Egypte, qui a participé à toutes les phases de l’élaboration de la convention, n’a pas fait pression pour qu’elle soit à effet rétroactif. « De plus, il y a des moyens beaucoup plus modernes et moins onéreux pour la garde des frontières. A mon avis, les responsables égyptiens ne s’attendaient pas à ce que la convention ait tellement de succès, et étant toujours sous l’effet du choc, ils n’ont pas décidé quelle position prendre. Et ils prendront tout leur temps pour définir leur position, car ils ne craignent pas des pressions des Etats-Unis qui ne sont eux-mêmes pas membres de la convention », ajoute Sourour.

Au ministère des Affaires étrangères, on insiste pourtant pour dire que cette convention ne nous convient pas car elle n’a pas d’effet rétroactif. « Nous souffrons des effets des guerres passées et ceci ne trouve pas de solution dans cette convention », affirme une source anonyme au ministère. Et d’ajouter : « Nous ne savons qu’une seule chose : certains pays ont planté ces mines chez nous, ils doivent être responsables de déminer et de nous indemniser pour tous les dégâts que ces armes nous ont causés ». Selon le responsable, il suffit que l’Egypte soit membre de la convention sur les armes conventionnelles, qui contient toute une clause sur les mines antipersonnel. De même, l’Egypte avait déclaré, mais de façon non officielle, avoir arrêté l’exportation des mines depuis 1984 et arrêté la production depuis 1988, ce qui ne la rend pas obligée d’adhérer à la Convention d’Ottawa. « Mais ceci ne veut pas dire que la question n’est pas prioritaire pour nous », affirme le responsable du ministère des Affaires étrangères.


Les mines contre le développement

En fait, le dossier, qui est resté dans les tiroirs pendant près de 50 ans, a été ressorti en 1980. A cause des guerres consécutives, la question n’était abordée que très timidement et par des efforts individuels de la part des ministères des Affaires étrangères ou de la Défense, ou encore des ONG. Le dossier n’était pas prioritaire tant que le Désert Occidental n’était pas peuplé, mais avec les plans de développement gouvernementaux et les investissements privés dans le domaine touristique dans la région, le déminage s’est avéré indispensable. Ainsi, à la demande du gouvernement égyptien, une délégation de l’Onu a visité l’Egypte en février 2000 afin de déterminer l’ampleur du problème : les terrains infestés, le nombre de mines et leur impact sur la vie des gens et sur les plans de développement, notamment dans le Désert Occidental qui est le plus touché. En effet, ce dernier compte à lui seul 17 millions du total des 23 millions de mines enregistrées en Egypte.

Et en juin 2000 donc, un comité national chargé du suivi du déminage, formé de représentants des ministères des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Défense, de l’Habitat, de la Santé et des Affaires sociales, a été créé. A la suite de sa première réunion, Fayza Aboul-Naga, ministre d’Etat pour la coopération internationale et présidente du comité, a annoncé que ce dernier avait décidé de lier le déminage au plan de développement global adopté par le gouvernement, notamment celui de la côte nord-ouest. Quatre ans plus tard, soit lors de la conférence régionale du Caire, l’ambassadeur Marwane Badr, directeur du cabinet ministériel de la coopération internationale, a affirmé que l’Egypte avait élaboré un plan de développement de la Côte Nord. Ce plan, dont le coût total est évalué à 20 milliards de L.E., prévoit le déminage des terrains infestés dans la région. Selon l’ambassadeur Badr, la première phase du plan commencera par 1,5 milliard deL.E. Il semble donc que le gouvernement égyptien ait décidé d’œuvrer loin du sommet de Nairobi et de la Convention d’Ottawa. Les détails du plan seront effectivement annoncés au début de l’année 2005 pour trouver des donateurs. Une chose recommandée par le rapport d’évaluation de la commission des Nations-Unies en 2000.

Yolande Youssef

Les mines en chiffres

L’Observatoire des mines a élaboré un rapport sur le bilan des cinq dernières années, qui marquent le début de la mise en vigueur de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel. Selon le rapport, qui couvre la période étendue entre 1999 et 2004 :

— 152 pays ont accepté de banir les mines antipersonnel.

— 62 millions de mines antipersonnel stockées ont été détruites. 37,3 millions de ces mines détruites se trouvaient dans des pays membres de la Convention d’Ottawa.

— Plus de 1 100 km2 de terres infestées ont été déminés. Au cours de ces opérations de déminage, plus de 4 millions de mines antipersonnel, près d’un million de mines anti-véhicule et des millions de soumunitions ont été détruites.

— Les donateurs ont offert plus de 1,35 milliard de dollars pour la lutte contre les mines antipersonnel dans la période allant de 1999 à 2003, et près de 2,1 milliards de dollars à partir de 1992.

— De 1999 à 2003, près de 22,9 millions de personnes ont assisté à des sessions de formation contre les dangers des mines.

— Depuis 1999 et jusqu’à septembre 2004, l’Observatoire des mines antipersonnel a enregistré au moins 42 500 nouvelles victimes dans des accidents d’explosion de mines et de soumunitions et ce dans 75 pays. Toutefois, de nombreux cas n’ont pas été enregistrés, ce qui confirme que le chiffre réel des victimes est beaucoup plus important. Il est effectivement estimé entre 15 000 et 20 000 nouvelles victimes tous les ans.

— Les deux seuls gouvernements qui ont continué à utiliser les mines antipersonnel dans les cinq dernières années sont la Russie et la Birmanie.

— Aucun commerce légal dans le domaine des mines antipersonnel n’a été enregistré.

 

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