Les
problèmes conjugaux sont en vogue. ONG, cliniques spécialisées,
lignes vertes poussent comme des champignons. Sans oublier les
bureaux de plaintes et de consultations au sein du Conseil national
de la femme et celui de la maternité et de l’enfance. De plus,
nombreux sont les journaux qui consacrent des pages pour permettre
aux couples de s’exprimer. Les chaînes télévisées et satellites
ont senti le filon d’or et se sont penchées à leur tour sur
les conflits conjugaux. Les programmes Live et de conseils matrimoniaux
se font concurrence.
Le
tribunal de la famille qui a commencé à examiner les procès
du statut personnel depuis octobre dernier est aussi un autre
service qui a pour objectif de régler les conflits entre les
couples.
Le
problème est d’une acuité que même les Eglises s’y mêlent. Ainsi,
l’Eglise catholique en Egypte s’est mise de la partie. Vu que
le divorce est prohibé, l’église exige que des futurs couples
suivent un stage d’initiation de deux mois. Tous les vendredis,
des jeunes viennent prendre des cours de philosophie, de psychologie,
de droit et de religion. « Ces leçons permettent d’aborder des
sujets de tous les jours, de connaître le caractère de son futur
mari, de détecter ses points de divergence et même ses défauts.
C’est aussi l’occasion de découvrir l’autre et de voir s’il
est capable ou pas de supporter certains de ses défauts », confie
Névine, journaliste de 29 ans, qui vient de se marier depuis
un an et qui a suivi ce stage préliminaire pour obtenir l’approbation
de l’Eglise.
Elle
assure qu’à travers ces cours, elle a appris beaucoup de choses
concernant la vie sexuelle. « Il suffit de payer 100 L.E. pour
suivre un tel stage et il s’est avéré très utile dans ma vie
conjugale », poursuit-elle.
Mais
ces centres, ONG, tribunaux, etc. qui ont commencé à proliférer
en Egypte répondent-ils à un véritable besoin ? Ou bien s’agit-il
d’un phénomène importé de l’étranger suite à l’ouverture culturelle
grâce aux médias ? Selon Suzanne Abdel-Méguid, responsable de
l’Association pour le règlement des conflits conjugaux créée
il y a trois ans, les besoins sont souvent une source d’inspiration
et de créativité. « Notre association pour le règlement des
conflits conjugaux a effectué une étude sur le taux de divorce.
On a découvert que presque le tiers des mariages se terminait
par un divorce, surtout lorsqu’il s’agit d’unions récentes.
Il suffit de voir le nombre des procès de statut personnel portant
sur les conflits conjugaux ».
Cette
association aide les couples à dialoguer. Il arrive également
« que l’on reçoive l’un des conjoints à part, en présence d’un
spécialiste, pour entendre le problème et le soumettre à un
expert ». Suzanne assure que ce sont souvent les couples qui
jouissent d’une certaine culture qui font appel à l’association
afin de préserver leurs relations de couple. « Cependant, notre
objectif essentiel est que les membres de l’association parviennent
à pénétrer au sein des foyers de gens modestes et analphabètes,
car c’est dans cette catégorie que les femmes souffrent le plus
de discrimination », avance-t-elle. L’association demande souvent
l’avis des hommes de religion, des sociologues ou des psychiatres.
Et lorsqu’il s’agit d’un problème matériel, elle aide le couple
en le dirigeant vers le Fonds social pour avoir une assistance
financière. Et quand le conflit conjugal nécessite une consultation
juridique, l’association délègue un avocat. Une association
qui reçoit une subvention de la part du ministère des Affaires
sociales et qui côtoie deux autres qui œuvrent dans le domaine
depuis 3 ans.
Nadia
Radwane, sociologue et professeur à l’Université d’Aïn-Chams
indique : « Même si ces bureaux, ONG ou centres suivent un exemple
importé de l’étranger, ce n’est pas un péché. Pourquoi vouloir
rejeter tout ce qui provient de l’Occident alors que certaines
démarches peuvent être utiles chez nous ? Au lieu de prêter
l’oreille aux conseils d’un ami qui manque d’expérience, il
vaut mieux suivre celui d’un expert pour maintenir l’équilibre
du foyer », avance-t-elle.
Autrefois,
le fait de divulguer des secrets de famille était considéré
comme une grosse bévue. Les personnes souffraient en silence.
Mais ce mutisme n’a plus raison d’être. Aujourd’hui, la télévision
présente cinq programmes où les gens peuvent parler et discuter
en direct de leurs problèmes conjugaux. L’émission de radio
qui enregistre un succès fou, intitulée Ana wal nogoum wa hawak,
reçoit tous les jours presque 800 messages électroniques et
15 appels téléphoniques. En majorité tournant autour de problèmes
conjugaux. « L’injustice à l’encontre de la femme est de plus
en plus flagrante sans oublier cette violence à son égard. Ceci
a donné naissance à des délits qui se caractérisent par des
actes barbares, à l’exemple de cette femme qui a tué son mari,
l’a coupé en morceaux et l’a mis dans des sacs en plastique.
Cela veut dire que la personne qui a commis ce crime n’a connu
que domination et violence de la part de son mari », lance Alaa
Morsi, psychiatre. Dès qu’il a ouvert sa clinique, il y a 7
ans, il a décidé de se spécialiser dans les questions du couple.
Sa clinique reçoit tous les jours une dizaine de cas souvent
à cause de trahisons conjugales. « La vie du couple est la base
de toute la vie, c’est la première cellule de la société. Raison
pour laquelle j’ai choisi de m’y consacrer, surtout après avoir
remarqué que tout le monde a une image négative du mariage »,
assure-t-il.
Un
silence qui a fini par se briser et qui pousse certains couples
à chercher à comprendre le véritable but du mariage. « Il arrive
souvent que l’on se pose la question : Pourquoi ai-je accepté
de me marier alors que j’étais la reine des reines chez mes
parents ? », lance Dahlia, 30 ans, femme au foyer. En fait,
le problème est que lorsqu’une fille atteint la trentaine sans
se marier, son entourage la traite de vieille fille.
Pour
l’homme, la situation est similaire. Son entourage le pousse
à se marier pour paraître aux yeux de la société comme un être
normal. « Les beaux traits qui m’ont attiré ont disparu un an
après le mariage », dit Ali, 35 ans, comptable.
Selon
Alaa Morsi, c’est là où résident les racines du mal. « On se
marie pour se soumettre aux volontés de notre entourage parce
que c’est, tout simplement, sunnat al-hayat (la loi de la nature).
On se marie pour faire plaisir à nos parents et on fait des
enfants pour la même raison, sans réfléchir un moment à quoi
va ressembler la vie suite à cette expérience. C’est-à-dire
la conception du mariage ne paraît pas claire dans nos esprits.
De plus, une fois marié, chaque partenaire trouve que c’est
à l’autre de le rendre heureux. Il sera coupable si cela n’est
pas réalisé », analyse Alaa Morsi. Il ajoute qu’aucun des deux
ne prend l’initiative de réviser son comportement ou de connaître
son rôle.
Ce
fossé s’élargit dans la relation intime. Selon lui, le manque
de culture sexuelle aggrave la situation. L’homme ignore les
désirs sexuels de sa femme et si elle est trop passive, il l’accuse
de frigidité. « Des choses qui se répètent dans le quotidien
et qui semblent normales mais qui exigent que l’on déploie des
efforts pour que l’on parvienne à comprendre cet autre qui vit
sous le même toit. A mon avis, les gens aujourd’hui sont prêts
à consulter des experts parce que même les détails les plus
élémentaires semblent avoir été secouées après l’ouverture culturelle
à travers les médias », confie-t-il, en poursuivant : « Aujourd’hui,
les gens commencent à se révolter contre les traditions et les
coutumes. Ils sont prêts à aborder les questions taboues ».
Une
preuve que certaines fonctions qui n’existaient pas en Egypte
paraissent aujourd’hui dans notre société toujours conservatrice
et cela pour régler les problèmes du couple. La sexologue Heba
Qotb est une parmi les personnes qui ont décidé de se rebeller
contre l’ignorance sexuelle. Sa page concernant les consultations
sexuelles publiée dans le magazine Al-Ahram Al-Arabest un grand
succès et comble un grand vide. « Je me suis spécialisée dans
ce domaine vu que je préparais une thèse de magistère dans les
relations sexuelles et j’ai trouvé que beaucoup de femmes subissaient
des viols de leurs maris sans qu’elles ne s’en rendent compte.
Alors, j’ai trouvé que j’ai, comme professeur à la faculté de
médecine, un rôle à jouer pour éliminer cette ignorance sexuelle
», conclut Qotb . |