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Conférence
. A l’heure où la mondialisation tend à uniformiser les cultures,
les « coalitions pour
la diversité culturelle » se sont réunies du 21 au 23 novembre
au Burkina-Faso, en marge du sommet de la Francophonie.
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La bataille de la diversité culturelle
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Ouahigouya,
De notre envoyée spéciale —
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En
marge du Xe sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la
Francophonie et sous le parrainage de l’Agence intergouvernementale
de la Francophonie, le Comité International de Liaison des coalitions
(CIL) pour la diversité culturelle (qui regroupe à ce jour 19
coalitions dans le monde), dont le secrétariat est assuré par
les coalitions française et canadienne, a organisé une rencontre
à Ouahigouya du 21 au 23 novembre 2004 des organisations professionnelles
représentatives de tous les secteurs d’activités de création
(cinéma, musique, spectacle vivant, littérature, télévision,
radio, etc.). Laquelle réunion avait pour objectif de débattre
de l’impact des négociations commerciales en cours sur la culture
et le développement des industries nationales, et d’émettre
un commentaire sur l’initiative d’une convention à l’Unesco
sur la protection des cultures qui sera adoptée en octobre 2005
avant les assises de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce)
prévues la même année.
Les débats ont
porté sur deux dossiers importants, à savoir comment défendre
le rôle fondamental de chaque Etat de déterminer et d’aider
les politiques culturelles. Tout Etat doit pouvoir affirmer
son droit de soutenir et protéger les industries nationales
et leur assurer une circulation et une diffusion équilibrées.
Or, ce choix est remis en cause par les accords multilatéraux
ou bilatéraux de l’OMC.
Le second dossier
consiste à étudier l’efficacité du texte de l’avant-projet de
convention sur la diversité culturelle de l’Unesco et négocier
ce que les coalitions exigent de celle-ci. Le but de cette convention
est d’assurer le droit fondamental des Etats d’adopter les politiques
culturelles qui leur sont adéquates et soutenir leurs productions
nationales pour un véritable échange national et international
équilibré. Elle vient combler un vide juridique international
dans ce domaine en particulier, parce que la culture n’a pas
sa place dans les accords commerciaux. |
La main basse d’Hollywood |
| La rencontre
des coalitions a commencé par une introduction sur la problématique
culture-commerce. Dans un contexte de mondialisation, l’accès
aux œuvres des créateurs locaux est entravé et également l’accès
à une plus large diversité des œuvres des autres pays. Mais
le lien entre création et production ne peut être assuré sans
des infrastructures de production et de financement. L’existence
de ces infrastructures est la condition première pour permettre
la circulation des biens culturels. Or, le déséquilibre du commerce
entrave le développement de telles infrastructures et provoque
des inégalités au niveau des capacités de production et de diffusion
de chaque pays.
Par exemple, dans
le monde, cinq multinationales situées à Hollywood concentrent
la majorité des ressources dans leurs mains et dominent le marché
mondial par leurs productions. Elles produisent 200 films par
an. Chaque film coûte 90 millions de dollars environ, et 35
millions de dollars sont réservés à la promotion de sa commercialisation.
La moitié des recettes de ce film provient de l’étranger. Depuis
la seconde guerre mondiale, la dépendance de Hollywood du marché
extérieur s’est accrue. Si elle lâche aujourd’hui ce marché,
elle fera faillite. En Australie, l’Amérique contrôle 25 % du
marché du film. Vu l’augmentation des coûts de production des
films, qui va s’accentuant, elle cherche à disposer de 86 %
de la part de marché dans ce pays. Pour faire contrepoids vis-à-vis
des multinationales américaines, la France et le Canada ont
des politiques culturelles qui visent à apporter un soutien
à la création et la production nationales. Le Canada impose
un système de quotas de sorte que 60 % du contenu des produits
audiovisuels soient canadiens et les 40 % restants soient réservés
aux produits étrangers, facilitant leur accès à son espace culturel.
Si les règles du commerce s’appliquent littéralement au Canada,
ce système de quotas deviendra illégal. Dans beaucoup d’autres
pays, de petites et moyennes entreprises font des films à un
stade artisanal, où souvent le réalisateur cumule les fonctions
de production et de distribution. Mais dans un contexte d’idéologie
néo-libérale et de concurrence inégale avec des produits américains
de meilleure qualité, les films de ces entreprises ne sont pas
rentabilisés. Pour mettre un tant soit peu d’équilibre dans
les conditions de production, les Etats doivent accorder des
aides et des soutiens financiers aux entreprises nationales
et imposer des réglementations de parts de marché. L’essentiel
est de promouvoir la création nationale, de permettre à l’imagination
et au génie des créateurs de se déployer et de s’épanouir.
Actuellement, un
débat est mené partout, notamment en Europe où des cinéastes
comme Tavernier et Shlondorf réclament l’exception culturelle.
D’après eux, les biens culturels ne doivent pas être assimilés
aux marchandises. |
Un plan de contre-attaque |
| Or, comme le
secteur culturel est dynamique et rapporte énormément aux Etats-Unis,
ceux-ci se défendent davantage dans ce champ. Ils ont choisi
quelques pays-clés pour conclure avec eux des accords bilatéraux
de commerce. Selon ces accords, le pays signataire s’engage
à une libéralisation progressive de tous ses services, y compris
le service audiovisuel, supprimant les quotas. D’autre part,
selon les accords commerciaux de l’OMC, les pays signataires
doivent appliquer le même système d’aides aux productions nationales
à celles des autres pays riches. C’est à ce titre qu’ils seront
amenés à aider la société Sony du Japon ou la Warner américaine.
De même, d’après ces accords, l’aide que la France accorde aux
productions des pays africains en difficulté, sans laquelle
elles n’auraient pas existé, va devoir être supprimée. Les accords
de coproduction entre la France et d’autres pays peuvent s’éteindre.
Par ailleurs, dans
les accords bilatéraux qu’ils négocient avec le Chili, le Mexique,
la Colombie, l’Algérie, la Thaïlande, la Corée et d’autres coins
d’Afrique et d’Asie, les Etats-Unis cherchent à leur dicter
les politiques culturelles à décréter, appliquer et faire durer,
en leur imposant une sorte de statu quo. Par exemple, si un
Etat veut conserver 55 % de parts de marché à son contenu culturel,
il ne peut plus modifier ce pourcentage. Or, les politiques
culturelles sont susceptibles de changer naturellement tous
les cinq ou dix ans. Ce modèle de restriction, l’Amérique l’impose
aux accords bilatéraux et va l’étendre à l’ensemble des pays
membres de l’OMC.
Sentant cette menace
d’uniformisation, les représentants des coalitions réunies ont
souligné la nécessité de s’impliquer dans les projets culturels
de leurs pays, d’organiser la concertation entre leurs ministres
de la Culture, des Affaires étrangères et du Commerce en domaine
de culture avant la conclusion ou la signature d’un accord commercial
bilatéral ou multilatéral avec d’autres pays. De même face à
un jeu américain subtil, les coalitions ont mis l’accent sur
le besoin de faire peser les intérêts sociolinguistiques et
environnementaux. Elles ont fait observer qu’il ne suffit pas
d’imposer des quotas de contenus culturels, qu’il faut aussi
remplir les quotas de produits culturels en créant des systèmes
d’aides et des structures d’appui et de financement des entreprises
de création, d’édition et de distribution dans chaque pays.
Il est important de produire nationalement car c’est un enjeu
qui dépasse de loin la mondialisation. La culture permet à un
pays de réfléchir et de se projeter dans l’avenir.
Après ce tour d’horizon
culturel, les coalitions ont fait parvenir à la réunion des
ministres au Sommet de la Francophonie une déclaration finale
qui stipule que les biens et services culturels sont des vecteurs
de l’identité des peuples et ne peuvent donc pas être assimilés
à de simples marchandises. Et que l’accès à une offre diversifiée
de contenus culturels nationaux een provenance de toutes les
régions du monde est un droit fondamental de chaque citoyen.
En dernier, la
déclaration souligne que seule la mise en œuvre de politiques
culturelles nationales peut permettre le développement d’une
production culturelle dans chaque pays et rendre ainsi possible
cette diversité de l’offre.
Pour ce faire,
les Etats membres de l’Organisation internationale de la Francophonie
devraient selon la déclaration continuer à œuvrer à l’adoption
de la convention sur la diversité des contenus culturels et
des expressions artistiques dès la 33e Conférence générale de
l’Unesco. Et s’abstenir de prendre tout engagement de libéralisation
touchant à la culture dans le cadre de négociations commerciales
d’ici l’adoption de ladite convention. Celle-ci doit être une
convention forte dotée d’un statut juridique équivalent à celui
des autres instruments internationaux et préservant effectivement
la diversité culturelle. Elle doit servir de point de référence
en ce qui concerne les mesures que les Etats peuvent prendre
pour assurer une diversité des contenus culturels et des expressions
artistiques. Cette question est traitée à l’article 19 de l’avant-projet
de la convention, qui présente deux options possibles pour définir
la relation entre cette convention et d’autres instruments internationaux.
Des deux choix proposés, les coalitions ont exhorté les Etats
membres de l’Unesco à retenir l’option A comme point de départ,
mais leur ont recommandé d’en amender la rédaction actuelle
afin de laisser aux Etats la latitude d’adopter des mesures
en vue de poursuivre des politiques culturelles en faveur de
la diversité culturelle dans des situations, où certains d’entre
eux auront précédemment pris des engagements de libéralisation
de la culture dans d’autres instruments internationaux.
Elles leur ont
aussi recommandé de modifier l’article 16 de sorte qu’il prévoie
explicitement la mise en place d’un Fonds international de développement
et de promotion de la diversité culturelle auquel devraient
participer tous les Etats parties à la convention, et auquel
pourraient être associées les organisations professionnelles
de la culture. Enfin, l’article 24, portant sur le règlement
des différends, devrait ouvrir la possibilité pour une des parties
de recourir à la procédure d’arbitrage ou de saisir seule la
Cour internationale de justice en cas d’échec de la procédure
de médiation. Les coalitions ont proposé aussi que la convention
soit rebaptisée « Convention sur la protection, la promotion
et le développement de la diversité des contenus culturels et
des expressions artistiques ». Les représentants des Etats membres
de l’Organisation internationale de la Francophonie ont accueilli
favorablement ces suggestions renforçant les dispositions de
la convention et se sont engagés à les prendre en considération
lors de leurs négociations pour son adoption en automne 2005
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Amina Hassan |
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Le Comité International
de Liaison (CIL) des coalitions pour la diversité culturelle
a été créé en mars 2003 pour faciliter la coopération et le
développement des positions et d’actions communes entre les
coalitions nationales existantes pour la diversité culturelle.
Lors de la réunion du Conseil exécutif de l’Unesco en avril
2004, le CIL s’est vu accorder le statut d’observateur durant
le processus d’élaboration de la Convention sur la protection
de la diversité des contenus culturels. C’est à ce titre qu’il
participera aux trois sessions de négociations internationales
prévues pour l’élaboration de cette Convention.
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