Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Nulle part ailleurs

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
La vie mondaine

Marché aux puces . Le souk de Sayeda Aïcha, connu pour les pièces détachées en tout genre, s’est mis aux ordinateurs il y a 6 ans. Quelques commerçants avertis ont flairé la bonne affaire et s’y sont installés en vrais nababs. Tournée.

Le filon d’or de l’informatique

Réputé pour ses pièces détachées en tout genre, le marché de Sayeda Aïcha propose aussi des pièces d’ordinateurs. Disques durs, écrans, claviers, souris, câbles, etc. On y trouve tous les composants informatiques. Les vendeurs sont peu nombreux, mais ont réussi à se faire un nom.

Assis sur un canapé, cheikh Adham, 46 ans, un des premiers apparus sur ce marché de l’électronique d’occasion, assemble un ordinateur Pentium 1. Selon lui, il est impossible de trouver ailleurs les pièces détachées des modèles les plus anciens. Et c’est seulement ici qu’on peut remettre en marche ou reconstituer de tels ordinateurs. « Au départ, je ne pensais pas réussir dans ce domaine. Mais voila, après 8 ans de labeur, j’ai fini par acquérir un nom et ma clientèle me fait entièrement confiance », déclare Adham, fier de lui. Ce dernier, qui auparavant était employé dans une société, s’est retrouvé à la rue en 1997 à la suite des privatisations des années 1990.

Avec à sa charge une famille composée de 4 enfants, il lui fallait vite rebondir. « Lorsque je travaillais dans cette société, j’assistais à des ventes aux enchères de vieux ordinateurs auxquelles de nombreux commerçants étaient présents. J’ai mené ma propre enquête et découvert qu’ils revendaient leurs acquisitions », explique Adham, qui a décidé de mettre toutes ses économies pour monter un petit commerce dans ce souk, connu pour être une véritable plate-forme de pièces détachées en Egypte. Après bien des difficultés, il a trouvé un petit espace de quelques mètres carrés qu’il a transformé en caverne d’Ali Baba. « En réalité, je n’avais aucune connaissance dans l’informatique. Mais au fil du temps, en discutant avec mes clients et les personnes chez qui j’achète mes ordinateurs, j’ai fini par apprendre », confie-t-il.

Adham vient de terminer le montage d’un ordinateur et pose délicatement son œuvre près de la porte car son client ne devrait pas tarder à venir le récupérer. « C’est un père de famille qui veut offrir à son fils un ordinateur pas cher », dit-il. Son client arrive en effet quelques instants plus tard, heureux de pouvoir faire plaisir à son fils. « C’est un ami qui m’a conseillé de venir ici. Lui-même a acheté un ordinateur pour son fils chez cheikh Adham. Je n’ai pas voulu priver le mien, d’autant plus que ses camarades possèdent tous un ordinateur. Et comme un appareil neuf dépasse mes moyens, la seule solution était d’en acheter un d’occasion », dit Ragheb. Il vérifie l’état de son acquisition puis il retire 700 L.E. de sa poche pour payer. Selon Adham, il est très difficile de s’équiper d’un ordinateur pour si peu, et le client le sait très bien. Cependant, il ne cache pas que des pannes peuvent arriver très vite et que les machines ne sont pas garanties. « Dès que le client dépasse le seuil du magasin, nous ne sommes plus responsables, il a testé l’ordinateur avant de l’emporter », précise Adham. Et ce principe est adopté par tous les vendeurs.


« Savoir se recycler »

En se baladant dans le souk, on risque de trébucher car les vendeurs exposent leurs marchandises à même le sol. A quelques mètres du magasin d’Adham, se trouve celui de « l’ingénieur » Achraf. Agé de 30 ans, ce dernier n’a cependant jamais fait d’études supérieures. Il a tout juste le niveau primaire. Mais ses voisins et clients l’ont surnommé ainsi pour ses larges connaissances en électronique. Il a hérité du métier de son père. D’ailleurs, même son grand-père était dans les pièces détachées d’occasion. Mais Achraf a compris l’importance du marché de l’électronique. « Comme n’importe quel métier, il faut savoir se recycler. En suivant le pouls du marché, j’ai constaté que de plus en plus de gens s’intéressaient à l’informatique et s’équipaient d’un ordinateur. Le besoin en pièces a augmenté, je devais saisir l’occasion pour en tirer profit », explique Achraf.

Il vient d’apprendre la toute dernière vente faite par Adham par l’un de ses assistants : épier les autres, c’est la coutume chez les vendeurs concurrents du marché de Sayeda Aïcha. « Il est normal que je sois un peu jaloux de mon voisin qui est parvenu à vendre un ordinateur qu’il a monté lui-même. C’est rare, car les clients qui passent par là sont plutôt des gens modestes qui n’achètent que quelques pièces d’occasion bon marché », affirme Achraf. Pour combattre cette jalousie, il envoie ses assistants dans les allées avoisinantes afin d’attirer le chaland.

Abou-Achraf, le père d’Achraf, est plutôt fier que son fils exerce un commerce si en vogue. Mais il avoue avoir du mal à prononcer certains noms de pièces plutôt étranges. Il trouve la manière de s’en procurer bien originale. « Le porte-à-porte n’est plus d’actualité. C’est dans les ventes aux enchères officielles organisées par les organismes gouvernementaux, ou de grandes sociétés, que l’on se procure aujourd’hui les pièces », dit le père. Abou-Achraf estime que si le commerce des autres pièces détachées est bien plus simple, il ne faut jamais hésiter à retourner sa veste quand des gains se profilent. « C’est la loi du gagne-pain », dit il.


Ecran à 100 L.E.

C’est après la prière de midi que l’affluence des clients commence. Khaled est spécialement venu pour acheter un écran. Le sien ne fonctionne plus et il ne peut s’en offrir un neuf. « Même celui que j’ai en ce moment, je l’ai acheté ici il y a un an et demi dans ce même magasin. Les prix sont ici abordables », lance Khaled, qui dénichera un écran à 100 L.E. alors qu’ailleurs il lui en coûterait 4 fois plus cher. Adham et Abou-Achraf sont deux commerçants bien installés. Mais il y a un an et demi, quand Ibrahim Fodeil est arrivé, la concurrence est devenue plus rude. « Je travaille dans ce domaine depuis longtemps. J’ai un atelier de maintenance ailleurs, mais j’ai fini par comprendre que certains clients désiraient acheter des pièces originales qui coûtent cher et d’autres qui cherchent celles qui sont à moindre prix. Alors j’ai décidé de satisfaire les deux. J’y gagne toujours », explique Ibrahim, sans nier qu’il vend ici à des prix bien plus inférieurs à ceux qu’il pratique dans son atelier. « Je ne triche pas, ce sont les moyens du client qui font la différence », souligne-t-il. Et d’ajouter que pour exercer son activité, il a choisi un lieu légèrement en retrait des autres vendeurs du domaine pour éviter de les froisser.

Ibrahim privilégie cependant les pièces difficiles à trouver et donc un peu plus chères. Au grand bonheur des clients plus exigeants. Comme Adel, jeune étudiant qui passe son jour de congé dans ce marché à se déplacer entre les vendeurs de pièces électroniques pour se fournir en pièces détachées nécessaires à l’atelier de maintenance qu’il veut créer. « Je fréquente ce marché depuis quelques années à la recherche de pièces pour ordinateurs. Puis j’ai commencé a aider mes amis à maintenir leurs ordinateurs à l’aide des composants que je trouvais ici. Alors, j’ai décidé de tirer profit de mes visites hebdomadaires », explique Adel. Il précise que les produits proposés par Fodeil lui conviennent plus, même plus chers, ils restent néanmoins plus abordables qu’ailleurs.

Outre ces trois grands commerçants du marché de Sayeda Aïcha, d’autres vendeurs tentent de se faire une place. Leur marchandise est installée en marge du marché, sur de petites tables. « On ne peut pas concurrencer les grands marchands. Mais en même temps, on veut notre part du gâteau, alors on vise les clients les plus démunis », explique Gaber, 30 ans, professeur de mathématiques en cycle primaire. Selon lui, la majorité des clients de ce souk est à la recherche des pièces les plus simples.

Fodeil croyait comme les autres qu’avec la l’utilisation banalisée de l’ordinateur dans les foyers et les organismes gouvernementaux, il bénéficierait d’une prospérité relative. Or c’est plutôt le contraire qui s’observe en raison de la baisse des prix des appareils neufs, achetés à crédit. A cause aussi de la des ateliers de maintenance à bas prix .

Hanna Al-Mékkawi
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631