Grand
absent du sommet, le président ivoirien Laurent Gbagbo, qui
a boycotté le sommet, préférant se faire représenter par sa
ministre de la Culture et de la Francophonie, Anne Malan Messou.
Le sommet a critiqué le régime de la Côte-d’Ivoire
et réclamé une « stricte application » des accords de paix
dans ce pays divisé entre zones rebelle et gouvernementale.
Les accords de « Marcoussis (janvier 2003)
et Accra III (juillet dernier) constituent la seule voie pour
une réconciliation durable en Côte-d’Ivoire », et les dirigeants
francophones réunis pendant deux jours dans la capitale burkinabé
« exigent leur stricte application », indique une résolution
spéciale adoptée à l’issue de ce Xe sommet. Les dirigeants
« condamnent fermement les attaques meurtrières provoquées
par les Fanci (Forces armées ivoiriennes) au nord de la Côte-d’Ivoire,
y compris contre la force Licorne (forces françaises d’interposition)
agissant sous mandat des Nations-Unies », poursuit la résolution.
Ils dénoncent également « les exactions perpétrées contre
les ressortissants étrangers et la population civile en général
».
De son côté, le président français Jacques
Chirac a réussi, sans difficulté, à mobiliser la famille francophone
pour inciter le gouvernement et les rebelles à renouer le
dialogue en Côte-d’Ivoire. Mais l’absence de tout représentant
ivoirien de haut niveau a montré que la partie était encore
loin d’être gagnée.
Chirac a ainsi mis à profit la réunion au
sommet d’une quarantaine de dirigeants, dont 27 Africains,
pour adresser un message « ferme et amical » à la Côte-d’Ivoire,
longtemps membre exemplaire du club francophone. « A la fois
pour que les parties renoncent à la politique du pire et à
la violence, à l’illusion de la solution militaire et renouent
avec le dialogue, seul chemin vers la paix », a-t-il dit.
Il a tenu à redire « solennellement que la France est l’amie
de la Côte-d’Ivoire. Elle n’est pas là pour imposer sa propre
paix, mais pour tenter d’éviter la guerre civile et le chaos
».
Le 6 novembre, des manifestations anti-françaises
avaient éclaté à Abidjan après la destruction de l’aviation
ivoirienne par la France, en riposte à un bombardement gouvernemental
en zone rebelle (nord du pays) ayant tué neuf soldats français
et un civil américain. Ces manifestations ont provoqué le
départ de plus de 8 000 Occidentaux, dont une grande majorité
de Français.
S’il n’y a pas eu de contacts politiques
directs avec les dirigeants ivoiriens, Jacques Chirac a multiplié
les entretiens et contacts informels, principalement sur la
crise en Côte-d’Ivoire. Il s’est notamment entretenu avec
le président en exercice de l’Union africaine, le président
nigérian Olusegun Obasanjo, et avec le président burkinabé
Blaise Compaoré, hôte du sommet.
« Nous sommes tous gravement préoccupés par
la situation en Côte-d’Ivoire, il n’y a qu’une solution politique,
les moyens militaires ne peuvent rien régler », a déclaré
en écho le secrétaire général de l’Organisation internationale
de la Francophonie, Abdou Diouf.
Au-delà des mots, qui sont les mêmes que
ceux de l’Union africaine ou de l’Onu, Paris compte beaucoup
sur « l’engagement personnel » de la quarantaine de chefs
d’Etat et de gouvernement pour ramener les parties sur le
chemin de la paix. Pour Paris, il est impératif d’utiliser
les quelques jours restant avant la réunion du 10 décembre
du Conseil de sécurité de l’Onu, qui décidera de nouvelles
sanctions si le gouvernement et les rebelles n’ont pas repris
le processus de réconciliation nationale. Le conseil a voté
le 15 novembre un embargo immédiat sur les armes en Côte-d’Ivoire
et, à compter du 15 décembre, le gel des avoirs et des restrictions
de déplacement à l’encontre de personnalités entravant le
processus de paix .