Le
discours du chef de l’Etat a comporté trois volets : politique,
économique et social. Sur le plan politique tout d’abord,
Moubarak a parlé de la nécessité d’une réforme. « Il est temps
de redéfinir les lois qui régulent la vie politique en Egypte
afin d’avancer sur le chemin de la réforme », a affirmé le
président de la République lors de la réunion conjointe de
l’Assemblée du peuple et du Conseil consultatif. « Dans un
monde en pleine évolution et où les défis sont de plus en
plus importants, il est nécessaire de renforcer la coopération
et la complémentarité entre les trois pouvoirs constitutionnels
et ce à travers des visions et des pratiques parlementaires
qui évoluent en permanence afin de répondre à la volonté du
peuple », a indiqué le président Moubarak soulignant que cette
responsabilité incombe tant à la majorité qu’à l’opposition.
Dans ce contexte, le président a annoncé la révision des quatre
lois régissant la vie politique en Egypte, à savoir la loi
40/77 sur les partis politiques, la loi 73/56 relative à l’exercice
des droits politiques, la loi 38/72 sur l’Assemblée du peuple
et la loi 100/93 régissant les syndicats professionnels. Il
a promis également une plus grande liberté d’expression pour
la presse et les médias en général. « J’ai demandé une révision
des lois relatives aux délits de publication de façon à faire
l’équilibre entre la liberté et la violation des droits d’autrui
et la diffamation », a déclaré Moubarak.
Les
propos du chef de l’Etat relancent le débat sur la réforme
politique en Egypte. L’opposition qui réclame depuis longtemps
un amendement de la Constitution et des élections libres,
reste cependant plus que sceptique. « Le discours du président
n’a apporté aucune nouveauté. Aucune mesure n’a été prise
pour mettre en place une réforme politique véritable », souligne
le député islamiste Akram Al-Chaër. La question de la réforme
a été posée avec force après les attentats du 11 septembre
aux Etats-Unis. Soumis à des pressions externes et internes,
le gouvernement a promis une certaine ouverture. Toutefois,
l’amendement des quatre lois régissant la vie politique (dont
on ne connaît toujours pas la teneur) est jugée comme une
mesure dérisoire par l’opposition.
«
Le gouvernement veut donner l’impression de faire quelque
chose mais au fond, rien ne change puisque c’est le PND qui
domine seul la scène politique », ajoute Al-Chaër. Selon lui,
si le gouvernement avait été sincère sur la question de la
réforme, il aurait consulté les autres partis mais ce ne fut
jamais le cas. « Même le dialogue national qui a été lancé
par le gouvernement a cessé parce que le gouvernement voulait
en imposer l’agenda ».
Le
gouvernement, qui a lancé au début des années 1990 un programme
de réforme économique, a estimé à plusieurs reprises que le
moment n’était pas approprié pour lancer une réforme politique
prétextant le danger islamiste et le manque total de conscience
politique. « La réforme politique dans notre pays doit s’opérer
de manière graduelle. Nous avons déjà franchi une étape importante.
Nous avons instauré un contrôle juridique sur les élections,
nous avons annulé les tribunaux militaires et ceux de la sécurité
de l’Etat, ce qui montre la bonne volonté de l’Etat », assure
Ahmad Mohamad Abou-Zeid.
Dans
le domaine économique, le président Moubarak a évoqué un assouplissement
de la législation douanière et une modernisation radicale
du système fiscal égyptien. Ces mesures visent, selon le chef
de l’Etat, à soulager les souffrances des familles égyptiennes.
Il s’agit aussi d’attirer les investissements étrangers pour
créer plus d’emplois et garantir la libre concurrence tout
en limitant le monopole. Moubarak a indiqué que des mesures
seraient prises pour améliorer les systèmes de contrôle et
la coopération entre les organismes gouvernementaux afin de
stabiliser les marchés. Ces mesures n’ont pas empêché l’opposition
d’être critique. « Toutes les mesures prises par le gouvernement
ne profiteront qu’aux hommes d’affaires », assure Al-Badri
Farghali, député du parti du Rassemblement unioniste progressiste
(RPU, gauche). Il dénonce la collusion entre le gouvernement
et le milieu des affaires. « C’est vrai que l’Etat a réduit
les douanes, mais les premiers à avoir profité de cette mesure
sont les hommes d’affaires et non le citoyen égyptien. Le
gouvernement a réduit les douanes des produits de consommation
destinés en grande partie à la classe aisée », assure Al-Badri
Farghali.
Dans
le domaine social, le discours du président s’est également
voulu très rassurant. Moubarak a souligné l’importance d’améliorer
la qualité de l’enseignement et la nécessité d’intégrer les
handicapés dans la vie active. Le gouvernement prévoit la
mise en place d’un organisme indépendant pour contrôler la
qualité de l’enseignement. Le chef de l’Etat a déclaré avoir
demandé au gouvernement de former un nouveau conseil national
pour la jeunesse. Le président a aussi proposé de créer un
système d’assurance médicale permettant aux citoyens un accès
aux services médicaux .