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Investissements . Lors de la conférence Egypt Invest, qui a eu lieu au Caire les 24 et 25 novembre, les investisseurs ont manifesté leur confiance à l’égard du gouvernement Nazif. Mais en pratique, l’afflux des capitaux se fait toujours attendre.
Un enthousiasme mêlé de prudence
Pendant les deux jours de la conférence Egypt Invest, tenue au Caire pour la deuxième année consécutive et organisée les 24 et 25 novembre dernier par l’Autorité générale de l’investissement (GAFI), les grands obstacles qui se présentent à l’investissement en Egypte ont été discutés. Contrairement à l’année dernière, où aucun ministre n’avait assisté à la conférence, cette fois le premier ministre, ainsi que les ministres de l’Investissement, de l’Industrie et du Commerce extérieur, des Finances et du Pétrole ont tous tenu à être présents. Ils y ont réitéré leurs programmes de reformes, annoncés un mois après leur arrivée au pouvoir, en juillet dernier. Ces programmes, qui ont commencé à prendre forme, sont notamment relatifs à deux des plus grands soucis des investisseurs : les systèmes douanier et fiscal.

Cependant, les discussions ont montré que deux autres grands problèmes demeurent encore irrésolus. En premier lieu, les investisseurs se plaignent des procédures difficiles de déclaration de faillite des entreprises, qui peuvent durer jusqu’à 8 ans. D’autant plus que « le coût de la fermeture d’un projet est trop élevé en Egypte. Selon la loi actuelle organisant la sortie du marché, un investisseur étranger perd la totalité de son capital », comme le note Joseph S. Ryan Jr., directeur associé pour les politiques relatives au secteur privé à la mission de l’Aide américaine au développement. A cet égard, Ziyad Bahaeddine, président du Gafi, avoue qu’un amendement de la loi ne sera pas adopté de sitôt (voir entretien).

La question de la main-d’œuvre représente l’autre obstacle à l’investissement. Même si l’Egypte est réputée pour sa main-d’œuvre peu coûteuse, « les multinationales cherchent désormais une vaste base d’une main-d’œuvre qualifiée et éduquée », comme l’a indiqué David Dyas, vice-président et directeur général de Xerox, signalant implicitement que cela fait défaut dans le cas égyptien. Or, le premier ministre l’avait avoué pendant son discours inaugural et a promis de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour remédier à ce problème.

En réponse à cela, un groupe de grands investisseurs nationaux, tous partisans du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), n’a pas manqué l’occasion d’exprimer son soutien à la nouvelle équipe ministérielle. Mohamad Mansour, PDG du groupe Mansour, propriétaire d’une chaîne de supermarchés qui investit notamment dans l’assemblage des véhicules, ainsi que dans le tabac, partage leur avis. « Il y a trois ans que je n’ai pas mis un sou dans le pays, aujourd’hui il est possible que je change d’avis », exprime-t-il.

Mais il semble qu’à ce jour, l’enthousiasme envers le gouvernement Nazif ne se soit pas encore observé concrètement sous forme d’une hausse des investissements. Ce que dit Mansour le prouve, tout comme ce qu’affirme un autre homme d’affaires, Ossama Al-Chérif, président de la société de développement du port Sokhna, premier port privé d’Egypte. Celui-ci a exprimé son estime vis-à-vis du nouveau cabinet, tout en délivrant le même message : pas de nouveaux investissements pour le moment. En 2005, aura lieu une faible expansion du port qui coûtera un peu plus d’un million de L.E. Car pour Al-Chérif, le grand bond de l’investissement n’aura pas lieu avant 2010. « Il est encore trop tôt pour qu’une hausse importante soit ressentie », renchérit Paul Mansley, directeur de Development Option, un des sponsors principaux de la conférence.


Le cercle n’est pas vicieux

Les investisseurs égyptiens attendent semble-t-il d’être rassurés avant de placer leur argent en Egypte. Tandis que les investisseurs étrangers attendent de leur côté qu’ils montrent des signes de confiance envers les nouvelles politiques gouvernementales.

Le cercle n’est heureusement pas vicieux. Plusieurs conseillers économiques du gouvernement soulignent que la relance doit être initiée localement. Mona Zoulfoqar, conseillère juridique de plusieurs multinationales opérant en Egypte, approuve cette approche. « Lorsque les Egyptiens investiront dans leur propre pays, cela sera un indice déterminant pour les étrangers », estime-t-elle. Surtout que la position égyptienne sur la carte des IED (Investissements Etrangers Directs) est loin de faire des envieux. Le niveau de l’investissement en 2003 a été le plus bas depuis 25 ans. Et en 2002 et 2003, l’Egypte n’a pas figuré sur la liste des 10 pays les plus attirants pour les IED d’Afrique, précédée par des pays comme le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Ouganda et le Soudan. Des pays que l’Egypte précédait en 1997-98.

Par contre, des expériences positives étrangères citées lors de la conférence ont réussi à attirer des IED via des entrepreneurs locaux. Khalil Hamdani, chef des politiques d’investissement au sein de la CNUCED, après avoir dressé un bilan négatif des politiques égyptiennes passées, a souligné l’importance des investisseurs actuels : « En Irlande comme en Ecosse, les politiques d’investissements ont encouragé les entreprises déjà existantes à augmenter leurs capitaux et en même temps à rechercher des partenaires étrangers. Cela a conduit à une hausse spectaculaire des investissements, dont 50 % revient aux IED reçus grâce à ces alliances ».

La bonne nouvelle est que le gouvernement est conscient de l’importance d’un tel partenariat. Ainsi, Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement, a tenté de mettre en appétit les investisseurs nationaux et étrangers en annonçant que le gouvernement était déterminé à relancer le programme de privatisation. Et pour donner l’impression que le mécanisme est mis en place, il a annoncé que sur un court délai de cinq mois, il a réussi à conclure la vente de la part publique de deux entreprises et que deux autres ventes sont actuellement en négociations. « Il s’agit de deux transactions énormes, dont l’une d’elles à hauteur de 500 millions de L.E. et l’autre de 200 millions de L.E. », a-t-il dévoilé. Deux entreprises mises en vente sur 14, cela n’est-il pas trop maigre ? Mohieddine répond que non. « Il faudra attendre encore un peu avant que la valeur des autres entreprises restantes soit calculée ». Tout en avouant que de nombreux investisseurs ont contacté les sociétés holdings pour s’informer de la situation de ces entreprises, sans pour autant présenter des offres d’achat.

Il reste donc au gouvernement Nazif à prouver qu’il possède les moyens de son ambition.

Ida Ghali
Salma Hussein

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3 questions à
Ziyad Bahaeddine, nouveau président de l’Autorité générale de l’investissement et des zones franches (GAFI).

Al-Ahram Hebdo : Votre plan de réforme transforme la GAFI en un organisme de promotion de l’investissement. Pourquoi lui ôter son rôle de régulateur ?

Ziad Bahaeddine : Pas du tout. Je vise à éviter toute intervention de la GAFI en un organisme de prise de décision concernant l’investissement. Par exemple, pour qu’un investisseur puisse augmenter son capital, il doit avoir l’autorisation de la GAFI. Il passe un mauvais moment à essayer de convaincre les fonctionnaires que cette hausse est absolument indispensable. Il obtenait l’autorisation après l’approbation d’un comité dépendant de la GAFI. La porte était ouverte aux exceptions et aux pots-de-vin. Il en va de même pour l’installation d’une nouvelle succursale. Mon but est de satisfaire ces demandes au moyen de simples formulaires. Notre rôle sera ensuite de suivre et d’assister en cas de besoin.

— En quoi consiste votre plan d’action ?

— Je compte surtout sur les investisseurs qui sont déjà installés. Si par exemple, je vise pour l’année prochaine des investissements à hauteur de 100 millions de L.E., je dois supposer que les deux tiers de ce montant seront débloqués par les investisseurs déjà installés dans le pays. Le tiers restant sera comblé par des investisseurs étrangers. Ce qui est parfaitement logique, car celui qui a déjà investi, a déjà trouvé un local, est en relation avec un juriste et un comptable. Le plan de réforme que j’ai annoncé n’exige aucun amendement des lois. Il s’agit de simples décrets ministériels. A l’exception des règles organisant la fermeture d’un projet. Cette question est traitée par la loi sur le commerce, et elle exige donc un amendement de la loi.

— Quelles sont les industries que vous cherchez à promouvoir en 2005 ?

— Cette question concerne le ministère de l’Investissement. C’est désormais lui qui s’occupe de la stratégie relative aux domaines privilégiés de l’investissement. Le plan sera annoncé début 2005.

 
 

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