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Thessalonique,
De notre envoyé
spécial —
Le Festival international
du film de Thessalonique a fêté cette année son 45e anniversaire.
Un vieux festival donc qui a joué un rôle prépondérant dans
le développement du cinéma dans les pays des Balkans et qui
se taille aujourd’hui une place remarquable parmi les grands
festivals du cinéma. Les ingrédients du succès de cette édition,
qui s’est tenue du 18 au 28 novembre, étaient rassemblés dans
une programmation exceptionnelle mélangeant les contributions
des nouveaux talents et celles des grands
maîtres. Le critique Michel Demopoulos, directeur du festival
depuis plus de dix ans, a en effet réussi à le placer parmi
les dix plus grands festivals du monde. Avec 800 invités dont
une centaine de journalistes et de critiques et plus de 200
longs métrages, la programmation a illustré les différents styles
cinématographiques de par le monde. De gros plans sur les nouveaux
talents de l’Argentine, la Russie, la France et les pays des
Balkans ont accompagné les rétrospectives de l’Iranien Kiarostami,
du Japonais Kyoshi Kurasawa et de l’Espagnol Victor Erice pour
ne citer que ceux-là. Malgré l’absence quasi totale des films
arabes et africains, les sujets traitant de leurs causes étaient
très présents sur écran. Le film israélien Promised Land (La
Terre promise), d’Amos Gitai, a reçu la plus grande part d’intérêt.
Le nom de son réalisateur, connu pour être l’un des plus controversés,
était capable à lui seul d’attiser les débats. Ayant souvent
pris des positions anti-sionistes, Gitaï — ami de plusieurs
cinéastes égyptiens — ne cesse de critiquer l’extrémisme juif
et la corruption de l’Etat hébreu, notamment à travers ses films
Kadoch, Kedma et Kippur. Dans Promised Land, il s’attaque au
rêve juif de base. Le film raconte l’infiltration d’un groupe
de filles russes à la frontière égypto-israélienne, pour être
vendues aux commerçants de la traite des blancs. De courts plans
serrés, en caméra portée dans l’obscurité quasi complète, marquent
le style documentaire du début du film. On bat les filles, on
les force à se dévêtir agressivement devant les commerçants.
Une seule d’entre elles, Diana, crie et refuse de se déshabiller.
Puis, avec l’aide des Palestiniens de Ramallah, les filles sont
transportées à bord d’un hôtel-bateau à Eilat. Là-bas, on les
déshabille de nouveau pour les laver nues en groupe. Diana fait
la connaissance de Rose et lui demande tout d’un coup de l’aider
à s’évader. Rose lui dit qu’elle n’y peut rien. Le style du
film montrait à chaque plan comment ces filles sont traitées
comme des animaux
et plus tard comme des objets de « plaisir ». En route vers
Haïfa, où elles vont travailler dans le cabaret de la Terre
Promise, Diana est violée tandis que Rose se réjouit de faire
l’amour avec l’un des commerçants. Petit à petit, on découvre
que Rose n’est qu’un personnage fictif, imaginé par Diana. Celle-ci
se rappelle son passé et prédit son avenir, avec l’aide de sa
copine imaginaire. Une explosion frappe « la Terre Promise ».
Les filles de joie accourent nues dans le feu (comme en enfer).
Et puis, Rose et Diana se trouvent sur l’autoroute, ayant pris
la fuite. Le film haut en symboles révèle clairement que la
liberté est de sortir de la Terre Promise. Toutefois, Amos Gitaï
n’oublie jamais qu’il est un Israélien fidèle, à même de prendre
des positions « sévères » vis-à-vis de l’Egypte. Au début du
film, les filles russes sont transportées par des bédouins du
Sinaï lesquels signalent sans raison dramatique : « On vit ici
depuis toujours. On a vu venir les Turcs, les Anglais, les juifs,
puis les Egyptiens. Nous sommes toujours les mêmes. Le désert
c’est notre pays ». On voit l’un des bédouins violer les filles,
et un autre prétendre que la traite des blancs se fait via Le
Caire et Port-Saïd. Puis ce sont les bédouins qui contrôlent
la vente aux enchères à la frontière égypto-israélienne. Gitaï
— vu comme un libéral par plusieurs — s’est permis d’adopter
des idées « déformées » sur la non appartenance des bédouins
à l’Egypte et sur l’état du contrôle sécuritaire à la frontière.
Le deuxième film
qui a fait tabac est Cool, du Néerlandais Theo Van Gogh, assassiné
le mois dernier par un islamiste à Amsterdam. La lettre laissée
sur le cadavre du réalisateur a annoncé que la raison du crime
est le préjudice porté à l’islam par son avant-dernier film
Submission (Soumission). Ce meurtre a poussé le festival à dédier
sa section « Nouveaux horizons » à Theo Van Gogh. D’où l’intérêt
de son dernier film, Cool, abordant l’intégration des jeunes
Marocains dans la société néerlandaise. Le film raconte l’histoire
d’un gang de jeunes, spécialistes du vol armé. Arrêtés au début
du film, ils passent 18 mois dans un internat. La bande regroupe
entre autres des gangs originaires du Maroc et des Caraïbes,
mais a comme chef un jeune Néerlandais blanc, qui lui ne s’est
pas fait arrêter. C’est l’antihéros du film que le spectateur
déteste et dont la mort procure un effet de catharsis. Car il
est l’incarnation du démon, alors que les quatre personnages
marocains ont des qualités humaines. Faut-il les considérer
comme des Néerlandais ? Des Marocains berbères et non des Arabes
? Le réalisateur soulève tant de questions à travers ses personnages
; il montre une fille voilée sur l’une des séquences, signalant
qu’elle est belle sans aucun signe de non respect pour son voile.
Theo Van Gogh n’a pas attaqué les Arabes ou les musulmans dans
ce film, même si ses autres films ont été assez critiques à
leur égard. Son assassinat n’a pas résolu la question, il lui
a valu cet hommage que lui a rendu le Festival de Thessalonique,
pour défendre la liberté d’expression. Un geste que le Festival
du Caire aurait dû peut-être adopter .
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