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Une rencontre avec Youssef Islam !
Par Mohamed Salmawy

Je ne pensais pas rencontrer dans la capitale italienne Cat Stevens, chanteur de pop britannique converti à l’islam dans les années 1970 et qui s’est choisi le nom de Youssef Islam. On s’est retrouvé en Italie, de la manière la plus étrange, grâce au destin, alors que chacun de nous s’y rendait pour des raisons différentes. Notre rencontre a eu lieu en un endroit à la vue féerique, au Gianicolo, l’une des sept collines surplombant la ville de Rome.

Je me suis rendu à Rome en tant que président du jury du festival Medfilm. Dans le Palais Médicis, se déroulait l’une des plus belles cérémonies du festival. La salle était comble et je vis subitement apparaître Cat Stevens, star britannique de la pop — ou si l’on préfère Youssef Islam comme il se fit appeler par la suite. Il était là pour recevoir le Prix de l’homme de la paix décerné par l’institution internationale Gorbatchev, pour les nombreuses chansons prônant la paix entre les hommes qui ont étayé son parcours et pour ses activités bénévoles au sein de l’association qu’il préside, Small Kindness. Il a tenté tout au long de sa vie de rapprocher les hommes en transcendant les barrières ethniques et religieuses.

L’Egypte, invitée d’honneur de cette édition du Medfilm, était représentée par une délégation de la presse égyptienne : Aymane Al-Hakim, adjoint du rédacteur en chef d’Al-Qahira, Waël Al-Sawaf, de la rubrique Art d’Al-Ahram, et Sahar Salaheddine de la rubrique Art d’Al-Gomhouriya. Je demandai à Aymane Al-Hakim s’il connaissait Youssef Islam. Il répondit par l’affirmative en marquant clairement son étonnement. Il se rappela avoir appris par la presse que les Etats-Unis lui avaient interdit l’entrée sur leur territoire pour des raisons de sécurité.

Aymane Al-Hakim commenta le prix en s’exclamant : « Il semble que Gorbatchev a décidé de défier les Etats-Unis après avoir quitté la présidence de son pays ». Et il me demanda si on pouvait le rencontrer. Je changeai rapidement de casquette et quittai celle de président du jury pour celle de journaliste. Je m’approchai du chanteur et me présentai en anglais. Il me salua en arabe : « Al-Salamou alaykom ». Quelques minutes plus tard, on avait convenu d’un rendez-vous le jour suivant.

Le lendemain, Youssef Islam m’apprit par téléphone qu’il quittait l’Italie quelques heures plus tard et qu’il n’avait que la matinée pour faire un tour dans la ville avec sa famille. Il me proposa alors de les accompagner. Je rétorquai que mes collègues égyptiens aimeraient aussi le rencontrer. Il acquiesça. Et c’est ainsi qu’eut lieu cette rencontre, dans un des lieux publics les plus sublimes que l’on puisse imaginer, surnommé le Lieu des amoureux, situé au sommet de l’une des sept collines de Rome. On y surplombe la capitale depuis la coupole de Saint-Pierre au Vatican à l’Est jusqu’au Colisée.

Ginella Vocca, présidente du jury qui avait rencontré Youssef Islam la veille de la cérémonie, a décidé de nous rejoindre en tant que grande admiratrice du chanteur. Ayant rencontré Youssef Islam, je compris l’enthousiasme de Ginella Vocca. Youssef Islam est un homme de qui émanent sérénité et tranquillité. Selon lui, cela provenait de cette paix intérieure dont l’emplit l’islam. Un état d’âme qu’il n’avait jamais vécu auparavant, même à l’époque où il était au sommet de la célébrité.

Dans cet endroit majestueux au sommet de la colline, le climat inhabituel en cette saison était lui aussi de la partie pour rendre encore plus belle la rencontre.

Il semblait évident que notre première question ait pour sujet les raisons de la conversion à l’islam du chanteur.

Il répondit : « C’est un long périple spirituel qui a débouché sur l’islam. Je suis passé par le christianisme et le bouddhisme pour retrouver enfin ma terre de prédilection. A mon avis, l’islam est intrinsèquement riche de tous les éléments nécessaires à la création d’un monde plus équilibré. Mais les gens se soucient peu de ce que prône l’islam et se tournent plutôt vers des conflits qu’ils font surgir autour de cette grande religion et dans lesquels s’enlisent certains de ses fidèles. Des conflits qui n’ont rien à voir avec la véritable essence de l’islam et de ses nobles principes. En islam, on ne recourt à la guerre qu’en dernier ressort, après l’échec de tous les autres choix. Quant aux principes fondamentaux — la foi en un seul Dieu et la croyance en son prophète, le respect de la vie des êtres humains et de leur dignité — ils sont relégués aux oubliettes ».

Je demandai à Youssef Islam : « Pensez-vous que la culture et les arts peuvent rapprocher les hommes alors que la guerre et la politique ont prouvé leur échec ? La culture est-elle à même de transmettre une image exacte de l’islam ? »

Il répondit : « C’est une question de grande importance. D’autant que ce qui préoccupe le plus les gens c’est leur quotidien dans tous ses détails. La politique, elle, est un langage de conflit. Pour prendre l’exemple de l’Italie, on y retrouve la beauté partout, dans la sculpture et l’architecture. Ce monde de beauté touche les cœurs. La colère, elle n’a de place qu’en politique. Si vous voulez toucher les hommes, ne leur parlez pas en termes politiques, c’est pour eux le langage du conflit. Cependant, communiquer avec eux à travers ce qui peut les toucher au plus profond, c’est-à-dire l’art, est selon moi le meilleur moyen d’entente. A mon avis, l’islam incarne la beauté. Dieu est beau et aime ce qui est beau. C’est notre devoir, à nous les musulmans, de présenter cette image élevée et sublime de notre islam ».

Je fis remarquer : « Pourtant, vous avez abandonné le monde de la musique alors que vous étiez au sommet de la gloire ... ».

Il affirma : « J’ai atteint des cimes d’élévation et de spiritualité à travers l’islam qui m’ont permis de vivre une vie familiale stable après une période de grandes turbulences et de dépravations. Je continue à aimer la musique, mais différemment. Je ne suis pas d’accord avec ces opinions extrémistes qui circulent dans vos pays et qui bannissent l’art. L’art est une belle chose en soi, car il communique essentiellement avec les âmes. C’est le milieu de dépravation dans lequel vivent certains artistes que je refuse ».

J’ai demandé à Youssef Islam de me dire ce qu’il trouvait de plus beau dans l’islam.

Il répondit immédiatement : « C’est cette manière directe qu’a l’islam de communiquer avec la vérité et la justice, qui d’habitude se perdent dans les méandres de l’histoire. En islam, la justice existe pour l’éternité à travers les pages du Coran. Elle est disponible pour tous ceux qui aspirent au droit sans chercher un intermédiaire quelconque et sans l’intervention de personne. Je suis venu à l’islam par moi-même à travers le Coran et sans médiation. J’ai lu le Livre Saint et j’ai eu foi en lui. Cette relation directe avec Dieu est ce qu’il y a de plus beau dans l’islam ».

Je lui demandai quelles sont les difficultés auxquelles l’islam doit faire face aujourd’hui.

Et Youssef Islam de répondre : « Nous passons par une période sans précédent de notre histoire, où les musulmans se sont dispersés, alors que le message divin appelle à l’unité. Il n’en demeure pas moins que les musulmans se sont imposés un exil volontaire qui ne leur est pas bénéfique. C’est l’impasse de l’islam aujourd’hui. Nous avons tous besoin les uns des autres ».

Notre dialogue prit fin trop vite, Youssef Islam devait quitter l’Italie. Avant de nous dire adieu, je l’invitai à se rendre en Egypte. Ce qu’il m’a promis de faire. Et ainsi se termina cette rencontre entre amis sur l’une des cimes du monde, le Gianicolo. Sans savoir ce que nous cache le destin en rencontres imprévisibles ou autres surprises !.

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