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Egypte-israël.
Mohamad Bassiouni, dernier
ambassadeur égyptien en Israël, affirme que les relations égypto-israéliennes
sont toujours tributaires du processus de paix |
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« La question palestinienne
est le thermomètre de nos relations avec Israël »
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Al-Ahram
Hebdo : Comment définissez-vous les relations actuelles entre
l’Egypte et Israël ?
Mohamad
Bassiouni : Les relations égypto-israéliennes ont toujours
été très spéciales, voire différentes de toute autre relation
bilatérale. Ces liens ont toujours été influencés par le processus
de paix. Autrement dit, notre relation avec Israël dépend
de celle qu’Israël entretient avec les Palestiniens. Si Tel-Aviv
se lance sur la voie de la paix alors les relations avec Le
Caire deviennent plus étroites, mais si c’est le contraire,
c’est-à-dire lorsque l’Etat hébreu massacre le peuple palestinien,
l’Egypte se voit obligée de geler ces relations. C’est dans
ce contexte que le gouvernement égyptien a décidé de rappeler
en 2000 et jusqu’à nos jours son ambassadeur en Israël à la
suite des événements sanglants qui ont eu lieu dans les territoires
palestiniens. Je compare toujours notre relation avec Israël
à un thermomètre. Lorsque la question palestinienne avance,
la température des relations égypto-israéliennes augmente
et vice versa. Il ne faut jamais oublier que lorsque le président
Sadate s’est rendu à Jérusalem, il avait affirmé qu’il était
venu plaider pour une paix totale, et non pas seulement pour
une paix avec les Egyptiens.
—
Pourquoi Le Caire ne nomme-t-il pas un nouvel ambassadeur
à Tel-Aviv ?
—
Tout simplement parce que rien n’a changé. L’Egypte n’enverra
pas d’ambassadeur en Israël tant que les meurtres et la violence
se poursuivront dans les territoires occupés. On ne peut pas
accepter de voir chaque jour les Palestiniens mourir par dizaines
et même centaines et faire semblant de ne rien voir. C’est
de cette question que dépend notre relation avec Israël. L’arrêt
de la violence israélienne est la seule condition qui permettrait
à l’ambassade égyptienne en Israël de reprendre normalement
son travail, sinon la situation restera telle quelle.
—
Quel impact un incident comme celui qui a eu lieu à Rafah
et qui a provoqué la mort de trois soldats égyptiens pourrait
avoir sur ces relations ?
—
Nous avons certes protesté auprès d’Israël à la suite de cet
« accident », qui aura sans doute des conséquences négatives
sur les liens entre les deux pays. Les autorités israéliennes,
notamment le premier ministre Ariel Sharon, ont présenté leurs
excuses et promis d’enquêter sur l’affaire pour savoir si
vraiment il s’agit d’une erreur de la part des soldats israéliens.
L’Egypte réagira donc à la suite de cette enquête, qui normalement
devrait avoir commencé. Pour l’instant, on ne peut rien prévoir.
—
Pourquoi la visite du ministre égyptien des Affaires étrangères
en Israël a-t-elle plusieurs fois été reportée ?
—
Les visites du ministre Aboul-Gheit ont pour seul but de faire
le suivi du processus de paix dans les territoires palestiniens.
Les événements qui ont eu lieu aux deux dates qui avaient
été fixées initialement n’ont pas permis l’achèvement de ces
visites. La première visite a coïncidé avec l’état de santé
du président Yasser Arafat, qui se dégradait, et la seconde
visite a coïncidé avec l’incident de Rafah. L’opinion publique
ne permettait donc pas dans ces deux cas de mener à bout cette
mission. Il fallait simplement attendre le bon moment.
—
De tels incidents à la frontière empêcheraient-ils l’Egypte
de continuer à jouer son rôle de médiateur, notamment après
le décès de Yasser Arafat ?
—
Je préfère appeler cela l’effort égyptien et non le rôle,
d’autant plus que l’Egypte n’est pas simplement un pays médiateur
dans le processus de paix, mais un partenaire. Elle tente
autant que possible d’aider les Palestiniens à réaliser leur
but qui est la fondation d’un Etat indépendant. L’Egypte soutient
les Palestiniens et poursuivra sa mission jusqu’au bout indépendamment
de la disparition du président Arafat. Qu’il s’agisse du dialogue
entre les factions palestiniennes ou de la formation de la
police palestinienne. L’effort de l’Egypte restera le même
car elle a fixé un agenda précis à ce processus de paix bien
avant la mort du président palestinien. Celui-ci est axé sur
trois points : le discours avec les factions palestiniennes
pour régler les différends interpalestiniens ; le respect
par Israël de la Feuille de route afin de créer une atmosphère
favorable à la relance des négociations. Le troisième point
se concentre sur les pays donateurs qui doivent se réunir
à Oslo le 8 décembre pour étudier les demandes des Palestiniens.
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| Propos recueillis
par
Chaïmaa Abdel-Hamid
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| Le
traité de paix et la sécurité des frontières |
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Les récents
incidents à la frontière égypto-israélienne remettent
sur le tapis la modification
du traité de Camp David.
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Une occasion pour demander
la modification de certains articles du traité de paix avec
Israël, voici ce que certains analystes ont vu dans la mort
de trois policiers égyptiens à Rafah par un tir d’obus de char
israélien à partir de la bande de Gaza. Le débat est vif depuis
un certain temps. L’incident, qui continue à susciter la colère
des Egyptiens, n’a fait que le relancer d’autant plus qu’il
ne s’agit pas du premier incident de ce genre depuis les accords
de Camp David en 1979.
En effet, des dizaines de civils
égyptiens logés à la frontière avec Gaza ont été touchés par
des tirs israéliens, par erreur, comme le justifie Israël. Erreurs
peut-être, mais ceci n’empêche que des lacunes existent dans
ce traité de paix égypto-israélien et qui donnent toute la liberté
à Israël de violer l’accord sans craindre ses conséquences.
« Cet accident est considéré comme une infraction aux protocoles
militaires du traité de paix entre l’Egypte et Israël. Bien
plus, à mon avis, il s’agit ici d’une violation intentionnelle
de cet accord de la part d’Israël », estime Salaheddine Sélim,
conseiller du Centre national des études sur le Proche-Orient.
Selon l’accord de paix, comme
l’explique Sélim, Israël ne peut absolument pas introduire des
chars ou de l’artillerie lourde dans la zone dite (D), située
à l’est des frontières avec l’Egypte, allant de la ville d’Arich
à Rafah, et sur une profondeur de 3 kilomètres. Mais, concrètement,
Israël transgresse totalement cet article de l’accord, notamment
depuis le début de la seconde Intifada, il y a quatre ans, en
se centralisant dans cette région avec ses armes lourdes, et
en démolissant des centaines de maisons situées tout au long
du corridor Philadelphie, d’une longueur de 9 kilomètres. Les
accords de Camp David précisent d’une manière rigoureuse la
nature et le volume des forces qui doivent être présentes sur
l’autre côté, c’est-à-dire du côté égyptien, plus précisément
dans le Sinaï.
Le texte limite le nombre des
soldats et le type de matériel militaire autorisé près de la
frontière avec Israël. Il est donc permis à l’Egypte d’avoir
une présence d’unités de police avec des armes légères. « Il
y a alors une sorte de déséquilibre dans l’affaire d’armement
entre l’Egypte et Israël, qui rend fondamentalement incomplète
la souveraineté égyptienne sur le Sinaï et qui marque aussi
un grand fossé dans l’accord, qui doit être réglé », dit Abdallah
Al-Achaal, professeur de droit international. Le texte de Camp
David permet à l’Egypte de disposer uniquement de policiers
dans la zone dite (C), à la frontière avec Israël, tandis que
l’Etat hébreu pourrait avoir des brigades de son armée dans
la zone opposée dite (D). L’éventuel retrait unilatéral d’Israël
de la bande de Gaza avait alimenté l’idée d’un amendement du
traité et qui a été au sein de fortes tractations entre les
deux côtés. Mais elles ont été gelées à la suite de l’assassinat
du cheikh Yassine, chef spirituel du Hamas et qui a coïncidé
avec le 25e anniversaire des accords de Camp David.
Israël aurait dans un premier
temps accepté l’amendement de l’article relatif aux mesures
de sécurité avant de parler d’une clause qui devrait être ajoutée
à l’accord et non la modification de ce dernier, et finalement
il a rejeté les deux réclamant un accord sécuritaire à part.
L’affaire est alors restée sans suite, mais les attentats qui
se sont produits au début du mois à Taba ont mis en exergue
la défaillance sécuritaire égyptienne dans la région, provoquée
par les obligations de l’Egypte vis-à-vis des accords. Les autorités
égyptiennes n’étaient pas en mesure de sécuriser leurs territoires.
Pour assurer un rôle sécuritaire tout au long du corridor Philadelphie
qui sépare Rafah la palestinienne de Rafah l’égyptienne en cas
de retrait israélien de Gaza et pour assurer sa propre sécurité,
l’Egypte voudrait remplacer les forces de police par des garde-frontières,
lesquels ont plus d’expérience en la matière. Elle voudrait
aussi disposer d’armes lourdes dans cette région. Un souhait
réalisable puisque « la clause 4 de l’article 4 du traité du
paix donne à l’Egypte le droit de demander une modification
des situations et des mesures de sécurité dans le Sinaï. Un
droit que Le Caire n’a jusqu’à présent pas utilisé », précise
Sélim, qui ajoute que traditionnellement tout traité international
pourrait être renouvelé ou modifié 25 ans après sa signature.
Mais même si c’est le cas, Al-Achaal
voit mal Israël accepter « facilement le renforcement des forces
de sécurité égyptiennes à ses frontières », et ceci pour des
raisons plus compliquées. Il pense ainsi qu’Israël cherche à
placer l’Egypte dans une situation où elle serait incapable
de sécuriser ses frontières ou du moins une situation où on
le penserait. Et Israël a pour cela la fameuse histoire de tunnels
de contrebande d’armes vers la Palestine et des incidents comme
celui de Taba ou de Rafah. Des incidents qui se produisent normalement
entre les pays voisins et qui restent sans suite, mais entre
Le Caire et Tel-Aviv, ils prouvent que les mesures de sécurité
nécessitent une révision.
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Aliaa Al-Korachi |
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