Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Patrimoine

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
La vie mondaine
Missions archéologiques . Les équipes étrangères opérant en Egypte sont désormais surveillées de très près, et les concessions accordées avec prudence. Objectif : améliorer la gestion du patrimoine.
Place à la discipline

Il y a deux ans, 312 missions étrangères opéraient en Egypte. Aujourd’hui, elles ne sont que 190. Des suspensions temporaires et d’autres définitives sont la cause de cette réduction. Les clauses de la loi qui régissent le travail des missions étrangères commencent à être appliquées de manière plus rigoureuse. Et depuis, les suspensions ne s’arrêtent pas. Une mission américaine, dépendant de l’Université de Trinity College, opérant à Tell Al-Borg dans le Nord-Sinaï, vient d’être suspendue pour un an. Et pour cause. Le directeur de la mission a permis la visite de son site archéologique sans avoir obtenu une autorisation préalable du Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Une mission, toujours américaine, mais de l’Université de Minnesota a aussi été suspendue cette fois-ci parce que ses membres ont été qualifiés « d’amateurs » par le CSA. Une mission anglaise, elle, a suscité la sensation pour avoir annoncé la découverte d’un squelette appartenant à la reine Néfertiti. Publiée dans plusieurs magazines internationaux, Juan Flacher, directrice de la mission, a été accusée de médiatiser une découverte sans preuve scientifique et a été radiée. Ces décisions du CSA viennent donc confirmer une gestion plus rigoureuse vis-à-vis des missions étrangères opérant sur le territoire égyptien.

 

Ces réglementations accordent surtout une grande importance au niveau scientifique des membres des missions archéologiques étrangères. Ceux-ci doivent notamment appartenir à une institution internationalement reconnue. « Dorénavant, toute mission opérant en Egypte doit dépendre d’une université, d’un institut ou d’une organisation scientifique de renommée », souligne Zahi Hawas, secrétaire général du CSA. Les membres de la mission, quant à eux, doivent être de vrais professionnels de même que pour les assistants et les ouvriers qui y collaborent. Alain Zivie, directeur de la mission archéologique française du Bubastéion, qui fouille à Saqqara, est favorable à cette discipline. « C’est un critère essentiel qui garantit la qualité du travail de la mission ».

En fait, depuis l’arrivée de Zahi Hawas comme secrétaire général du CSA, il accorde beaucoup d’attention aux travaux des missions et les supervise de très près. « On essaye depuis deux ans de concrétiser les réglementations et d’être plus sévères en appliquant la loi », explique Magdi Al-Ghandour, directeur du département des missions étrangères au CSA.

En fait, le CSA insiste à s’assurer de la compétence de tous les archéologues faisant partie d’une mission, surtout qu’il s’est avéré que certaines missions utilisent des stagiaires qui effectuent des recherches pour leur propre notoriété.


Démarches difficiles, mais essentielles

L’obtention d’une concession de fouilles dans un site archéologique particulier n’est plus chose facile comme dans le temps. Beaucoup de papiers et plusieurs démarches doivent être accomplis. « Le chef de la mission doit en premier présenter une demande pour fouiller dans un site archéologique trois mois avant la date du début du travail tout en déterminant un plan de fouille précis, envoyer un CV détaillé de chaque membre de l’équipe de la mission, sa spécialité, sa nationalité. Des formalités nécessaires pour pouvoir évaluer le niveau scientifique de tous les membres de la mission », explique Al-Ghandour. Toute mission doit être accompagnée d’un archéologue égyptien du CSA pour superviser le travail. Et pour éviter tout abus, cet archéologue n’accompagne la mission qu’une seule saison. « Ceci dit, on peut bien demander des comptes au fautif », dit sévèrement Magdi Al-Ghandour.


Un apport fondamental

Si quelques missions ont été suspendues suite à la violation de la loi, ceci n’empêche pas l’importance et l’efficacité des autres pour le pays. « J’ai appris en une seule saison de travail auprès de la mission polonaise beaucoup plus que ce que j’ai appris à la faculté pendant quatre ans », estime Yasmine Mohamad, jeune archéologue qui accompagne la mission polonaise opérant à Saqqara. En fait, les études dans les facultés d’archéologie en Egypte sont théoriques, pourtant l’apprentissage de l’archéologie doit être sur terrain. La mission française du Bubastéion a largement contribué à la formation de jeunes archéologues égyptiens qui les accompagnent. « On a même invité trois d’entre eux pour poursuivre leurs études en France », assure Zivie.

Autre règlement : suite aux découvertes, il est défendu de prélever des échantillons et les transporter à l’étranger. Il faut les analyser aux laboratoires du centre des recherches du CSA. « Ces laboratoires se sont beaucoup modernisés, ils sont munis des équipements les plus sophistiqués, ce qui facilite beaucoup notre travail », souligne Miroslav Barta, adjoint du directeur de la mission tchèque qui fouille à Saqqara. Une fois la saison de fouille achevée, les missions archéologiques doivent présenter au CSA un rapport faisant le point sur leurs récentes études. « Cette clause n’était pas tout à fait respectée auparavant, elle est devenue actuellement une nécessité pour la continuité des travaux de la mission », souligne Sabri Abdel-Aziz, directeur du département des antiquités égyptienne au CSA. Le rapport scientifique présenté par la mission permet aux archéologues égyptiens d’être au courant des plus récentes études accomplies ainsi que des méthodes de restauration, ce qui contribue à hausser leur niveau. « Mais le plus grand intérêt de ces rapports reste l’enregistrement de l’histoire de l’Egypte », reprend-il. Le nouveau règlement exige également qu’une version du rapport scientifique soit en langue arabe.

Cap sur le Delta

Si la grande majorité des missions étrangères opère au sud du pays et à Saqqara, cela pousse les responsables du CSA à orienter les nouvelles missions à fouiller désormais dans des zones moins explorées, notamment le Delta, une des régions les plus importantes de l’Egypte sous le Nouvel Empire. Les antiquités du Delta risquent en fait de disparaître sous le joug de l’eau souterraine, des infractions urbaines, de la pollution outre la négligence. « Le fait d’orienter les missions est très utile, car je connais plein de gens d’un niveau professionnel très élevé et qui possèdent les moyens les plus sophistiqués, mais qui n’éprouvent pas un intérêt pour un site déterminé, ça serait donc très bien de diriger leur intention vers les sites prioritaires. Personnellement, je me suis intéressé aux tombes des nobles qui se trouvent sur le site de Saqqara, car depuis 20 ans c’était un endroit vierge que personne n’avait encore touché et j’avais un sentiment que j’y trouverais beaucoup de choses intéressantes », explique Zivie.


Des mesures parfois refusées

Si ces mesures sont strictes pour quelques-uns, d’autres estiment qu’elles sont essentielles et efficaces. Il existe en fait des missions qui respectent les règlements imposés par le pays comme les 22 missions opérant à Saqqara. Ce site qui attire, apparemment, le plus de missions étrangères et qui révèle chaque jour de nouveaux trésors.

Alain Zivie, directeur de la mission française du Bubastéion à Saqqara depuis plus de 20 ans, explique que l’existence des missions étrangères est très utile pour le domaine archéologique en Egypte. Dans le même sens, les différents pays s’acharnent à avoir des missions archéologiques en Egypte car le tiers des antiquités du monde s’y trouve. « Nous travaillons en Egypte depuis près de 15 ans. On a une relation de confiance et de fidélité avec le CSA. Après la fouille de chaque année, on publie des livres, des articles et surtout des études », souligne Jean-Yves Empereur, chef de la mission française à Alexandrie.

Pour Maria Casini, directrice de l’Institut italien d’archéologie, ce règlement est clair et facilite beaucoup la coopération entre les missions archéologiques étrangères travaillant en Egypte. « Il y a 18 missions qui dépendent de l’institut italien et qui travaillent sur différents sites égyptiens allant d’Alexà Assouan, aucune d’entre elles ne m’a causé des problèmes, la seule difficulté que je confronte est celle de l’obtention des permis de sécurité qui prennent beaucoup de temps à cause de la bureaucratie des employés », ajoute Casini.

Pour d’autres, les choses ne leur conviennent pas tout à fait.

« Je vois que ces règlements sont très austères et manquent de flexibilité. C’est très difficile d’appliquer tous ces règlements en même temps. Il faudra donner plus de temps aux missions étrangères pour se réajuster et répondre aux conditions exigées avant de les suspendre temporairement ou définitivement », estime un chef de mission étrangère qui a requis l’anonymat .

Dalia Farouk
Thérèse Joseph

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631