Cinq individus, armés de couteaux, me sont
tombés dessus, m’ont pris mon argent et se sont enfuis à une
vitesse étonnante. Mais certains de leurs traits se sont imprimés
dans ma mémoire et, depuis cet incident, j’ai évité de marcher
seul dans les petites rues, sauf que les grandes artères ne
sont pas exemptes de désagréments. C’est ainsi qu’un jour,
j’ai trouvé la circulation arrêtée et les gens agglutinés
des deux côtés de la chaussée et, un long convoi de nombreuses
voitures n’a pas tardé à arriver. Et quand le dernier véhicule
du convoi est arrivé à ma hauteur, j’ai entrevu un visage
qui a fait frissonner mon cœur et je me suis mis à murmurer
: « C’est sûrement un sosie ».
Quatre-vingt-quinzième rêve
L’accord pour le voyage arriva enfin, et
les miens accueillirent favorablement la nouvelle. Ils s’empressèrent
alors de me donner de l’argent et je partis sur-le-champ chez
le tailleur pour me faire confectionner un costume dernier
cri. L’homme accomplit son travail de la meilleure manière
et, ne se contentant pas de cela, il apporta un turban élégant
et m’en coiffa en disant : « Comme ceci, le costume sera du
dernier cri ».
Quatre-vingt-seizième rêve
La bagarre redoubla de violence au bord de
la chaussée, au point que son bruit recouvrit celui de la
circulation, et je revins chez moi éreinté. Une fois rentré,
j’eus envie de me relaxer sous l’eau de la douche. Je rentrai
dans la salle de bain et, là, je vis ma nana qui s’essuyait
le corps tout nu. J’en fus totalement transformé et me précipitai
vers elle. Mais elle me repoussa en m’avertissant que le vacarme
de la bagarre se rapprochait de mon domicile.
Quatre-vingt-dix-septième rêve
Ceci est la salle du secrétariat où j’ai
passé une bonne partie de ma vie avant de partir à la retraite
et dans laquelle j’ai côtoyé un nombre de fonctionnaires dont
le destin a voulu que j’assiste à leurs funérailles à tous.
Je me suis attardé dans la contemplation de ceux qui occupent
cette salle pour voir les jeunes qui nous avaient remplacés.
J’en ai été foudroyé. En effet, je n’y ai vu que mes anciens
collègues et je me suis précipité à l’intérieur de la salle
en criant : « Bonjour, mes chers amis ! », m’attendant à lire
trouble et abasourdissement sur leurs visages. Mais il n’en
a rien été, aucun d’eux n’a levé la tête de ses papiers, et
je me suis replié sur moi-même, désappointé, attristé et,
quand est venue l’heure de la sortie, ils ont tous quitté
leurs bureaux sans qu’aucun d’eux ait daigné me jeter un regard,
y compris la belle traductrice. Je me suis donc retrouvé seul
dans une salle déserte.
Quatre-vingt-dix-huitième rêve
Du trottoir, je jetai un regard dans le jardin,
à travers les barreaux de fer du mur de clôture. Je vis celle
qui avait volé mon cœur, distribuant du chocolat à ses soupirants.
Je me précipitai vers la porte d’entrée et pénétrai dans le
jardin où je continuais à courir en haletant. Mais, de ma
bien-aimée je ne trouvai nulle trace. Je me mis alors à hurler
ma malédiction de l’amour. Me tournant vers l’extérieur, je
vis la jeune fille, à l’endroit où je me tenais tantôt, tenant
le bras d’un jeune homme qui semblait être son fiancé. Je
m’apprêtai à revenir sur mes pas, mais je m’affalai, abattu
par la fatigue, les atermoiements et l’occasion perdue.
Quatre-vingt-dix-neuvième rêve
C’est un patio en rond, au centre duquel
se trouve un palmier élégant et sur lequel donnent des petits
logements. En fin d’après-midi, les portes s’ouvraient et
les femmes sortaient pour s’asseoir sous le palmier et bavarder
entre elles. Les échanges tournaient souvent autour des jeunes
filles et du mariage, et je m’installais dans un coin éloigné,
pour suivre avec un intérêt soutenu ce qui se disait. Au crépuscule,
j’étais tenaillé par la faim et il n’y avait que ma copine
d’enfance qui savait ce que j’endurais. Alors, elle se faufilait
vers moi, avec une petite assiette dont une moitié était remplie
de fromage blanc et l’autre de persil, et nous nous occupions
tous les deux à calmer notre faim en écoutant ce qui se disait
à propos du mariage.
Centième rêve
Ceci est un tribunal ; ici est le pupitre
où s’installe un juge unique, là est le box des accusés où
se sont installés les leaders et ça c’est la salle d’audience
où je me suis installé pour savoir qui était responsable de
ce qui nous était arrivé. Mais j’ai été déçu quand il y a
eu un échange entre le juge et les leaders dans une langue
que je n’avais jamais entendue auparavant. Puis, se redressant
sur son siège, le juge s’est apprêté à prononcer la sentence
en langue arabe. Je me suis avancé sur mon siège pour n’en
pas perdre une miette, mais le juge m’a montré du doigt et
a prononcé la peine de mort. J’ai alors crié pour attirer
son attention sur le fait que je ne suis pas concerné par
l’affaire et que j’étais venu de mon propre chef pour assister
comme spectateur, mais personne n’a prêté attention à mes
cris de protestation.
Cent-unième rêve
Nous avions embelli la maison pour recevoir
le fils qui revenait après une longue absence, durant laquelle
il était devenu une star parmi les stars de la société. Nous
passâmes avec lui la soirée sur le balcon — ouvrant l’appartement
sur une belle vue et lui procurant de l’air pur — gratifiant
le fils de retour de poèmes et de musique jusqu’à minuit.
Au matin, je remarquai que la porte donnant accès au balcon
avait été obstruée par une grande armoire. J’en eus honte
et le fils de retour ne cacha pas sa tristesse, car il lui
était ainsi prouvé que des gens de sa propre famille ne voulaient
pas de sa présence et détestaient son beau travail.
Cent-deuxième rêve
Enfin, je réussis à dénicher un appartement
situé au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble. Mais je ne tardai
pas à en être rebuté par son humidité et l’insalubrité de
ses locaux. Je cherchai donc de nouveau un autre appartement
et je finis par en dénicher un situé au dernier étage. Il
était meilleur à tout point de vue mais, fait inhabituel,
il plut à verse et l’eau filtra du toit. Nous fûmes obligés
de rassembler le mobilier et de le recouvrir de tapis, avant
de quitter l’appartement pour nous réfugier dans la cage d’escalier.
Le nouveau voisin du rez-de-chaussée sentit notre présence
et vint vers nous. Il nous invita avec insistance à nous réfugier
chez lui, dans la chaleur accueillante.
Cent-troisième rêve
Qu’est-il donc arrivé à notre maison ? Tous
les sièges se sont collés les uns aux autres et leurs pieds
ont été collés au sol. Les plafonds ont été délestés de leurs
ampoules d’éclairage, les murs de leurs photos et le parterre
de ses tapis. Mais qu’est-il donc arrivé à notre maison ?
On nous a dit que c’était là des dispositions
prises pour sécuriser la maison contre les vols qui s’étaient
multipliés. J’ai répondu, sans hésiter, que le vol m’était
préférable à la laideur et au chaos.
Cent-quatrième rêve
Je me suis retrouvé dans le quartier d’Abbassiya,
me baladant dans les souvenirs. Je me suis souvenu en particulier
de la regrettée Aïn et, l’appelant sur son téléphone, je l’invitai
à venir me voir près du sabil. Là, je l’accueillis chaleureusement
et lui proposai que nous passions la soirée ensemble au café
Al-Fichawi, comme au bon vieux temps. Quand nous fûmes arrivés
au café, l’ancien patron défunt se précipita vers nous et
nous souhaita la bienvenue. Il reprocha cependant à la défunte
Aïn sa longue absence, et elle lui répondit que c’était la
mort qui l’avait empêchée de venir. Il n’accepta pas cette
excuse et lui dit que la mort ne pouvait séparer les gens
qui s’aiment.
Cent cinquième rêve
Tous les hommes, dans notre quartier, se
coiffaient au salon de d’Am Abdou, attirés qu’ils étaient
par la belle préposée à la caisse. Et nous avions tous souhaité
voir notre situation financière s’améliorer pour que nous
puissions, tous les matins, nous raser la barbe en présence
de cette beauté. Un jour, je me trouvais dans une belle rue,
bien propre quand je vis, non loin de là, la belle qui venait
dans ma dir. Quand elle fut à ma hauteur, elle se tourna vers
moi et tira la langue. Avec une étonnante rapidité, son visage
se transforma en un morceau de bois épais bariolé de couleurs.
Epouvanté, je m’éloignai en courant, mais le son de sa voix
me parvint et quand je me tournai vers elle, je la vis qui
dansait avec le patron du salon. Ils étaient pleins de joie
et d’allégresse.
Cent-sixième rêve
Une nouvelle s’empara du ministère selon
laquelle il y avait eu un coup d’Etat, tôt dans la matinée.
Les fonctionnaires s’agglutinèrent autour du poste de télévision
et nous écoutâmes le premier communiqué. Un vieux fonctionnaire
dit qu’il avait entendu ce communiqué dans sa jeunesse, alors
que moi je découvris que le chef du coup d’Etat était un ami
intime. De joie, je révélai la chose en disant que la vie
— jusque-là assez ingrate avec moi — allait me sourire. Le
vieux fonctionnaire me dit que la vie pourrait me sourire
mais je pourrais également être exécuté sans jugement .