Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le dossier

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Egypte-israël . Les incidents sporadiques à la frontière et les divergences constantes sur le processus de paix provoquent des frictions diplomatiques. Et surtout témoignent des relations toujours fragiles entre les signataires du premier traité de paix dans la région.
Sur la corde raide

Paix froide comme l’appellent les Egyptiens ou guerre froide selon les Israéliens, telle a toujours été la relation entre Le Caire et Tel-Aviv. Depuis la signature des fameux accords de paix en 1979, il n’y a jamais eu de véritable lune de miel entre les deux pays. Même les jours de relance diplomatique étaient toujours placés sous le signe de la tension. Il suffit un incident comme celui de Rafah où trois policiers égyptiens ont été tués jeudi 18 novembre par des obus de char israélien à la frontière pour dévoiler la fragilité de ces relations. L’accident n’est pas unique en soi. Des Egyptiens et Israéliens avaient été tués par le passé par des tirs d’« erreurs » à la frontière. Le dernier du côté israélien remonte à janvier 2002 lorsqu’un policier égyptien, Sayed Gharib Ahmad, avait été tué par Tsahal, et le plus grave du côté égyptien avait eu lieu en 1985. Un policier égyptien, Soleimane Khater, avait tué sept touristes israéliens à Taba. Des actes que les deux parties continuent à qualifier d’« isolés » d’autant plus que selon les observateurs, ils restent sans aval officiel. La situation historiquement tendue entre les Arabes et Israël pourrait simplement les justifier, et les deux côtés se contentent d’exprimer leurs regrets.

Chaud et froid. tension et calme. « Les relations égypto-israéliennes sont passées par de nombreux problèmes depuis Camp David », explique Emad Gad, rédacteur en chef du magazine Israeli Digest. Il rappelle ainsi comment deux ans uniquement après la rencontre de Sadate-Begin à Washington, les relations ont été mises à mal par le bombardement par Israël de la centrale nucléaire iraqienne en 1981. Un an après, la première rupture diplomatique est intervenue lorsqu’Israël a refusé de se retirer de Taba, et ensuite lorsque Tsahal a envahi le Liban. L’Egypte a alors gelé ses relations encore nouvelles avec l’Etat hébreu et rappelé son ambassadeur de Tel-Aviv avant. Ceci suivi par un accueil par le président Moubarak du leader palestinien Yasser Arafat pour la première fois, un événement qui marquera plus tard les relations égypto-israéliennes. En 1985, l’Egypte récupère Taba et Tsahal se retire de la majorité du territoire libanais, et la situation semble se tourner vers un réchauffement. Mais la première Intifada éclate en 1987, et Israël intensifie ses politiques d’assassinats des Palestiniens.

Pas en avant et deux en arrière. Les rapports n’ont jamais été stables. Gad affirme : « La nature du gouvernement israélien réglementait ces relations. Le Caire s’entendait toujours mieux avec un gouvernement travailliste. Lorsque le Likoud prenait le pouvoir, ceci était alors synonyme de dégradation ». Une normalisation pour la période de l’après-guerre du 6 octobre semble souvent une chimère. « Il existait toujours des parties au niveau officiel ou populaire qui étaient capables de diriger l’avenir des relations entre les deux vers la bonne ou la mauvaise direction », affirme Qadri Saïd, le directeur de la branche militaire au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il rappelle ainsi comment à l’époque de Sadate, deux chefs de la diplomatie égyptienne ont démissionné, l’un pour protester contre sa visite à Jérusalem, et l’autre contre les accords de Camp David. Aujourd’hui, le nombre de touristes israéliens qui ont franchi Taba a doublé en un an (environ 150 000 en 2000, contre 315 000 en 2003), mais l’échange commercial entre les deux pays ne dépasse pas les 49 millions de dollars (26,2 millions de dollars d’importations israéliennes, contre 22,3 millions de dollars d’exportations égyptiennes). Alors que du côté israélien, des responsables et journalistes continuent à lancer des attaques anti-égyptiennes. Appels à bombarder le Haut Barrage ou à récupérer le Sinaï. Des souhaits d’annuler l’aide américaine à l’Egypte qu’ils désignent comme étant le danger qui viendra du sud-est. On la qualifie de tous les maux surtout que le président Moubarak n’a fait de déplacement en Israël que pour les funérailles de Yitzhak Rabin.

Une visite historique d’un chef d’Etat égyptien, comme l’avait fait Sadate en novembre 1977, est un espoir éloigné pour les Israéliens. Une abstention qui les irrite, ils ne le cachent pas. Pas même une visite d’un premier ministre égyptien. Les rares déplacements des responsables égyptiens comme le chef de la diplomatie ou du chef des services secrets sont toujours liés aux efforts de l’Egypte pour la relance du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Il fallait toujours une partie tierce entre Le Caire et Tel-Aviv. les Etats-Unis empêchent en effet la dégradation de leurs relations. Au Caire au moins, les responsables égyptiens ne veulent pas risquer leurs liens stratégiques avec Washington en renvoyant par exemple l’ambassadeur d’Israël même si situation oblige. Le refus égyptien d’exercer une pression sur Arafat concernant la question de la souveraineté sur la Vieille ville de Jérusalem au moment de Camp David II avait déclenché une mini-crise entre Le Caire et Washington.


Une piste à exploiter

Le dossier égypto-israélien n’est en effet jamais considéré indépendamment du volet palestinien. A noter le parrainage égyptien à tout accord palestino-israélien, même si cette position place l’Egypte dans une situation délicate. Israël s’efforce parfois d’exclure l’Egypte du jeu. Il a ainsi tenté de restreindre le rôle égyptien en 1993 lors des accords d’Oslo, et bien après en 1994, lors de la signature de déclaration de principe entre Israéliens et Palestiniens à Washington ou encore au moment de l’accord de paix avec la Jordanie. La position égyptienne n’a jamais fléchi. « Car il ne faut pas perdre l’objectif qui est de récupérer des territoires libérés et d’assurer la sécurité régionale », explique Saïd.

Les multiples attaques israéliennes contre la bande de Gaza ou la Cisjordanie épuisent parfois la patience égyptienne, mais depuis la deuxième Intifada Le Caire s’efforce « de gérer la crise avec beaucoup de modération, voire beaucoup de pragmatisme », estime Saïd, qui pense que Le Caire devrait continuer sur ce chemin, parce qu’il existe « une chance qu’il faut exploiter ; Israël parle d’un retrait de la bande de Gaza, les Etats-Unis sont en difficulté en Iraq et l’Europe cherche un partenaire local actif ». La Palestine est certes le mot-clé entre Egyptiens et Israéliens, mais n’empêche que les observateurs parlent d’une sorte de concurrence égypto-israélienne.

Qui est le plus apte à déterminer l’avenir du Proche-Orient ? D’après Emad Gad, aux yeux des Egyptiens, Israël est une force régionale principale qui mène une expansion par l’arme militaire. Une force nucléaire à ses frontières nord et donc une menace à sa sécurité nationale. Israël adopte un discours non loin éloigné. Cette concurrence prolongée se traduit parfois par les manœuvres militaires menées par les deux parties. Israël se concentre dans cet exercice sur l’Egypte, et les Egyptiens simulent une traversée d’un obstacle maritime. Les points de frictions diplomatiques ne manquent pas. Des affaires d’espionnage ou tout simplement l’appel égyptien à soumettre l’arsenal nucléaire israélien au contrôle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) pour faire de la région « une zone dénucléarisée » ne manque pas de l’alimenter.

Qadri Saïd indique que les funérailles qu’a réservées Le Caire pour le président Arafat ont été un véritable coup de maître égyptien, voire une grande manifestation de force diplomatique.

Samar Al-Gamal

Retour au sommaire
 
Duel égypto-israélien
en perspective
Une diplomatie active de l’Egypte vis-à-vis de la question palestinienne gênerait beaucoup l’Etat hébreu.

Car sans Arafat comme prétexte, Tel-Aviv ne peut plus

remettre tout règlement aux calendes grecques.

Désormais, Israël ne pourra plus se servir de Yasser Arafat pour justifier l’immobilisme dans lequel il a tenu le processus ces dernières années. C’est ainsi que s’est exprimé le président Hosni Moubarak lors de sa visite la semaine dernière en Espagne. S’il s’agissait de rappeler un fait bien connu, à savoir que l’Etat hébreu, en taxant Arafat de terroriste non susceptible d’être un vrai partenaire pour la paix, se dérobait à ses engagements internationaux, il était aussi question des rapports complexes et conflictuels entre Le Caire et Tel-Aviv. Y aura-t-il du nouveau avec la disparition d’Arafat ? Pour Le Caire, le président de l’Autorité palestinienne incarnait la légitimité et la représentativité de la cause palestinienne. Il était aussi une sorte d’obstacle à une relance qui tardait, d’autant plus que tant les Etats-Unis qu’Israël insistaient à le marginaliser. De leur côté, les pays arabes restaient réservés ou du moins sans opinion précise. Saïd Okacha, chef de l’unité des études israéliennes à l’Organisation arabe pour la lutte contre la discrimination, souligne qu’en 2003 et 2004 « il y avait de nombreuses demandes émanant des pays arabes, dont l’Egypte et la Jordanie, de voir Arafat démissionner afin de pouvoir faire pression sur Israël ». Pour lui, Arafat représentait une sorte de « zone tampon ».

D’ailleurs, Le Caire n’a pas manqué de faire un choix préliminaire : le chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Mahmoud Abbass, a obtenu son appui comme celui de l’Onu pour mener à bien l’élection présidentielle palestinienne et éviter des conflits internes. Le fait qu’Abbass ait choisi l’Egypte pour son premier voyage à l’étranger depuis le décès de Yasser Arafat est significatif. La visite d’Abbass, lui-même candidat à la présidence de l’Autorité palestinienne, est d’autant plus importante qu’elle précède celle prévue aujourd’hui en Israël du ministre des Affaires étrangères Ahmad Aboul-Gheit et du chef des services de renseignements égyptiens Omar Soliman. Ce dernier étant somme toute l’homme en charge du dossier égypto-palestino-israélien. Abbass, accompagné du premier ministre palestinien Ahmad Qoreï (alias Abou-Alaa) et du président par intérim de l’Autorité palestinienne, Rawhi Fattouh, se sont entretenus séparément avec le chef d’Etat égyptien Hosni Moubarak et le coordinateur de l’Onu pour le Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, au siège de la présidence égyptienne.

MM. Aboul-Gheit et Soliman vont réitérer les demandes palestiniennes face aux Israéliens, a déclaré le porte-parole de la présidence, Magued Abdel-Fattah, notamment « appliquer la Feuille de route (le dernier plan de paix international pour le Proche-Orient), améliorer les conditions de vie dans les territoires occupés, permettre aux candidats à l’élection de circuler librement et permettre aux habitants de Jérusalem-Est de voter ».

Cette visite attendue ne devrait pas préluder d’une amélioration des relations ou des contacts, si l’on peut dire. « La nouvelle donne mènerait à des tensions avec Israël parce que Sharon ne changera pas sa politique après la mort d’Arafat. Une diplomatie égyptienne suractive mènera à des confrontations certaines », ajoute Okacha. Pour lui, un rôle actif de l’Egypte ne peut que s’inscrire dans le cadre de l’application des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, « ce qu’Israël n’admettra pas ».

Gamal Zahrane, chef de la section des sciences politiques à l’Université du Canal de Suez, considère de son côté que les relations ne subiront pas de grands changements. Ce n’est pas tant le rôle palestinien de l’Egypte que la mort des trois policiers égyptiens sur la frontière qui mènera à une plus grande détérioration, estime-t-il.

Cela dit, Zahrane n’ignore pas le fait que finalement, dans le contentieux égypto-israélien, voire dans tout rapport entre les deux pays, la cause palestinienne restera le dossier le plus épineux. C’est en fait pour tenter de résoudre cette question à l’origine de trois guerres entre l’Egypte et Israël que Sadate a initié de manière spectaculaire le processus de paix. A l’heure actuelle, c’est une diplomatie très difficile que mène l’Egypte pour « tenter de rapprocher les positions. Elle joue un rôle de relations publiques qui tente d’améliorer l’image de chaque partie auprès de l’autre. Ceci sans oublier qu’Israël, soutenu par Bush, reste le plus fort », ajoute Zahrane. Dans ce contexte, le départ d’Arafat changera peu les choses. De toute façon, l’Egypte a opté pour la continuité. Un soutien tacite à Mahmoud Abbass notamment, ou tout autre homme de la composante « modérée », lui donnera des arguments dans son bras de fer avec Israël.

Ahmed Loutfi
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631