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Iraq . Les partisans de la tenue des élections générales à leur date prévue, en janvier prochain, l’emportent. Mais l’insécurité persistante laisse craindre des difficultés d’organisation du scrutin.

Elections à haut risque

Malgré l’insécurité persistante et les difficultés se posant pour la tenue d’élections, un large consensus s’est dessiné en Iraq contre un report des élections générales prévues le 30 janvier, souhaité par une partie de la classe politique alarmée par la poursuite des violences. Loin de régresser, les violences se sont poursuivies la semaine dernière. Deux Marines américains ont été tués dimanche au sud de Bagdad. Il s’agit des premières victimes américaines de l’opération dite Plymouth Rock, lancée le 23 novembre dernier pour venir à bout des rebelles sévissant au sud de la capitale iraqienne, dans une zone appelée le « triangle de la mort ». Dans cette région, les combats ne fléchissent pas, mais les bilans des victimes restent impossibles à vérifier. Alors que la Garde nationale et la police iraqiennes ont fait état de la mort de 17 rebelles dans des accrochages qui ont eu lieu dimanche, l’armée américaine a démenti ce bilan, parlant de trois tués parmi les Iraqiens.

Depuis vendredi, sept soldats américains au total ont trouvé la mort en Iraq, le mois de novembre ayant été l’un des plus meurtriers pour les forces américaines depuis l’invasion du pays en avril 2003. Les violences ont aussi fait sept tués par les soldats américains en trois jours dans la province occidentale d’Al-Anbar et au sud de Bagdad, où trois insurgés ont été abattus dimanche dans le cadre d’une opération anti-rebelles, selon un porte-parole de l’armée américaine.

C’est justement ce climat d’insécurité qui a été évoqué par les partis et organisations qui ont souhaité un report du scrutin. Ces derniers n’ont pourtant pas été convaincants. En effet, après le gouvernement, la Commission électorale, les chefs chiites et les Etats-Unis, le Conseil national iraqien (Parlement intérimaire) s’est prononcé à son tour contre un ajournement des élections. « Un report des élections créerait un vide juridique (...), violerait la loi fondamentale (la Constitution provisoire) et laisserait le gouvernement et le Conseil national sans couverture légale », estime Jawad Al-Maliki, vice-président du Conseil national dans un communiqué. « Nous pensons qu’un report perturberait le processus politique », a dit M. Maliki, en référence à la transition envisagée qui devrait être marquée par le passage d’un gouvernement désigné à des institutions issues d’élections. Evoquant l’insécurité, invoquée par les parties en faveur d’un report du scrutin, le responsable iraqien a estimé que le gouvernement disposait d’un délai raisonnable pour venir à bout des foyers de tension dans le pays. Reporter les élections est un « message d’encouragement aux terroristes et les inciterait à davantage d’actes » de violence, a-t-il ainsi assuré. Rompant avec ce consensus, le ministre du Plan, Mahdi Al-Hafez, proche du sunnite Adnane Pachachi, a affirmé que le gouvernement allait étudier un éventuel ajournement, estimant que cette décision était possible sur le plan légal.

Pour ce qui est du point de vue légal justement, la Constitution provisoire prévoit dans son article 2 que les élections ne peuvent en aucun cas se tenir au-delà de la date du 31 janvier 2005. Elle précise toutefois dans une annexe que le Conseil des ministres peut, avec l’approbation unanime du Conseil présidentiel, promulguer des décrets qui ont force de loi jusqu’à ce qu’ils soient annulés ou amendés par l’exécutif issu des élections.

Le vice-premier ministre, Barham Saleh, a estimé quant à lui que reporter les élections « aurait de sérieuses implications sur le processus politique ». « Ce que j’ai déclaré, et que je vais dire à nouveau, est que s’en tenir à ce calendrier sera difficile, sera un sérieux défi, mais reporter les élections sera plus difficile car cela aura de sérieuses implications sur le processus politique, sur la question de la légitimité », a-t-il déclaré à la BBC.

Toujours dans le but de tenir les élections à la date prévue et pour garantir une large participation à ce scrutin, la conférence de Charm Al-Cheikh, tenue les 22 et 23 novembre, avait prévu dans sa déclaration finale la réunion des différents mouvements politiques iraqiens ayant renoncé à la violence. L’Egypte a ainsi engagé dimanche, lors de la première réunion de suivi de la conférence de Charm Al-Cheikh, des consultations pour la tenue à Bahreïn d’une conférence de réconciliation iraqienne. Mais rien n’est encore sûr.

Abir Taleb

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« Il faut une perspective claire sur le retrait de la force multinationale »

Porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Hervé Ladsous évoque la politique de son pays en Iraq.

Al-Ahram Hebdo : La France a toujours eu une politique différente sur la question iraqienne. Avez-vous reçu un écho favorable à la conférence de Charm Al-Cheikh ?

Hervé Ladsous : Notre souci était celui d’être utile pour faire sortir l’Iraq de ce que le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a appelé le « trou noir ». Pour tenter de faire sortir l’Iraq de cette situation, nous voulions travailler de manière constructive sur plusieurs plans. Le premier point est de continuer à travailler dans le cadre multilatéral. Le second point, c’est ce que nous appelons « l’inclusivité ». Celle-ci se comprend d’abord dans la région. Depuis longtemps nous avons proposé une conférence régionale à laquelle tous les pays de la région participeraient, pour contribuer à renforcer et aider le processus politique. Ensuite, nous parlions « d’inclusivité » en terme intérieur. Nous considérons que le meilleur moyen de renforcer ce processus politique, c’est de renforcer le sentiment d’appropriation que les Iraqiens ont de leur destin. Il faut que les Iraqiens acquièrent davantage le sentiment qu’ils maîtrisent les événements dans leur pays. Ce qui suppose, et cela a été tout le sens des propositions françaises, qu’on associe le plus grand nombre possible des forces politiques iraqiennes et toutes celles qui refusent ou qui en viendraient à refuser la lutte armée ou la violence ; toutes celles qui acceptent d’entrer dans le jeu politique. Or, il y avait l’idée d’une conférence des partis iraqiens. Ça ne se fait pas aujourd’hui mais ça va se faire avant les élections du 30 janvier, nous le souhaitons beaucoup. Pour cela il faut y travailler, il faut y associer le maximum de monde. C’est comme cela que la crédibilité de ce processus s’approfondira. Puis, il y avait un quatrième concept qui se relie au précédent toujours dans le cas de cette notion d’appropriation du processus politique : il faut qu’il y ait une perspective aussi claire que possible sur le retrait de la force multinationale. Et là nous avons toujours dit qu’il ne s’agissait pas de fixer aujourd’hui une date précise. Ce qui est important, vis-à-vis de l’opinion iraqienne, c’est de réaffirmer les engagements qui avaient été pris dans la résolution du Conseil de sécurité, c’est-à-dire un horizon précis à la fin 2005. Pour cela, il y a des références dans la résolution 1 546. Nous pensons que le sujet doit être à nouveau discuté et que des solutions puissent être trouvées.

— Concrètement, comment envisagez-vous l’application de ces idées ?

— Pour la mise en pratique, la conférence élargie, c’est évidement au gouvernement iraqien de la réaliser avec l’appui de la communauté internationale. Ceci est quelque chose qui doit se faire rapidement et qui devrait se faire avant les élections, dont l’objectif est d’avoir le plus grand nombre possible d’électeurs se présentant aux urnes. Dans notre esprit, nous pensons à tous les groupes, tous les partis pourront participer à cette réunion, dès lors qu’ils refusent la violence et sont dans le jeu politique.

— Comment l’Europe, notamment la France, pourrait-elle participer à la promotion du dialogue entre les parties iraqiennes ?

— Ceci revient d’abord aux Iraqiens eux-mêmes. Mais je crois que le simple fait qu’il y ait un signal unanime qui est lancé par la communauté internationale à l’occasion de la conférence de Charm Al-Cheikh, ne peut pas passer inaperçu. Un si grand nombre de pays représentant toutes les régions du monde, des pays et des organisations ayant un grand poids. Je crois que c’est un signal très fort et nous espérons qu’il sera entendu.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

 

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