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Francophonie . Les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Ouagadougou, au Burkina-Faso, vendredi et samedi derniers, ont multiplié les appels au dialogue en Côte-d’Ivoire tout en écartant toute solution militaire au conflit.
Mobilisation sur le conflit ivoirien

Si le Xe sommet de la Francophonie tenu à Ouagadougou, au Burkina-Faso, vendredi et samedi derniers, était réuni sur le thème « Un espace solidaire pour un développement durable », la crise ivoirienne a été longuement évoquée par la plupart des orateurs qui ont dénoncé les risques que présente ce conflit pour l’ensemble de la région.

Grand absent du sommet, le président ivoirien Laurent Gbagbo, qui a boycotté le sommet, préférant se faire représenter par sa ministre de la Culture et de la Francophonie, Anne Malan Messou.

Le sommet a critiqué le régime de la Côte-d’Ivoire et réclamé une « stricte application » des accords de paix dans ce pays divisé entre zones rebelle et gouvernementale.

Les accords de « Marcoussis (janvier 2003) et Accra III (juillet dernier) constituent la seule voie pour une réconciliation durable en Côte-d’Ivoire », et les dirigeants francophones réunis pendant deux jours dans la capitale burkinabé « exigent leur stricte application », indique une résolution spéciale adoptée à l’issue de ce Xe sommet. Les dirigeants « condamnent fermement les attaques meurtrières provoquées par les Fanci (Forces armées ivoiriennes) au nord de la Côte-d’Ivoire, y compris contre la force Licorne (forces françaises d’interposition) agissant sous mandat des Nations-Unies », poursuit la résolution. Ils dénoncent également « les exactions perpétrées contre les ressortissants étrangers et la population civile en général ».

De son côté, le président français Jacques Chirac a réussi, sans difficulté, à mobiliser la famille francophone pour inciter le gouvernement et les rebelles à renouer le dialogue en Côte-d’Ivoire. Mais l’absence de tout représentant ivoirien de haut niveau a montré que la partie était encore loin d’être gagnée.

Chirac a ainsi mis à profit la réunion au sommet d’une quarantaine de dirigeants, dont 27 Africains, pour adresser un message « ferme et amical » à la Côte-d’Ivoire, longtemps membre exemplaire du club francophone. « A la fois pour que les parties renoncent à la politique du pire et à la violence, à l’illusion de la solution militaire et renouent avec le dialogue, seul chemin vers la paix », a-t-il dit. Il a tenu à redire « solennellement que la France est l’amie de la Côte-d’Ivoire. Elle n’est pas là pour imposer sa propre paix, mais pour tenter d’éviter la guerre civile et le chaos ».

Le 6 novembre, des manifestations anti-françaises avaient éclaté à Abidjan après la destruction de l’aviation ivoirienne par la France, en riposte à un bombardement gouvernemental en zone rebelle (nord du pays) ayant tué neuf soldats français et un civil américain. Ces manifestations ont provoqué le départ de plus de 8 000 Occidentaux, dont une grande majorité de Français.

S’il n’y a pas eu de contacts politiques directs avec les dirigeants ivoiriens, Jacques Chirac a multiplié les entretiens et contacts informels, principalement sur la crise en Côte-d’Ivoire. Il s’est notamment entretenu avec le président en exercice de l’Union africaine, le président nigérian Olusegun Obasanjo, et avec le président burkinabé Blaise Compaoré, hôte du sommet.

« Nous sommes tous gravement préoccupés par la situation en Côte-d’Ivoire, il n’y a qu’une solution politique, les moyens militaires ne peuvent rien régler », a déclaré en écho le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf.

Au-delà des mots, qui sont les mêmes que ceux de l’Union africaine ou de l’Onu, Paris compte beaucoup sur « l’engagement personnel » de la quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement pour ramener les parties sur le chemin de la paix. Pour Paris, il est impératif d’utiliser les quelques jours restant avant la réunion du 10 décembre du Conseil de sécurité de l’Onu, qui décidera de nouvelles sanctions si le gouvernement et les rebelles n’ont pas repris le processus de réconciliation nationale. Le conseil a voté le 15 novembre un embargo immédiat sur les armes en Côte-d’Ivoire et, à compter du 15 décembre, le gel des avoirs et des restrictions de déplacement à l’encontre de personnalités entravant le processus de paix .

Chérif Albert
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