Al-Ahram
Hebdo : Existe-t-il une sorte d’arrangement politique derrière
la décision du comité des partis d’approuver la fondation
d’Al-Ghad, alors qu’elle a été refusée quatre fois ?
Aymane Nour
: Non, il n’y a pas eu d’arrangement avec le comité des partis.
La fondation de notre parti a été refusée à quatre reprises
par ce comité. A chaque fois nous apportions des éclaircissements
aux remarques formulées par ses membres et établissions un
programme différent qui réponde à leurs exigences. D’autre
part, cette acceptation est intervenue une semaine seulement
avant que la justice à laquelle nous avons eu recours ne se
prononce favorablement sur l’affaire. Tout ceci prouve que
les allégations du comité étaient mal fondées.
— Etes-vous
d’accord avec l’avis selon lequel cette autorisation a pour
seul but d’améliorer l’image de l’Egypte à l’étranger ?
— Oui, je suis
tout à fait d’accord avec cet avis car le gouvernement a le
désir d’améliorer son image dans le cadre de son plan de réforme
politique. Mais en même temps, nous sommes le seul parti à
avoir établi son programme en 2 200 pages, couvrant les différents
problèmes dont souffre notre société et les solutions envisageables.
A cet effet, nos priorités ont trait à la réforme politique
et à l’amélioration des services publics. Je pense que cette
autorisation historique est en rapport avec le plan de réforme
politique de l’Etat. La scène politique bouge peu. Les partis
de l’opposition souffrent de conflits internes ou causés par
l’Etat à l’exemple du Parti du travail en suspension. L’Etat
est accusé de passivité. C’est pour cela qu’à mon avis, il
essaie de corriger son image pour montrer qu’il n’est pas
contre l’opposition.
— Comment
entendez-vous préserver l’unité de votre parti ?
— Vous savez,
il n’existe pas de parti où il n’y a pas de différends entre
ses adhérents. Mais, l’important ici c’est que nous avons
un mécanisme bien défini qui organise notre travail et les
affaires internes : la démocratie. Les décisions dans notre
parti ne seront jamais unilatérales, de plus nous laissons
la porte ouverte à tous ceux qui veulent y assumer un rôle
: le Ghad est le parti de tous les Egyptiens. Cela va nous
aider à augmenter le nombre des adhérents susceptibles de
protéger le parti contre les désaccords au moment où les autres
partis de l’opposition sont fermés aux citoyens.
— Le parti
d’Al-Ghad est-il prêt à nouer des alliances avec des groupes
politiques illégaux comme les Frères musulmans ou les autres
partis qui attendent d’être approuvés ?
— Je ne suis
pas pour une alliance entre les partis d’opposition, mais
je préfère la coopération et l’organisation. Chaque parti
a son idéologie indépendante, on ne peut pas associer deux
courants à moins qu’ils aient les mêmes idées. Par exemple,
le parti d’Al-Wassat est plutôt islamiste, celui d’Al-Karama
socialiste, tandis que le nôtre est plutôt libéral. Mais on
peut parler d’une coopération électorale. A cette occasion,
je déclare pour la première fois que la participation des
deux partis Al-Wassat et Al-Karama à une alliance électorale
avec le parti du Ghad est la bienvenue.
— Pensez-vous
que le modèle démocratique à l’occidentale peut être appliqué
en Egypte ?
— Il est important
de savoir qu’Al-Ghad est un parti libéral selon les critères
égyptiens qui datent d’un siècle et qui ont été établis par
des personnalités jouissant de beaucoup de considération,
notamment Rifaa Al-Tahtawi, Mohamad Abdou, Saad Zaghloul,
ainsi que des représentants du mouvement libéral à Al-Azhar.
Notre caractère libéral vient des profondeurs de notre société.
L’Etat estime que tout changement est dangereux, mais pour
moi, le vrai danger c’est la stagnation de la vie politique.
— Comment
évaluez-vous la réforme politique vue par l’Etat ?
— Il faut faire
la différence entre ce que l’Etat déclare vouloir faire, qui
est en deçà de nos souhaits, et ce qu’il a déjà réalisé et
qui sont des mesures de pure forme uniquement. Des modifications
palpables apportées à la Constitution égyptienne qui datent
de 1971 sont aujourd’hui nécessaires. A cet effet, nous avons
formé un comité constitué de 13 avocats membres du parti pour
élaborer un projet complet qui apporte de vraies modifications
à la Constitution, voilà une première en Egypte depuis plus
de trente ans .