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Les dates-clés du
processus de paix

Février 1969 : Yasser Arafat élu président du Comité exécutif de l’OLP. Date-clé, considérée comme le lancement effectif de cette organisation qui depuis sa création en mai 1964 par Ahmed Choukeiry n’avait pas de grande importance sur la scène politique.

13 novembre 1973 : Discours d’Arafat aux Nations-Unies à New York : « Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de révolutionnaire, ne laissez pas le rameau tomber de ma main ».

28 novembre 1973 : La Ligue arabe reconnaît l’OLP en tant que seul représentant du peuple palestinien. Une manière de dire que les Palestiniens sont maîtres de leur sort, sans un Etat de tutelle.

6 août 1986 : Le Parlement israélien vote une loi interdisant tout contact avec des dirigeants de l’OLP. Une manière d’empêcher la reconnaissance d’une représentation palestinienne.

9 décembre 1987 : Début de l’Intifada (soulèvement, en arabe), également appelée « guerre des pierres » dans les territoires occupés. Cette Intifada est considérée comme le début d’une nouvelle phase de la lutte nationale palestinienne. Ce soulèvement sans dirigeant a ouvert les yeux du monde sur la souffrance du peuple palestinien.

15 novembre 1988 : A Alger, le Conseil National Palestinien (CNP, Parlement en exil) proclame l’Etat palestinien indépendant et accepte les résolutions 242 et 338 de l’Onu, reconnaissant ainsi implicitement l’existence d’Israël.

30 octobre 1991 : Ouverture à Madrid (Espagne) d’une conférence de paix. Israéliens, Palestiniens — des territoires occupés, et non de l’OLP —, Jordaniens et Syriens se rencontrent sous le co-parrainage de Georges Bush et de Mikhaïl Gorbatchev.

19 janvier 1993 : Le Parlement israélien abroge la loi interdisant les contacts avec l’OLP. Un succès pour cette dernière.

13 septembre 1993 : Israël et l’OLP signent à Washington un accord de principe (Oslo I) sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans. Le premier ministre israélien Itzhak Rabin et Yasser Arafat échangent une poignée de main historique. Cet accord très important dans l’histoire du processus de paix palestinien est malheureusement toujours resté lettre morte, car il n’a pas été respecté par le côté israélien.

1er juillet 1994 : Retour de Yasser Arafat à Gaza. Cela signifie le retour de la « révolution » sur les territoires palestiniens. C’est le début de la formation de base de l’Etat palestinien légitimement et politiquement.

28 septembre 1995 : Israël et l’OLP signent à Washington l’accord négocié à Taba (Oslo II) étendant l’autonomie en Cisjordanie et prévoyant une série de retraits israéliens par étapes. Ceci est considéré comme une tentative de redonner vie à l’accord d’Oslo.

4 Novembre 1995 : Le premier ministre israélien Itzhak Rabin est assassiné par un extrémiste juif. C’est le début d’un recul pour les accords d’Oslo.

20 janvier 1996 : Yasser Arafat est élu président de l’Autorité palestinienne et ses partisans remportent les 2/3 des 80 sièges du Conseil législatif. Une nouvelle étape de la transformation de la révolution palestinienne en Etat palestinien.

24 avril : Le CNP (Parlement palestinien en exil), réuni pour la première fois en Palestine, élimine de sa charte les articles mettant en cause le droit à l’existence de l’Etat d’Israël.

15 janvier 1997 : Netanyahu et Arafat concluent un accord sur un retrait partiel israélien de la ville d’Hébron en Cisjordanie. Une autre tentative de redonner vie à Oslo avec le premier gouvernement israélien de droite.

23 octobre : Arafat et Netanyahu signent à Wye Plantation (Etats-Unis) un accord destiné à sortir le processus de paix de l’impasse : Israël transférera à l’Administration palestinienne, en trois étapes (sur douze semaines), 13 % supplémentaires du territoire de la Cisjordanie encore sous son contrôle. L’Autorité palestinienne s’engage de son côté à renforcer la lutte contre le terrorisme. Cette date est considérée comme essentielle, mais encore une fois l’accord n’est pas appliqué par l’ancien premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Et il en va de même pour l’accord de Charm Al-Cheikh du 4 septembre 1999.

30 novembre : Israël accepte le principe d’un retrait limité de Cisjordanie (sans en fixer l’ampleur ni la date), assorti de conditions draconiennes. Israël revient encore une fois sur l’accord d’Oslo.

11-25 juillet 2000 : Echec du sommet israélo-palestinien de Camp David (Maryland). Aucun accord n’est conclu entre les deux parties. C’est une chance historique perdue dont sont responsables Israéliens, Américains et Palestiniens.

28 septembre 2000 : La visite du chef du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées (Jérusalem-est), troisième lieu saint de l’islam, provoque de violentes émeutes en Israël et dans les territoires palestiniens, faisant plus de 90 victimes.

6 Février 2000 : Ariel Sharon est élu premier ministre en Israël avec une avance de 25 points sur Ehud Barak. Retour aux affrontements armés entre les deux camps.

4 décembre 2001 : Israël lance des raids d’une ampleur sans précédent dans les territoires palestiniens. Yasser Arafat, déclaré « hors-jeu » par Ariel Sharon, ne peut plus sortir de Ramallah, encerclée par Tsahal. Ce geste est considéré comme transformation d’un acteur de la paix en prisonnier dans son pays.

29 mars 2002 : Au surlendemain d’un attentat suicide palestinien meurtrier, l’armée israélienne lance sa plus grande offensive en Cisjordanie depuis la guerre de juin 1967 et détruit la plus grande partie du QG d’Arafat où le chef palestinien est resté bloqué.

15 avril 2002 : Marwan Barghouti, le chef du Fatah en Cisjordanie, est capturé par l’armée israélienne.

14 février 2003 : Cédant aux pressions internationales pour des réformes au sein de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat donne son accord à la nomination de Mahmoud Abbas (alias Abou-Mazen), un pragmatique notoire, au poste de premier ministre. Ceci est considéré comme tentative de réforme palestinienne et en même temps une réduction de rôle d’Arafat.

29 avril 2003 : Mahmoud Abbas et son cabinet reçoivent l’investiture du Parlement palestinien, levant le dernier obstacle à la publication de la Feuille de route, plan de paix international prévoyant la création d’un Etat palestinien d’ici à 2005.

Avril 2004 : Lettre de cautions de Bush à Sharon. Une tentative américaine de sortir de la légitimité internationale pour garantir à Israël le droit de regrouper une partie des territoires occupés, de préserver certaines colonies et d’enterrer le droit au retour.

11 novembre 2004 : Yasser Arafat, 75 ans, dont l’état de santé s’est dégradé subitement, est décédé en France. Au niveau du processus de paix, c’est une autre chance que l’histoire offre aux Palestiniens de parvenir à un aménagement politique complet. Toutes les cartes sont entre les mains des autorités américaines et israéliennes .

Chaimaa Abdel-Hamid
La légende d’une nation

Arafat qui sillonne les pays, franchit l’Atlantique et traverse le Golfe Persique, n’existe plus. Il était depuis environ trois ans confiné à sa Moqataa à Ramallah. Un bâtiment de trois étages dont il occupait le deuxième étage, et encore ... Trois pièces, une chambre à coucher, un bureau et une salle de réunion, Abou-Ammar ne se déplaçait que dans ces pièces de quelque 30 mètres carrés et le couloir les reliant. Sa journée normalement surchargée de rencontres avec monarques et chefs d’Etat était réduite à des réunions de routine avec ses ministres ou quelques responsables et journalistes.

Toujours le même regard, le même sourire et le même uniforme, celui du combattant avec son keffieh traditionnel, qui prend sur sa tête la forme de sa patrie confisquée. L’humiliation qu’il a subie par Israël, l’abandon qu’ont cultivé les Arabes et le rejet que lui ont jeté les Américains comme sort ne l’ont pas changé, ils ont marqué leurs traces sur un visage affaibli par ses 75 ans. Il avait changé. Abou-Ammar semblait avoir beaucoup vieilli. Le « Vieux » ne cessait cependant pas de plaider sa cause, « la paix des braves », même s’il a abandonné la plus grande partie de son rêve de libérer toute la Palestine.

Pragmatique, tel était le leader palestinien : une qualité qu’il a acquise par expérience, tout à fait comme il a appris à adopter la politique du bout du gouffre. Seulement lui était capable de prendre le risque d’entamer les premiers contacts secrets entre l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et des personnalités israéliennes de toutes tendances. C’est encore sous son impulsion en 1988 que l’OLP reconnaît l’existence d’Israël. Et cinq ans plus tard, c’est toujours lui qui signe l’accord d’Oslo, considéré comme une sorte de trahison d’autant plus que le document ne reconnaît pas le droit des Palestiniens à un Etat souverain et ne prévoit pas le gel de la colonisation.

On le boude, on le qualifie de traître, de dictateur, mais Arafat a toujours su maintenir les liens avec tous ses ennemis. Un sourire avant de le serrer dans les bras et de l’embrasser sur les joues, la tête et pourquoi pas encore les mains : un culte que personne d’autre ne sait cultiver. « Personnalité hors du commun », comme le dit Rachid Hilal, le journaliste de la Voix de la Palestine qui a passé ces 3 dernières années à la Moqataa. « Le bâtiment était trop petit et les gens parlaient parfois à voix haute. Il ne disait rien. Pensez-vous qu’un autre chef d’Etat aurait fait la même chose ? ». Un ange ? Certainement pas. Ni un démon non plus. « C’est la paresse, la lenteur, qui le rendaient complètement furieux, il se transformait en une autre personne, dit Hilal, mais quelques minutes après, il finissait par inviter les personnes qu’il venait d’engueuler à partager avec lui son repas et ses soucis. Personnels ? Pas question. Mais il était un être humain en fin de compte ».

« Ma personne ne compte pas. Je ne suis que le reflet des sentiments de mon peuple. Ma mémoire est leur mémoire », disait-il souvent. Tout porte à le croire, parce qu’il est impossible que pendant une quarantaine d’années, il ait continué à incarner un rôle qui n’est pas le sien, il aurait succombé. Abou-Ammar, né Mohamad Abdel-Raouf au Caire, était plus fort que tout, au moins on le croyait ainsi. Intrigue, déroute, transformation de ses défaites en victoires, et vice-versa, il surgissait là où on ne l’attendait pas du tout. Il était insaisissable. N’a-t-il pas échappé à une dizaine d’attentats et à deux ou trois bombardements ciblés sur des maisons qu’il venait de quitter. En Jordanie, au Liban, en Libye, en Tunisie, il en sortait encore plus tenace. Les Israéliens auront beau essayé de le liquider à plusieurs reprises, de l’écarter ou encore de le menacer d’expulsion, il a su rester incontournable en disant : « Ils me veulent prisonnier, fugitif, tué ... je leur dis martyr, martyr, martyr ».

Des paroles qui rappellent son histoire de combattant et ses débuts en Egypte, puis au Koweït. Le jeune révolutionnaire est toujours là, il est peut-être refoulé au fin fond de son âme. Il savait que le temps n’était plus celui de la guérilla mais du dialogue. Pour lui, il fallait toujours rappeler qu’il avait en main les deux options. Ceci rappelle son discours à l’Onu lorsqu’il y entre pour la première fois et s’adresse à la communauté internationale. « Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de révolutionnaire, ne laissez pas tomber le rameau de ma main ». Combattant opiniâtre, il était doté d’un solide sens politique, et c’est ainsi qu’il a réussi à imposer la cause de son peuple dans les agendas internationaux. Il grave pour son peuple une place sur la pierre de l’Histoire. Les Palestiniens existent de nouveau sur la carte, Arafat leur donne une identité. Avec lui, la Palestine dispose d’un drapeau, d’un hymne national, d’un indicatif téléphonique, d’ambassades à l’étranger, d’un gouvernement, mais il n’est pas parvenu à réaliser tout son rêve : celui d’un Etat indépendant avec Jérusalem pour capitale. Rêve avorté, même le plus personnel. Arafat, qui a toujours voulu succomber sur le champ de bataille, est mort en terre étrangère et a disparu loin de Jérusalem, où il espérait être enterré. Il aurait certes voulu quitter la scène d’une façon aussi légendaire que s’était déroulée sa vie. On y croyait. On pensait qu’il était éternel, qu’il allait rebondir, comme toujours, alors qu’on le croyait fini. Comme le dit le poète Mahmoud Darwich, « à force d’avoir frôlé la mort et d’y avoir échappé, les Palestiniens ont cru qu’Arafat pourrait ne jamais mourir (...). Chacun de nous porte une part de lui » .

Samar Al-Gamal
 

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