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Arich
était une ville connue pour la beauté sauvage de ses plages
de palmiers. Aujourd’hui, des chalets disgracieux ont remplacé
les anciennes palmeraies, ce qui, en temps ordinaire, suffit
à donner à la ville un aspect désolé. Mais depuis le 7 octobre
2004, l’ambiance à Arich est devenue sinistre. Seules les rues
du centre-ville sont encore animées. Dans toutes les zones d’habitation,
les ruelles sont sombres et désertes.
Après les attentats
de Taba, les autorités ont en effet procédé à une campagne massive
d’arrestations dans les villes d’Arich et de Cheikh Zoweid.
D’après l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH),
il s’agirait « d’arrestations arbitraires » dont le nombre se
chiffrerait à 3 000. Le rapport de l’OEDH cite également d’autres
atteintes aux droits de l’homme, dont le fait d’arracher le
voile (le niqab) du visage des femmes dans la rue. Les arrestations
ont lieu pour la plupart dans les mosquées ou directement dans
les maisons. Selon l’OEDH, la police emmène souvent les épouses,
les mères ou sœurs des hommes recherchés pour obliger ces derniers
à se rendre. L’organisation rapporte dans un rapport le témoignage
d’une jeune femme, Imane Ahmad Hamdane, 18 ans. « Dès qu’on
est entrés dans le bureau de la sûreté d’Etat, ils ont enregistré
mon nom dans un cahier et m’ont demandé pourquoi j’étais là,
j’ai répondu pour mon mari. J’ai vu 140 noms enregistrés devant
moi. Le premier jour, personne ne m’a rien demandé mais j’entendais
autour de moi des gens hurler. J’étais installée dans un couloir
avec une quarantaine de femmes dont 5 avaient des nourrissons
avec elles ».
Plusieurs centaines
de prisonniers ont été libérés mais des atteintes subsistent
selon l’OEDH.
Dans une famille
dans laquelle trois frères ont été emmenés puis libérés, l’un
d’eux raconte sous couvert d’anonymat. « On avait les yeux masqués.
Ils m’ont complètement déshabillé, puis ils m’ont attaché les
mains et les pieds et m’ont accroché par les mains. J’étais
debout sur une table. Soudainement, ils ont renversé la table
et m’ont laissé accroché comme ça, pendant six heures ». Les
poignets de cet homme sont rouges violacés, ses bras sont déformés
et il souffre de tics nerveux. Le rapport de l’OEDH (basé sur
le travail d’une délégation qui s’est rendue sur place début
novembre) et celui de trois autres centres (l’Association égyptienne
de lutte contre la torture, le Centre juridique Hicham Moubarak
et le Centre Al-Nadim pour la réhabilitation psychologique de
victimes de la violence, basé sur une visite du 15 au 17 novembre)
citent plusieurs autres témoignages allant dans le même sens.
Le ministère de
l’Intérieur avait annoncé avoir mis la main sur les principaux
responsables des attentats de Taba, dont le Palestinien Iyad
Saleh, décédé en prenant la fuite et reconnu grâce à un test
ADN. Mais selon les organismes des droits de l’homme, les inculpations
contre ces accusés semblent assez fragiles. Selon eux, le communiqué
du ministère de l’Intérieur contredit les précédentes déclarations
des responsables de la sécurité selon lesquels les attentats
avaient été une opération bien préparée, à laquelle avaient
participé des personnes entraînées qui avaient utilisé de la
dynamite.
Selon Diaa Rachwan,
chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram, « les autorités se sont senties prises par surprise
et tentent de construire un réseau d’information sur le groupe
qui a exécuté l’opération. Ce n’est pas le même type d’opérations
que pendant les années quatre-vingt dix en Haute-Egypte, où
il s’agissait de réelles opérations de punition collective,
et où les détenus pouvaient passer des années en prison sans
jamais être soumis à des interrogatoires ».
Le Centre Hicham
Moubarak, l’Association égyptienne contre la torture et le Centre
Al-Nadim ont conduit une délégation chez le procureur général
le mardi 23 novembre ; ils ont également organisé un rassemblement
de protestation devant les bâtiments de la sûreté d’Etat à Héliopolis,
le samedi 27 novembre. Les autorités restent discrètes sur la
question. De source sécuritaire on qualifie « d’exagérées »
les versions des organisations des droits de l’homme. Reconnaissant
des arrestations en grand nombre « mais pas des milliers » ,
la source affirme qu’il s’agit d’une « mesure normale après
un attentat mais que les personnes sont arrêtées pour interrogatoire
puis relâchées » . |