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Missions
archéologiques .
Les équipes étrangères opérant en Egypte sont désormais
surveillées de très près, et les concessions accordées
avec prudence. Objectif : améliorer la gestion du
patrimoine. |
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Place
à la discipline |
Il
y a deux ans, 312 missions étrangères opéraient
en Egypte. Aujourd’hui, elles ne sont que 190. Des
suspensions temporaires et d’autres définitives
sont la cause de cette réduction. Les clauses de
la loi qui régissent le travail des missions étrangères
commencent à être appliquées de manière plus rigoureuse.
Et depuis, les suspensions ne s’arrêtent pas. Une
mission américaine, dépendant de l’Université de
Trinity College, opérant à Tell Al-Borg dans le
Nord-Sinaï, vient d’être suspendue pour un an. Et
pour cause. Le directeur de la mission a permis
la visite de son site archéologique sans avoir obtenu
une autorisation préalable du Conseil Suprême des
Antiquités (CSA). Une mission, toujours américaine,
mais de l’Université de Minnesota a aussi été suspendue
cette fois-ci parce que ses membres ont été qualifiés
« d’amateurs » par le CSA. Une mission anglaise,
elle, a suscité la sensation pour avoir annoncé
la découverte d’un squelette appartenant à la reine
Néfertiti. Publiée dans plusieurs magazines internationaux,
Juan Flacher, directrice de la mission, a été accusée
de médiatiser une découverte sans preuve scientifique
et a été radiée. Ces décisions du CSA viennent donc
confirmer une gestion plus rigoureuse vis-à-vis
des missions étrangères opérant sur le territoire
égyptien.
Ces
réglementations accordent surtout une grande importance
au niveau scientifique des membres des missions
archéologiques étrangères. Ceux-ci doivent notamment
appartenir à une institution internationalement
reconnue. « Dorénavant, toute mission opérant en
Egypte doit dépendre d’une université, d’un institut
ou d’une organisation scientifique de renommée »,
souligne Zahi Hawas, secrétaire général du CSA.
Les membres de la mission, quant à eux, doivent
être de vrais professionnels de même que pour les
assistants et les ouvriers qui y collaborent. Alain
Zivie, directeur de la mission archéologique française
du Bubastéion, qui fouille à Saqqara, est favorable
à cette discipline. « C’est un critère essentiel
qui garantit la qualité du travail de la mission
».
En
fait, depuis l’arrivée de Zahi Hawas comme secrétaire
général du CSA, il accorde beaucoup d’attention
aux travaux des missions et les supervise de très
près. « On essaye depuis deux ans de concrétiser
les réglementations et d’être plus sévères en appliquant
la loi », explique Magdi Al-Ghandour, directeur
du département des missions étrangères au CSA.
En
fait, le CSA insiste à s’assurer de la compétence
de tous les archéologues faisant partie d’une mission,
surtout qu’il s’est avéré que certaines missions
utilisent des stagiaires qui effectuent des recherches
pour leur propre notoriété.
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Démarches
difficiles, mais essentielles
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L’obtention
d’une concession de fouilles dans un site archéologique
particulier n’est plus chose facile comme dans le
temps. Beaucoup de papiers et plusieurs démarches
doivent être accomplis. « Le chef de la mission
doit en premier présenter une demande pour fouiller
dans un site archéologique trois mois avant la date
du début du travail tout en déterminant un plan
de fouille précis, envoyer un CV détaillé de chaque
membre de l’équipe de la mission, sa spécialité,
sa nationalité. Des formalités nécessaires pour
pouvoir évaluer le niveau scientifique de tous les
membres de la mission », explique Al-Ghandour. Toute
mission doit être accompagnée d’un archéologue égyptien
du CSA pour superviser le travail. Et pour éviter
tout abus, cet archéologue n’accompagne la mission
qu’une seule saison. « Ceci dit, on peut bien demander
des comptes au fautif », dit sévèrement Magdi Al-Ghandour.
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Un
apport fondamental
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Si
quelques missions ont été suspendues suite à la
violation de la loi, ceci n’empêche pas l’importance
et l’efficacité des autres pour le pays. « J’ai
appris en une seule saison de travail auprès de
la mission polonaise beaucoup plus que ce que j’ai
appris à la faculté pendant quatre ans », estime
Yasmine Mohamad, jeune archéologue qui accompagne
la mission polonaise opérant à Saqqara. En fait,
les études dans les facultés d’archéologie en Egypte
sont théoriques, pourtant l’apprentissage de l’archéologie
doit être sur terrain. La mission française du Bubastéion
a largement contribué à la formation de jeunes archéologues
égyptiens qui les accompagnent. « On a même invité
trois d’entre eux pour poursuivre leurs études en
France », assure Zivie.
Autre
règlement : suite aux découvertes, il est défendu
de prélever des échantillons et les transporter
à l’étranger. Il faut les analyser aux laboratoires
du centre des recherches du CSA. « Ces laboratoires
se sont beaucoup modernisés, ils sont munis des
équipements les plus sophistiqués, ce qui facilite
beaucoup notre travail », souligne Miroslav Barta,
adjoint du directeur de la mission tchèque qui fouille
à Saqqara. Une fois la saison de fouille achevée,
les missions archéologiques doivent présenter au
CSA un rapport faisant le point sur leurs récentes
études. « Cette clause n’était pas tout à fait respectée
auparavant, elle est devenue actuellement une nécessité
pour la continuité des travaux de la mission »,
souligne Sabri Abdel-Aziz, directeur du département
des antiquités égyptienne au CSA. Le rapport scientifique
présenté par la mission permet aux archéologues
égyptiens d’être au courant des plus récentes études
accomplies ainsi que des méthodes de restauration,
ce qui contribue à hausser leur niveau. « Mais le
plus grand intérêt de ces rapports reste l’enregistrement
de l’histoire de l’Egypte », reprend-il. Le nouveau
règlement exige également qu’une version du rapport
scientifique soit en langue arabe.
Cap
sur le Delta
Si
la grande majorité des missions étrangères opère
au sud du pays et à Saqqara, cela pousse les responsables
du CSA à orienter les nouvelles missions à fouiller
désormais dans des zones moins explorées, notamment
le Delta, une des régions les plus importantes de
l’Egypte sous le Nouvel Empire. Les antiquités du
Delta risquent en fait de disparaître sous le joug
de l’eau souterraine, des infractions urbaines,
de la pollution outre la négligence. « Le fait d’orienter
les missions est très utile, car je connais plein
de gens d’un niveau professionnel très élevé et
qui possèdent les moyens les plus sophistiqués,
mais qui n’éprouvent pas un intérêt pour un site
déterminé, ça serait donc très bien de diriger leur
intention vers les sites prioritaires. Personnellement,
je me suis intéressé aux tombes des nobles qui se
trouvent sur le site de Saqqara, car depuis 20 ans
c’était un endroit vierge que personne n’avait encore
touché et j’avais un sentiment que j’y trouverais
beaucoup de choses intéressantes », explique Zivie. |
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Des
mesures parfois refusées
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Si
ces mesures sont strictes pour quelques-uns, d’autres
estiment qu’elles sont essentielles et efficaces.
Il existe en fait des missions qui respectent les
règlements imposés par le pays comme les 22 missions
opérant à Saqqara. Ce site qui attire, apparemment,
le plus de missions étrangères et qui révèle chaque
jour de nouveaux trésors.
Alain
Zivie, directeur de la mission française du Bubastéion
à Saqqara depuis plus de 20 ans, explique que l’existence
des missions étrangères est très utile pour le domaine
archéologique en Egypte. Dans le même sens, les
différents pays s’acharnent à avoir des missions
archéologiques en Egypte car le tiers des antiquités
du monde s’y trouve. « Nous travaillons en Egypte
depuis près de 15 ans. On a une relation de confiance
et de fidélité avec le CSA. Après la fouille de
chaque année, on publie des livres, des articles
et surtout des études », souligne Jean-Yves Empereur,
chef de la mission française à Alexandrie.
Pour
Maria Casini, directrice de l’Institut italien d’archéologie,
ce règlement est clair et facilite beaucoup la coopération
entre les missions archéologiques étrangères travaillant
en Egypte. « Il y a 18 missions qui dépendent de
l’institut italien et qui travaillent sur différents
sites égyptiens allant d’Alexà Assouan, aucune d’entre
elles ne m’a causé des problèmes, la seule difficulté
que je confronte est celle de l’obtention des permis
de sécurité qui prennent beaucoup de temps à cause
de la bureaucratie des employés », ajoute Casini.
Pour
d’autres, les choses ne leur conviennent pas tout
à fait.
«
Je vois que ces règlements sont très austères et
manquent de flexibilité. C’est très difficile d’appliquer
tous ces règlements en même temps. Il faudra donner
plus de temps aux missions étrangères pour se réajuster
et répondre aux conditions exigées avant de les
suspendre temporairement ou définitivement », estime
un chef de mission étrangère qui a requis l’anonymat
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Dalia
Farouk
Thérèse
Joseph
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