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Patrimoine . Un projet destiné à évacuer les eaux souterraines qui menacent le temple d’Esna sera prochainement mis en oeuvre par le Conseil Suprême des Antiquités (CSA).
Le temple d’Esna bientôt
sauvé des eaux

A 61 km au sud de Louqsor, sur la rive gauche du Nil, se situe Esna, un gros village comme tant d’autres petites agglomérations agricoles dispersées le long du fleuve. Le seul monument à y visiter est le temple de Khnoum, le bélier, souvent représenté dans les reliefs des temples funéraires. Ce temple a bien résisté au temps, c’est peut-être parce qu’il a été enfoui sous des couches de limon déposées à chacune des crues du Nil. Seule subsiste aujourd’hui la salle hypostyle du temple dont le sanctuaire devrait être recherché sous les maisons à l’ouest du site. Exposé aux eaux souterraines pendant des années, le temple d’Esna a perdu une partie importante de ses décorations, celles de la base. « Environ neuf mètres des vestiges du temple sont plongés dans les eaux souterraines durant les mois de l’été, mois de la crue du Nil, ce qui expose le monument au risque de perdre beaucoup de ses décorations », explique Sabri Abdel-Aziz, directeur des antiquités pharaoniques au CSA. Le reste de l’année, les bases du temple sont sèches. Le problème réside dans le fait que le village d’Esna ne possède pas de système organisé de drainage sanitaire. On peut dire que la ville d’Esna est baignée aujourd’hui dans les égouts et les eaux souterraines. Le CSA, s’inquiétant du sort du temple et de ce qui reste des décorations de la base, a discuté le problème avec les responsables de la ville d’Esna, qui dépend de l’administration de la ville de Louqsor.

Ainsi, un grand projet sera exécuté par le CSA en collaboration avec une équipe autrichienne, pour se débarrasser des eaux souterraines usées. « Il s’agit de fixer le niveau des eaux souterraines pour qu’elles soient à un demi-mètre des bases du temple. Il est également prévu de creuser un canal à l’est du monument pour se débarrasser de cet excès d’eau ainsi que des eaux du Nil car le temple est situé au bord du fleuve », souligne Abdel-Hamid Qotb, responsable du projet. Pour sa part, l’administration de la ville de Louqsor a promis d’établir très prochainement un système de drainage pour sauver le temple et le village tout entier. A cet égard, l’Institut des recherches sur les eaux souterraines dépendant du ministère de l’Irrigation au Caire a préparé une étude exhaustive qui a duré 3 ans concernant les diverses possibilités de résoudre le problème des eaux souterraines du temple et de toute la ville d’Esna. Cette étude permettra à Esna de mener à bien son projet d’évacuation des eaux usées, y compris une partie du temple de Khnoum.

Par ailleurs, le temple a un autre problème. Il est à l’origine construit à un niveau plus bas que celui des terres voisines. « Le temple est en grande partie inexploré, car la ville s’est développée sur l’ancienne cité. Son toit se trouve maintenant au niveau des sols des maisons voisines. Et le sol de la ville s’étant, au cours des siècles, progressivement exhaussé autour de lui au point que ses chapiteaux dépassent à peine le niveau de la rue voisine », explique Sabri Abdel-Aziz. Une des solutions proposées pour sauver le temple d’Esna était de débloquer le monument et le faire élever à son niveau actuel soit dans sa même place, soit de le transférer dans un autre endroit toujours proche du site originel. C’était autrefois le cas du temple d’Ibis qui devait être débloqué et transféré, en 2000, de son endroit originel à cause d’un problème similaire. « Le déblocage du temple d’Ibis risquait de faire détruire environ 60 % de ses blocs. On avait peur du niveau élevé de l’humidité et de son influence sur les blocs du temple. On a donc annulé l’idée de déblocage de ce temple et on l’a restauré en son emplacement même », explique Abdel-Hamid Qotb. C’est ainsi que le CSA a refusé également l’idée du déblocage du temple d’Esna. D’autre part, du fait de l’accumulation du limon au cours des siècles, le niveau des rues s’est élevé de sorte qu’aujourd’hui ces dernières dominent le temple de plus de neuf mètres ce qui rend l’idée du déblocage du temple inexécutable. « Le projet prévu pour contrôler les eaux souterraines du temple d’Esna sera discuté avec l’équipe autrichienne en décembre prochain. Il coûtera environ 10 millions de L.E. et les travaux devraient commencer l’année prochaine », souligne Abdel-Hamid Qotb.

Amira Samir
Un village qui
vaut le détour

Esna, cette petite bourgade provinciale, conserve une magnifique salle hypostyle qui appartient à un temple de l’époque gréco-romaine. Pour les Grecs, Esna était Latopolis, la ville de Latès, la grande perche du Nil. Le seul vestige de cette cité jadis richement pourvue en temples est le vestibule gréco-romain du temple de Khnoum, construit à l’époque ptolémaïque sous les règnes de Ptolémée VI, Philométor et de Ptolémée VIII, Evergète II.

Lorsque Champollion le découvre en 1828, il sert d’entrepôt de coton après avoir servi de magasin pendant tout le XVIIIe siècle.

La construction du temple d’Esna fut donc entreprise par les Ptolémées.

Quant à sa décoration, elle se poursuivit fort longtemps à l’époque romaine, jusqu’au milieu du IIIe siècle.

Un mur de la salle hypostyle porte en effet le cartouche de l’empereur Dèce, qui régna de 249 à 251. Les textes liturgiques gravés sur les murs sont ainsi les derniers que nous ait livrés la civilisation de l’Egypte Ancienne.

Comme habituellement pour un temple de cette époque, la façade est décorée de murs d’entre colonnes. La salle hypostyle est soutenue de 24 colonnes, aux chapiteaux composites d’une grande variété et toutes décorées de scènes liturgiques. Les textes couvrant les parois du temple témoignent d’une grande richesse théologique. Au plafond soutenu par de nombreux architraves, un calendrier des fêtes locales et scènes astronomiques.

Le passage vers la salle suivante, aujourd’hui disparue, emprunte la forme d’une façade de temple.

Au-dessus de la porte, on peut remarquer le disque solaire ailé et au-dessus encore, Khnoum debout à l’intérieur d’un second disque solaire, et paré d’une coiffe à double plume. Du côté droit de la salle hypostyle, une colonne a été récemment décapée, révélant la polychromie originale qui a subsisté sous les poussières accumulées par les siècles. Sur les murs également est figurée une belle scène de chasse aux filets où l’on voit le roi poursuivant des oiseaux aquatiques.

La ville d’Esna ne possède peut-être d’autre attrait particulier que le souk occupant la rue principale menant au temple. Le temple d’Esna est ouvert tous les jours de 7h à 16 h (17h en été), l’entrée est payante. Il faut compter une heure de visite. Il est aussi conseillé de faire un petit tour dans la rue qui mène au temple, le visiteur peut trouver de beaux tissus à très bas prix, ainsi que des statuettes de toutes sortes l

 

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