| Sud-Sinaï,
De notre envoyée spéciale
Deux
autobus touristiques et nombre de 4X4 ont été bloqués fin octobre
pendant 8 heures sur la route internationale Le Caire-Noweiba.
Raison : les pluies torrentielles qui frappent la région tous
les ans à la même période de l’année, en octobre et novembre.
L’incident a commencé lorsque les autorités locales ont été
informées par l’Organisme de la météorologie que des pluies
torrentielles devaient débuter deux heures plus tard et que
la route internationale Le Caire-Noweiba devait être fermée.
Les ordres ont été exécutés, mais deux autobus touristiques
transportant une centaine de pèlerins qui se dirigeaient vers
le port de Noweiba et des voyageurs étrangers partis en quatre-quatre
étaient bloqués en plein milieu de la route. Ces voyageurs ont
été coincés par les eaux de tous les côtés pendant huit heures.
Ce qui a également participé à allonger la durée d’isolement
des sinistrés, c’est que toute cette région n’est pas couverte
par le réseau de téléphone portable. Les inondations déferlant
à 15 km/heure ont aussi causé une panne dans les réseaux d’électricité
et des communications et ont complètement détruit la route internationale,
divisant ainsi la ville de Noweiba en deux parties isolées.
Les autorités ont été obligées d’attendre que les pluies s’arrêtent
pour pouvoir atteindre les sinistrés. De manière générale, les
moyens de secours (hélicoptères ou autres) sont insuffisants
et les autorités doivent s’en remettre aux bédouins, habitués
à conduire les gens bloqués par la pluie à travers d’autres
routes latérales qu’eux seuls connaissent. Sinon les sinistrés
doivent résister aux intempéries en attendant les secours.
Heureusement,
l’incident de cette année n’a fait aucune victime. Car les voyageurs
qui étaient en 4x4 ont été sauvés par les bédouins. Même les
pèlerins qui ont dû attendre 4 jours pour qu’on puisse sortir
leurs autobus de la boue et continuer leur chemin ont finalement
été tous sauvés. « Pour nous, un incident qui se termine de
la sorte est considéré comme très positif. Car nous comparons
toujours avec ce qui s’est passé en 1997 ou en 1986 où il y
a eu beaucoup de morts et de pertes, des voitures et des bus
entiers ont été inondés et des champs détruits », affirme Chaabane
Khamis, secrétaire général du gouvernorat du Sud-Sinaï.
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Les
dégâts provoqués par les inondations dans le Sud-Sinaï au cours
des 20 dernières années sont estimés à 4,5 milliards de L.E.
et ont fait 900 morts et causé la destruction de près de 40
000 feddans (16 800 ha). Plus encore, 219 millions de L.E. ont
été dépensées pour la construction de 37 barrages et des barrières
en béton destinées à canaliser l’eau des inondations pour la
diriger vers la mer et 40 millions de L.E. pour les réparations
des réseaux électriques ou autres infrastructures. « Cette année
seule, les dégâts sont estimés à 30 millions de L.E. et la réparation
des 70 km de la route détruits, qui devra s’achever en trois
mois, coûtera 35 millions de L.E. », explique Khamis.
Les
sociétés pétrolières qui travaillent dans la région, où se trouvent
les deux tiers environ du pétrole d’Egypte, sont elles aussi
satisfaites que les pluies torrentielles de cette année aient
eu des conséquences aussi « limitées ». En fait, à chaque fois
que les inondations frappent cette région, les eaux se dirigent
vers la mer, au bord de laquelle siègent ces compagnies pétrolières.
Les dégâts des années précédentes étaient très importants, car
l’eau inondait les raffineries de pétrole. En 1997, ces stations
ont été inondées pendant 23 jours, ce qui a coûté à la compagnie
pétrolière une perte de 70 000 barils par jour.
Une
question s’impose. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas pris
les mesures nécessaires pour mettre fin à ce problème qui se
répète tous les ans ? Les bédouins, eux, ont créé des sentiers
dans les montagnes, loin de la chute des eaux au moment des
pluies. Selon les responsables du gouvernorat, la topographie
de la région ne permet pas de choisir les endroits où établir
les routes. « Nous bitumons les vallées des montagnes même si
celles-ci sont exposées au risque d’inondations », affirme Khamis.
Il ajoute : « La région du Sinaï est montagneuse et dangereuse,
car elle est pleine de pentes et de courbes. De même, nous ne
pouvons pas utiliser les sentiers créés par les bédouins qui
sont très étroits, coincés entre les montagnes et où seuls les
4x4 peuvent passer ». Par ailleurs, faire une nouvelle route
en détruisant certaines montagnes est une solution impossible
à réaliser dans les conditions actuelles. « Pour ce faire, il
faudra d’abord étudier la nature des montagnes que nous devons
détruire. Ensuite, nous allons les détruire, ramasser les débris
et construire la nouvelle route, ce qui va coûter une fortune
», explique Mohamad Yéhia, chef de la municipalité de la ville
de Noweiba.
C’est
donc le fait accompli qui s’impose. La route internationale
Le Caire-Noweiba est ouverte, tant qu’il n’y a pas d’inondations.
Mais pendant la saison des pluies torrentielles, c’est la route
alternative Le Caire-Taba qui est utilisée. Une route que les
chauffeurs n’aiment pas du tout prendre. « D’abord, cette route
est plus longue de 20 km. En plus, elle est pleine de pentes
et de courbes qui la rendent très dangereuse et qui rallongent
encore le trajet », affirme Adel Ibrahim, chauffeur. En fait,
les routiers mettent 6 heures par la route Le Caire-Noweiba,
contre 8 heures par la route Le Caire-Taba. De même, cette deuxième
route n’est pas du tout convenable pour les poids lourds transportant
du pétrole ou des marchandises venues du port de Noweiba.
Deux
solutions sont aujourd’hui envisagées. La première consisterait
à fermer complètement la route internationale pour l’utiliser
comme réservoir pour les eaux des inondations afin de les exploiter
dans l’agriculture et pour l’eau potable. Une solution très
coûteuse et sans garanties, car les inondations ne surviennent
pas forcément tous les ans, ni avec la même intensité. La deuxième
solution qui paraît la plus convenable serait donc d’installer
des ponts sur la route, à l’instar de l’Arabie saoudite et la
Jordanie pour que les voitures les utilisent pendant les inondations
sans dégâts.
Entre
temps, les touristes et les chauffeurs qui utilisent cette route
doivent s’adapter à la situation actuelle. Jusqu’à nouvel ordre. |