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Rédacteur en chef du magazine artistique Al-Kawakeb, Mahmoud Saad anime avec succès des émissions de divertissement sur différentes chaînes de télévision. Sans rien perdre de ce qu’il a de plus précieux : sa simplicité et sa franchise.

L’animateur grand public

Vingt et une heures. La rue Al-Mobtadayane, à proximité des quartiers de Sayeda Zeinab et de Mounira, est plongée dans la pénombre. L’éclairage du vétuste bâtiment de Dar Al-Hilal est tamisé. Au deuxième étage, s’étendent les bureaux du magazine Al-Kawakeb. Un vacarme grandissant emplit l’espace du premier bureau. C’est la salle de rédaction ? « Non pas du tout, c’est le bureau de monsieur Mahmoud, le rédacteur en chef », répond le secrétaire.

La porte est presque toujours ouverte. Dans un bureau aussi vétuste que le bâtiment, sans luxe aucun, Mahmoud Saad reçoit tout le monde avec un petit sourire et une simplicité remarquable. Pour un rédacteur en chef et une des stars ramadanesques de la télé égyptienne et de chaînes satellites comme Dream et MBC, c’est encore plus marquant. « Je suis en premier lieu journaliste et je resterai toujours journaliste. Même lorsque j’apparais sur le petit écran, je fais mon entretien avec les artistes à ma façon, en tant que journaliste, explique-t-il. Et d’ajouter : La simplicité est mon outil premier pour accéder au large public et aux artistes ».

Cependant, certains interprètent différemment cette simplicité. Ils considèrent que Mahmoud Saad a le don d’embarrasser ses invités. « Si cela est vrai, ils peuvent tout simplement refuser d’assister à mon émission ». Les critiques ne s’arrêtent pas là. Certains journalistes le surnomment « le roi du jus » parce qu’il demande souvent à son invité de boire du jus pendant leur conversation. « Ce n’est pas de la critique, c’est de l’ironie. De toute façon, je les remercie. Et je tiens à dire que puisque mes émissions que ce soit Hélou wa kaddab, présentée lors du dernier Ramadan, ou Min achra cette année, sont beaucoup regardées. Cela veut dire que j’ai obtenu un certain succès ». Et cette question du jus ? « A un moment donné, l’émission doit être interrompue par les publicités, alors au lieu de dire la phrase habituelle des animateurs : On se retrouve après la pub, j’en ai cherché une autre : je présente le jus à mon invité et je lui dis : Buvez le jus. Une phrase qui a fait tabac », explique Mahmoud Saad, très sûr de lui. « Le grand écrivain Mahmoud Al-Saadani a loué mon style d’animateur même s’il n’a pas aimé l’émission. Le réalisateur Moustapha Al-Aqqad m’a aussi appelé pour faire l’éloge de mon programme. De toute façon, c’est une émission de divertissement ».

Car Mahmoud Saad a une réputation controversée. Certains le trouvent intéressant et sympathique, d’autres estiment au contraire qu’il prend ses invités de haut. Or, rien ne dénote une nature hautaine chez ce rédacteur en chef-animateur.

Il se souvient des jours où il avait l’habitude de filer pendant la récréation vers l’immeuble du magazine Rose Al-Youssef tout à côté de l’école, et où travaillait sa mère, pour prendre quelques publications et les distribuer aux professeurs. « Ma mère était employée au service des abonnements, dit-il modestement et j’avais aussi l’habitude de passer à son bureau après l’école jusqu’à ce qu’elle finisse son travail pour qu’on rentre ensemble à pied ». Les jours passaient et un lien fort se nouait entre le petit et le lieu. Etre journaliste est devenu un rêve qui caressait son esprit. Mais les obstacles ne cessaient de s’interposer entre lui et le journalisme. Avec d’abord le pourcentage requis au baccalauréat : il a été obligé de s’inscrire au département d’Histoire au lieu de celui de journalisme. Mais une fois sa licence en poche, il a rejoint Rose Al-Youssef.

Le défi du travail a été la deuxième difficulté : « Pendant mon stage, j’ai écrit treize articles pour le magazine Sabah Al-Kheir. Ils n’ont jamais été publiés ». Pourquoi ? « Ils étaient ambigus », a-t-il pensé au début. Mais l’énigme a été élucidée trois ans plus tard. « Lors du décès de Mohamad Abdel-Mottaleb, j’ai décidé de faire un dossier sur ce chanteur populaire et je l’ai présenté à monsieur Louis Greis, le rédacteur en chef de Sabah Al-Kheir, qui avait l’habitude d’être tous les vendredis à son bureau. Il l’a lu et m’a tout de suite dit : Alors, tu sais rédiger des articles ? ». Mahmoud Saad comprend alors que son responsable de stage n’avait jamais présenté ses articles à Louis Greis. « L’article d’Abdel-Mottaleb a été publié sur deux numéros dans les premières pages du magazine », se souvient-il, très fier de lui-même.

Saad s’introduit ainsi dans le monde du journalisme. Mais pourquoi le journalisme artistique en particulier ? « A Sabah Al-Kheir, il n’y avait pas de spécialisation, on s’entraînait à écrire dans tous les domaines. Mais en 1980, un service d’art a été fondé par Raouf Tewfiq, qui a choisi quelques jeunes journalistes pour qu’ils deviennent permanents dans cette rubrique et j’ai été choisi ».

Dès lors, il n’a cessé de publier des articles très appréciés, dont une enquête traitant de la crise du cinéma dans les années 1980, qui l’a fait connaître du public, mais aussi dans le milieu des artistes où il a noué des amitiés avec beaucoup d’entre eux, notamment Salah Abou-Seif et Hassan Al-Imam et des scénaristes tels Saadeddine Wahba. « Saadeddine Wahba était une personnalité très douce, raconte-t-il ému. Je me souviens qu’il m’a invité à me rendre avec lui en Tunisie, 10 jours après la mort de mon père, pour changer d’air ».

Mahmoud Saad fait en effet partie de ceux qui ont entamé la carrière de journaliste artistique à un moment où la presse avait une influence indéniable sur le public et les artistes. « Les grands comédiens Farid Chawqi et Mahmoud Yassine n’hésitaient pas à m’appeler pour me raconter leurs histoires ou pour nier des rumeurs. Aujourd’hui, les artistes s’expriment à la télévision et sont à la recherche des émissions les plus réussies pour propager les informations les concernant », affirme-t-il en tant qu’expert dans les deux domaines. Et d’ajouter : « Certains artistes demandent à être invités dans mes émissions juste pour mettre fin aux racontars ». Pourquoi pas, puisqu’il donne l’occasion à ses invités de se justifier en leur lançant des questions directes.

Est-ce l’intérêt qu’ont les artistes pour l’audiovisuel qui l’a incité à se diriger vers le petit écran ? « Non pas du tout, répond-il sans hésitation. Je n’ai jamais rêvé ou voulu être un animateur. Autrefois quand on m’invitait dans des émissions, je refusais et les rares fois où j’ai accepté, je sentais que ce que je disais n’était pas intéressant. Ce qui est drôle c’est qu’aujourd’hui, je suis animateur », explique-t-il en souriant. « Ce sont mes amis, le réalisateur Abdel-Latif Zaki et la speakerine Hala Sarhane qui m’ont beaucoup encouragé et m’ont demandé de présenter ce genre d’émissions ».

Le succès de Mahmoud Saad est arrivé rapidement même s’il a attendu trois ans avant qu’il n’en cueille les fruits. A l’âge de 48 ans, il est devenu rédacteur en chef du magazine Al-Kawakeb, un âge relativement jeune pour un poste pareil. « J’ai été nommé rédacteur en chef d’Al-Kawakeb par une décision du Conseil suprême du journalisme et du Conseil consultatif. C’est l’écrivain et critique Ragaa Al-Naqqach, l’ancien rédacteur en chef, qui a proposé mon nom à Makram Mohamad Ahmad, le président de Dar Al-Hilal ». Ce n’était en effet pas la première fois que Mahmoud Saad assumait une lourde responsabilité.

Quelques années après son recrutement, des journaux arabes ont demandé sa collaboration. « A 30 ans, je suis devenu le fondateur et directeur de bureau du quotidien koweïtien Al-Watan ». Et les souvenirs s’enchaînent. « Vers la fin des années 80, je suis parti en Angleterre pour devenir corédacteur du magazine Sayedati, dont la rédactrice en chef était Fawziya Salama. Elle m’avait proposé un bon salaire et un appartement confortable, mais au bout de trois mois, j’ai préféré rentrer en Egypte ». En quête de renom ? « Non pas du tout. Je n’ai jamais cherché la renommée parce que je ne l’ai jamais ambitionnée », affirme-t-il sans hésitation. « En fait, je déteste le dépaysement. Un sentiment qui m’envahit toujours dès que je m’éloigne du Caire et pas seulement de l’Egypte ». Saad garde un lien sacré avec le quartier de Mounira. Tout comme sa mère, il habite dans l’immeuble où se trouve son bureau. « Les privilèges en Angleterre ne m’ont pas du tout influencé, d’autant plus que ma femme n’est pas du genre à exercer des pressions concernant l’argent ». Il ne regrette pas sa décision d’être rentré en Egypte, sinon il ne serait pas devenu Mahmoud Saad, le rédacteur en chef et célèbre animateur.

La célébrité impose-t-elle des fardeaux ? « La liberté absolue n’existe pas. La personne célèbre doit incarner l’exemple à suivre. Aujourd’hui, je ne peux pas m’installer sur la plage avec deux bouteilles de boissons alcoolisées et dire que je suis libre ». Convaincu de ce point de vue, il a critiqué le mariage de la chanteuse Sabah avec un homme de 40 ans plus jeune qu’elle. « Etre journaliste implique honnêteté et simplicité. Il faut savoir exprimer son point de vue ». Fidèle à cette position, Mahmoud Saad n’hésite pas à révéler qu’il a renoncé à suivre les feuilletons de ce mois de Ramadan. Pour une raison très simple : « Ils sont nuls ».

Lamiaa Al-Sadaty

Jalons

28 janvier 1954 : Naissance à Helmiya.

1978 : Licence de la faculté des lettres, département d’Histoire de l’Université du Caire.

1er mars 1981 : Recrutement au magazine Sabah Al-Kheir.

29 octobre 1984 : Naissance de sa fille unique May.

Fonde le bureau du quotidien koweïtien Al-Watan et en devient le directeur.

1987 : Directeur de rédaction du magazine Cinéma 2000.

Ramadan 2001 : Première apparition sur la chaîne satellite Dream, en tant qu’animateur du programme Ala waraq.

Avril 2002 : Rédacteur en chef du magazine Al-Kawakeb.

 

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